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Xi Jinping, l’empereur du silence : une plongée dans les abysses du pouvoir

Par Jessy LEMESLE Excellent 14 avril 2026 
Ci-gît une biographie graphique sans concession du maître de la Chine contemporaine, signée par l'un des plus grands sinologues français, Eric Meyer. Cette bande dessinée magistrale de 240 pages, préfacée par Roger Faligot, dévoile, à travers un texte incisif teinté d'humour caustique et des dessins évoquant la propagande maoïste, l'ascension impitoyable d'un fils de victime devenu Grand Timonier.

Le Pékin souterrain, la Chine des bas-fonds, où se trame l’histoire invisible de ce pouvoir parallèle qui irrigue les provinces : voilà le filigrane de ce roman graphique. Xi Jinping, né en juin 1953, fils d’un dirigeant broyé par la Révolution culturelle de Mao Zedong, émerge des ruines familiales pour gravir les échelons jusqu’au sommet absolu, couronné en octobre 2022, d’un troisième mandat reconductible. Comme un écho shakespearien, il redoute le poignard de ses camarades, tandis que le « petit peuple », tel une armée d’arbres feuillus en marche, pourrait bien le prendre à son propre piège et l’étouffer à son tour.

Xi Jinping, l'empereur du silence : une plongée dans les abysses du pouvoir
Xi Jinping, l’empereur du silence - Planche, Ed. Delcourt/Encrages - Eric Meyer & Gianluca Costantini

Du Pékin souterrain à l’empire des ombres

Le récit déroule le film d’une vie, de la naissance à l’apogée, posant en filigrane la société chinoise d’aujourd’hui : une progression fulgurante dans l’industrie de pointe et le commerce mondial, sous la griffe d’un appareil policier implacable. Eric Meyer reconstitue cette trajectoire en une traversée du désert, confronté au vide abyssal des informations indépendantes. Les données officielles, filtrées à l’extrême, exaltent les vertus du leader pour en faire un demi-dieu justifiant le pouvoir à vie. Pour humaniser ce portrait, il puise chez des historiens, diplomates, chercheurs et simples résidents, en Chine comme ailleurs, rendant admirablement crédible ce que la censure occulte, par la justesse des passages choisis.

Gianluca Costantini, militant des droits humains, lauréat du prix « Art et droits de l’homme » d’Amnesty International pour Libye, et complice d’Ai Weiwei dans un autre album, affûte son crayon avec une astuce poétique. Ses traits rappellent les brochures de propagande maoïste des années 1960-1970 et les premières bandes dessinées de l’ère Deng Xiaoping. Ce choix n’est pas anodin ; il subvertit l’esthétique du Petit Livre rouge pour mieux disséquer le régime qui l’imite : diviser pour régner, purges sanglantes, répression des oppositions, recueils de citations à mémoriser et toute-puissance des polices secrètes.

Xi Jinping, l’empereur du silence - Planche, Ed. Delcourt/Encrages - Eric Meyer & Gianluca Costantini

Contradictions d’un règne sous haute surveillance

À l’ère d’Internet et du Covid-19, Xi Jinping étend sa toile bien au-delà des purges maoïstes : incarcération massive d’un peuple entier (pas seulement des Ouïgours, des Tibétains ou des Hongkongais), extension par les Routes de la soie et menace sur Taïwan. Comme Vladimir Poutine, son alter ego, il vise le pouvoir éternel et l’éradication de toute démocratie, chez lui comme ailleurs. Pourtant, la bande dessinée n’élude pas les failles : le monde cloisonné du socialisme chinois, avec sa censure muselant presse et justice, décuple les luttes internes et les sursauts populaires.

Depuis l’avènement de Xi en 2012, les explosions violentes se multiplient, imprévisibles pour la police secrète et les hordes d’agents. Des dérapages insolites ébranlent la stabilité, enveloppés de silences pesants et de mystères d’État. Eric Meyer démêle cet écheveau en se penchant sur ces incidents inexpliqués, révélant immanquablement une guerre de succession et des rapports de force au sein du Parti. Tous les propos politiques prêtés à Xi sont authentiques, tirés de discours et d’écrits officiels, pour une fidélité implacable au milieu du brouillard propagandiste.

Xi Jinping, l’empereur du silence - Planche, Ed. Delcourt/Encrages - Eric Meyer & Gianluca Costantini

Cette biographie graphique excelle à éclairer les contradictions d’un régime en tension : la puissance économique fulgurante masquée par un contrôle totalitaire et les ambitions globales heurtées aux résistances internes. Préfacée par Roger Faligot, expert des services secrets et de l’histoire contemporaine, elle offre un miroir sans complaisance à l’empereur du silence, dont le règne, tissé de secrets, pourrait bien se dissoudre dans le murmure montant du peuple.

Xi Jinping, l’empereur du silence - Planche, Ed. Delcourt/Encrages - Eric Meyer & Gianluca Costantini

Par Jessy LEMESLE

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Code EAN : 9782413075820

Xi Jinping, l’empereur du silence, Par Eric Meyer et Gianluca Costantini, Editions Delcourt/Encrages, 27, 95 €

Delcourt Encrages ✍ Eric Meyer ✏️ Gianluca Costantini à partir de 12 ans Histoire Politique Biographie France
 
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6 Messages :
  • Magnifique critique de notre ouvrage, très documentée et éclairante sur notre travail a Gianluca et moi. Merci !
    Eric

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    • Répondu le 16 avril à  07:31 :

      224 pages par-ci, 240 pages par là… je n’arrive pas à comprendre l’économie de ses albums. Combien sont payés les auteurs ?

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      • Répondu par Milles Sabords le 17 avril à  09:30 :

        En gros, tous ses albums à plus de 150 pages, sont payés au forfait (scénario/dessin/couleur) dans une fourchette entre 5000 et 8000 euros. Après, ça peut monter jusqu’à 10.000/12.000 euros (peu fréquent). Dans le franco-belge pour un album, le dessinateur est payé 8000 à 12.000 euros les 46 planches, le scénariste de 5000 à 8000 euros les 46 pages et le coloriste de 50 à 100 euros la colo par page (bien entendu, ce sont des moyennes, tout dépendra de la notoriété des auteurs et de leurs précédentes performances commerciales).

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        • Répondu le 17 avril à  17:44 :

          Non, personne ne dessine un album de 240 planches aussi documentées pour 5000 ou même 8000 euros. Quelqu’un de sérieux pourrait répondre à la question du monsieur ?

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        • Répondu le 17 avril à  17:51 :

          Je ne dessinerai jamais un livre de plus de 100 pages pour moins de 18 000 euros. Faire un roman graphique pour 5000 euros, je ne vois pas qui peut accepter ça. Si ça existe, c’est un scandale.

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          • Répondu par Milles Sabords le 28 avril à  05:51 :

            Beaucoup de femmes qui entrent en BD, acceptent de faire des albums de 150 ou 200 pages pour 2000 ou 3000 euros, dixit la scénariste Rutile. C’est la triste réalité de ce métier.

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