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Très bon
5 décembre 2024
Le 16 octobre 1984, un enfant de 4 ans, Grégory Villemin, est retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne, une rivière se trouvant dans les Vosges. Une lettre anonyme revendique auprès de son père l’assassinat du petit garçon en ces mots : « J’espère que tu mourras de chagrin le chef. Ce n’est pas ton argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance. Pauvre con ! ». Depuis des mois, un corbeau à la voix rauque persécute sans raison toute la famille Villemin. À la suite d’un chaos judiciaire et médiatique sans précédent, Jean-Marie Villemin craque et tue le premier suspect de l’affaire : son cousin, Bernard Laroche.
La BD se focalise sur le procès, dix après le drame. Debout dans le box des accusés, Jean-Marie Villemin, chancelant de douleur, déroule l’histoire de cette tragédie. Le scénario rigoureusement élaboré de Pat Perna, fondé sur une affaire pesante tant émotionnellement que juridiquement, se marie parfaitement avec les couleurs sombres et le trait pastellisé presque morose de Christophe Gaultier, émanant de l’austérité d’une affaire encore non élucidée et toujours en instruction depuis 40 ans.
Dans Gregory, le témoignage de Jean-Marie de Villemin est exceptionnel à plus d’un titre : en 40 ans, il n’a pris la parole qu’à trois reprises dans les médias. En ce sens, ce roman graphique est le porte-étendard d’un homme endeuillé par la mise en exergue du chagrin éprouvé par le couple pendant toutes ces années, du drame jusqu’à aujourd’hui, conjugué à leur incompréhension face au mystère entourant la mort de leurs fils Grégory. Larmes, chagrin, chocs émotionnels, appréhension du procès Villemin, et atteintes psychologiques vis-à-vis de la couverture de ce fait-divers dans les médias rythment l’oeuvre de plein fouet. On ne peut que se sentir touchés voire impuissant après cette lecture intime à laquelle le couple - et notamment Jean-Marie - ont bien voulu apporte, que ce soir de l’ordre de leur regard ou de leur ressenti, expliquant ainsi la signature de la préface par ce dernier.
L’amour d’un couple
Entre les audiences, le père de Grégory se souvient des jours heureux aux côtés de sa famille, lorsqu’elle vivait dans le bonheur : une promotion de contremaître très jeune pour Jean-Marie, la beauté et la joie de vivre de Christine, Grégory l’enfant adorable et espiègle, les trois dans une maison toute neuve. À l’audience, Christine témoigne de cet amour qui les a sauvés du naufrage : « Je sais ce que veut dire aimer et être aimé ». Elle relate son propre drame, accusée du meurtre à tort par un jeune drogué aux médias, jetée en prison enceinte, diabolisée par une presse en folie. Ils avaient 24 et 26 ans quand Grégory est mort. Le public et la cour en sont bouleversés.
Du chagrin dans les veines
Jean-Marie Villemin a tué un homme. Un geste terrible dont il a réalisé la folie. Il regrette son geste. Il n’attend pas qu’on le pardonne mais qu’on le comprenne. « J’avais du chagrin dans les veines comme d’autres ont de l’alcool. ». Il déplore l’impunité de tous ceux qui ont commis des fautes et dont la BD retrace les errements : les journalistes, avocats, enquêteurs, magistrats ainsi que ces « intouchables » qui ne répondront jamais de rien. Tous ont jouée avec la mort de son fils, faisant allègrement les choux gras de la presse avec des unes se vendant à des centaines de milliers d’exemplaires. Autrefois, une famille banale et sans histoire comme la majorité, le lendemain, ils avaient le « vent en poupe », du moins pas comme ils auraient pu l’imaginer...
Une vérité insaisissable
Ces deux mois d’audience explorent aussi l’énigme. Tous les protagonistes sont là. « J’attends de Murielle [Bolle] qu’elle dise la vérité sur la mort de mon enfant », témoigne Jean-Marie dans le box des accusés. La cour mobilise ses forces. Les jurés pleurent et interrogent. Les avocats s’empoignent. Des témoins mentent sans vergogne.
Le public, qui se bat pour avoir des places, retient son souffle. Deux mois d’une scène épuisante, face à une vérité obstinément muette. Condamné à cinq ans de prison dont un an avec sursis, Jean-Marie Villemin aura trois autres enfants avec Christine après Grégory, et le couple ne cesse depuis quarante ans de se battre pour que la lumière soit faite sur l’assassinat de leur fils. Oui mais voilà, le mystère demeure toujours entier après 40 ans…
Par Jessy LEMESLE
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