Benoît Peeters : « Il y a un grand écart entre la production de la bande dessinée et ce que le public est prêt à lire… » [VIDEO]

Par Didier PASAMONIK Kelian NGUYEN 12 février 2026 
Écrivain, essayiste, scénariste, éditeur et réalisateur, Benoît Peeters est l’un des théoriciens et critiques de la bande dessinée les plus pertinents de son époque. Né en 1956, biographe d’Hergé et spécialiste de Tintin, élève de Roland Barthes, il est également scénariste de bande dessinée pour François Schuiten, rencontré dans l’enfance, ainsi que pour Alain Goffin, Frédéric Boilet, Anne Balthus et Aurélia Aurita. Par son éclectisme et son sens de la pédagogie, il porte un regard unique sur le 9e Art, comme en témoigne la publication récente de son Dictionnaire amoureux de la bande dessinée aux éditions Plon.

Il est utile, quelquefois, de s’arrêter sur ceux qui nous racontent l’Histoire et, quelquefois, des histoires. À l’occasion de la publication de son Dictionnaire amoureux, nous avons voulu rencontrer Benoît Peeters chez lui. Pour nous parler de son dernier ouvrage, certes, mais aussi, ce faisant, de ses rapports avec la bande dessinée en général, ponctués de souvenirs : son compagnonnage avec François Schuiten, qui commence par « une complicité enfantine » sur les bancs du collège Don Bosco à Bruxelles, et sa rencontre « affective » avec Hergé, deux moments qui ont marqué sa vie entière et l’ont installé dans le 9e Art en dépit d’une formation purement littéraire.

« Tout mon parcours, cela a été d’élargir ma connaissance de la bande dessinée », nous confie-t-il. De Töpffer à Taniguchi, d’Art Spiegelman à Chris Ware, il dresse une typologie de la critique de BD qui va de « l’école des fans » à l’université qui, au début du développement de la bande dessinée, était très marquée par la sémiologie et la linguistique. Il s’en écarte très vite, conscient qu’il est de « la prééminence du dessin ». D’où un corpus critique qui prend en compte la pratique des auteurs, même s’il a été l’un des premiers à introduire la sémiologie dans ce domaine.

Il décrit comment il a conçu, sur le temps long, la série des Cités obscures, avec ses retouches et ses repentirs. Il confesse que son Dictionnaire amoureux est pudique par certains côtés : l’érotisme n’est pas vraiment son sujet. « C’est un sujet difficile à traiter aujourd’hui. La question de la représentation sexuelle, de la féminité, a beaucoup changé. MeToo est passé par là… »

Il revient aussi sur l’annulation de l’édition 2026 du Festival de la BD d’Angoulême : « Une révolution interne était indispensable... Tout le monde déplorait ce qu’était devenu ce festival… »

Il évoque les évolutions de la situation de la bande dessinée aujourd’hui. « La légitimation de la bande dessinée n’a jamais été aussi grande… Mais il ne faudrait pas que ce soit le signe d’un deuil… », dit-il. Avec ce constat, qui l’inquiète un peu : « Il y a un grand écart qui est en train de s’établir entre ce qui est proposé, de la part des milliers d’auteurs en exercice, et ce que le public est prêt à lire. » Il pointe notamment comme une faiblesse la multiplication des bandes dessinées de non-fiction. Une vision lucide qui invite à la réflexion.

Par Didier PASAMONIK Kelian NGUYEN

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– Lire la chronique de l’ouvrage "Dictionnaire amoureux de la bande dessinée" par Benoît Peeters.

Les Cités obscures Casterman Plon ✏️ François Schuiten Bruxelles Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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2 Messages :
  • Complètement d’accord avec M.Peeters, la BD est devenue l’extension de la presse magazine, d’éditeurs qui n’ont rien à voir avec le monde de la BD et qui se lancent dedans pour faire des coups commerciaux. Dès qu’il y a un événement politique, scientifique, sportif, de société, de philosophie, culinaire, et la liste est longue, sans compter les bio ou les guides de botanique et de bricolage, on en fait une BD didactique. La nouvelle marotte c’est d’adapter les romans en BD. Comme s’il n’y avait pas assez de scénaristes de BD talentueux. Un bon roman ne donne pas forcément une bonne BD, l’adaptation à ses limites. Tous ces albums polluent le champ visuel des lecteurs et noient littéralement la BD de divertissement et d’aventure, la BD d’évasion, celle qui nous permet de sortir de notre quotidien. Et comme les éditeurs sont de plus en plus rassemblés sous la bannière de grands groupes qui veulent du bénéfice et pas de l’esthétique, ils sont obligés de faire de la cavalerie ; quant aux auteurs et autrices, ils n’ont pas d’autre opportunité que de faire de la BD didactique plutôt que de la création pure. Le pire, c’est de cantonner assez souvent les autrices de BD dans des thèmes de magazine féminin, ou de luttes féministes, ou de BD profondément sérieuses aux graphismes « section maternelle », comme si elles ne pouvaient pas créer autre chose. Au bout du compte, on en arrive à une désaffection du public qui n’a pas envie de s’acheter des pavés à 30 euros. Le FIBD de cette année n’est pas seulement un problème de gérance, mais surtout l’aveu que les éditeurs ne sont plus en prise avec les auteurs et autrices dont la situation sociale devient plus qu’alarmante. Il ne reste plus que l’arrivée de BD entièrement produite par IA pour donner le coup de grâce. Et ça va arriver.

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    • Répondu par Denis G. le 28 avril à  16:37 :

      Complètement d’accord sur ce qui est dit par Benoit Peeters et par Auteur.
      La disparition des périodiques BD (genre A Suivre, Vécu, Pilote, etc, etc) est également peut-être une des causes de la difficulté des auteur(rices)s. Ces supports leur assuraient une prépublication rémunératrice (un peu) et surtout, pour les meilleurs, un tremplin et un suivi par les lecteurs.
      Car on se demande ce que vont devenir ces multitudes d’auteurs (souvent talentueux) de one-shot répondant à la demande commerciale uniformisée des éditeurs, et pour lesquels il n’y aura malheureusement jamais de deuxième chance.

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