Excellent
10 avril 2025
Il faut voir ce qu’était l’extrême-droite dans ces années-là, celle d’avant la « dédiabolisation » : un assemblage hétéroclite de néo-nazis affichés au bras tendu, de poujadistes pur jus et de nostalgiques de l’Algérie française, comme il se doit anticommunistes et anti-gaullistes, où l’on trouve aussi d’anciens collabos. Un groupuscule qui cherche à établir un « ordre nouveau », vieille antienne fasciste, obsédé par la défense de l’Occident et son déclin. Elle est, dans ces années-là, par nostalgie du « bon vieux temps » sans doute, évidemment antisémite. Ce mouvement va monter en puissance dans la décennie suivante sous la houlette du charismatique Jean-Marie Le Pen sous le regard intéressé du pouvoir socialiste.
Au cœur de ce récit : Franck, « un super-héros en mode légendaire, du genre même pas peur, même pas mal », comme le décrit son jeune frère. Un super-héros aux manières de voyou qui, au sein de l’ODJ, l’organisation de défense juive, s’occupe de défendre les juifs à coups de poings et de barres de fer. Cette BD retrace dix ans de son histoire portée par une forme d’insouciance et d’idéal que l’on pourrait qualifier de romantique.
De la formation au close-combat aux coups de poing contre les crânes rasés fachos qui traînent à la fac d’Assas, Franck n’a pas froid aux yeux, il sait se battre et rêve d’ailleurs d’en découdre. Il faut dire qu’une bonne partie de la famille de ses grands-parents a disparu dans la tourmente de la Shoah et que son grand-père, d’abord tueur de nazis, puis figure de la pègre française de l’après-guerre, a été abattu par l’un de ses rivaux alors que Franck était enfant. La violence donc, il connaît.
Le contexte est celui une succession d’attentats d’un groupuscule néonazi dissout par le gouvernement, celui de la profanation du cimetière juif de Carpentras, de l’attentat de la rue Copernic et de nombreux actes antisémites, petits et grands, qui perlent d’un bout à l’autre de la France dans ces années-là.
Franck est au cœur de ce parcours aux mille dangers, alors qu’il vient de s’installer dans son premier appartement avec sa compagne qui attend leur enfant. Sa bande de l’ODJ va, pendant dix ans, combattre l’extrême droite dans une guerre secrète, d’abord d’une manière bravache, puis de plus en plus dure, jusqu’au meurtre, avant que les Renseignements Généraux et la police ne neutralisent les belligérants.
Un récit de fiction, très bien scénarisé par le documentariste David Rybojad et l’expérimenté Corbeyran, très bien dessiné aussi par Nicolas Bègue, appuyé sur une réalité historique documentée, qui montre à quel point toute guerre est d’abord une aventure personnelle dont le ressort s’épuise avec le temps, mais aussi un combat contre l’obscurantisme - les derniers événements en témoignant - qui, quant à lui, ne s’arrête jamais.
Par Didier PASAMONIK
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Le Nom d’Amalek – Dix ans au cœur d’une guerre secrète au cœur de Paris - Par David Rybojad, Corbeyran et Nicolas Bègue – Ed. Delcourt