Il est utile, quelquefois, de s’arrêter sur ceux qui nous racontent l’Histoire et, quelquefois, des histoires. À l’occasion de la publication de son Dictionnaire amoureux, nous avons voulu rencontrer Benoît Peeters chez lui. Pour nous parler de son dernier ouvrage, certes, mais aussi, ce faisant, de ses rapports avec la bande dessinée en général, ponctués de souvenirs : son compagnonnage avec François Schuiten, qui commence par « une complicité enfantine » sur les bancs du collège Don Bosco à Bruxelles, et sa rencontre « affective » avec Hergé, deux moments qui ont marqué sa vie entière et l’ont installé dans le 9e Art en dépit d’une formation purement littéraire.
« Tout mon parcours, cela a été d’élargir ma connaissance de la bande dessinée », nous confie-t-il. De Töpffer à Taniguchi, d’Art Spiegelman à Chris Ware, il dresse une typologie de la critique de BD qui va de « l’école des fans » à l’université qui, au début du développement de la bande dessinée, était très marquée par la sémiologie et la linguistique. Il s’en écarte très vite, conscient qu’il est de « la prééminence du dessin ». D’où un corpus critique qui prend en compte la pratique des auteurs, même s’il a été l’un des premiers à introduire la sémiologie dans ce domaine.
Il décrit comment il a conçu, sur le temps long, la série des Cités obscures, avec ses retouches et ses repentirs. Il confesse que son Dictionnaire amoureux est pudique par certains côtés : l’érotisme n’est pas vraiment son sujet. « C’est un sujet difficile à traiter aujourd’hui. La question de la représentation sexuelle, de la féminité, a beaucoup changé. MeToo est passé par là… »
Il revient aussi sur l’annulation de l’édition 2026 du Festival de la BD d’Angoulême : « Une révolution interne était indispensable... Tout le monde déplorait ce qu’était devenu ce festival… »
Il évoque les évolutions de la situation de la bande dessinée aujourd’hui. « La légitimation de la bande dessinée n’a jamais été aussi grande… Mais il ne faudrait pas que ce soit le signe d’un deuil… », dit-il. Avec ce constat, qui l’inquiète un peu : « Il y a un grand écart qui est en train de s’établir entre ce qui est proposé, de la part des milliers d’auteurs en exercice, et ce que le public est prêt à lire. » Il pointe notamment comme une faiblesse la multiplication des bandes dessinées de non-fiction. Une vision lucide qui invite à la réflexion.
Par Didier PASAMONIK Kelian NGUYEN
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– Lire la chronique de l’ouvrage "Dictionnaire amoureux de la bande dessinée" par Benoît Peeters.
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