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Yiyun, Cosey : connecté avec le cosmos

Par Didier PASAMONIK 17 octobre 2025 
S’il y a un auteur singulier dans la bande dessinée aujourd’hui, c’est bien le Grand Prix d’Angoulême Cosey. Il nous le prouve encore avec son dernier album : Yiyun. Il y est question de papiers découpés, de la politique de « l’enfant unique » en Chine, d’une bande dessinée américaine inconnue et… d’une histoire d’amour. Le tout sous les ciels immenses du Pays d’En-Haut dans les Alpes suisses.

Le papier découpé, tradition ancestrale, déploie ses silhouettes noires en miroir. Cet art, qui nous a valu ces portraits-profils « à la silhouette » que l’on voit parfois sur les sites touristiques, a aussi sa tradition en Suisse et un représentant qui s’appelle Jean-Jacques Hauswirch (1809-1871). Son musée, situé au Pays d’En-Haut, réunit un grand nombre de ses œuvres et de celles de ses successeurs, des merveilles minutieusement découpées dans du papier, des créations fragiles et sensibles. C’est dans cette région que Cosey situe son histoire. « Je trouvais que ces papiers découpés étaient très beaux, nous dit Cosey, que c’était proche de la bande dessinée dans la mesure où c’est un dessin, des images qui évoquent plus qu’elles ne décrivent. On est donc très loin de l’illustration léchée ou du trompe l’œil. On est presque dans des idéogrammes, et c’est ce que je cherche toujours à approcher. »

Autre source du scénario, une certaine Maou, une autrice chinoise de bande dessinée rencontrée au Festival BD-FIL de Lausanne. «  J’avais vu son travail. Elle n’habitait pas loin de chez moi. J’avais vu une de ses publications que j’avais adorée, dans laquelle elle raconte son stage de vendeuse chez Ikea, avec son dessin que l’on peut voir dans mon album. J’avais trouvé ça super. Et puis, j’ai revu son travail dans une expo à BD-FIL, sur son autobiographie, ou plutôt l’histoire de ses parents, pour obtenir son adoption, puisqu’elle est chinoise et ses parents, un couple français, l’avaient adoptée. Elle raconte ça dans son album Fleur de Prunier (Editions Antipode), que j’ai trouvé magnifique et j’ai pensé que c’était tout à fait une source de documentation complémentaire à mes propres photos et à mes lectures sur le sujet de cette politique de l’enfant unique en Chine.  »

Évidemment, quand on feuillette le livre, on pense à la série Jonathan et même au diptyque À la recherche de Peter Pan, le premier roman graphique de l’artiste (tous les deux au Lombard). Les grands espaces de montagne, l’Asie, une histoire d’amour en fil rouge, des personnalités touchantes et sensibles... Pour un scénario élaboré au fil de l’eau : « Je ne construis pas mes histoires. Pour moi, je parle pour moi évidemment, elle se révèle peu à peu. J’enlève des coins obscurs, invisibles. Je note des éléments que j’aimerais bien raconter et dessiner, en partant quand même d’un vague thème, ne serait-ce qu’un choix d’une région. Là, en l’occurrence, ici, il y en a trois : la Chine, mais la Chine des années 1970, Taïwan, que j’ai visitée il y a cinq ou six ans à l’occasion d’une exposition sur la bande dessinée suisse. Et puis, mes Alpes, dont je n’arrive pas à sortir, parce que je les aime beaucoup. Ces révélations petit à petit prennent place et constituent l’histoire qui, on pourrait dire d’un certain point de vue, existait déjà et que je découvre. »

Le décor posé, le sujet arrêté, il y a les personnages qui eux aussi s’insinuent au gré du hasard. Urs et son copain Helmut, Lila et sa copine Yiyun avec son cache-œil de pirate qui évoque pour Urs une ancienne BD américaine, Miss Wu, réplique de la Dragon Lady de Milton Caniff. C’est pour lui une sorte de femme-pirate qu’il croise de façon furtive, de loin en loin, et dont il tombe immédiatement éperdument amoureux.

Au cours de l’album, où le lecteur se balade ici dans la neige du papier, là dans les bleus somptueux de la nuit, on découvre les personnalités des protagonistes : Urs, au tempérament artiste qui découpe ses paysages dans le papier pour les vendre aux touristes. Il est concentré sur son travail. De ses ciseaux surgissent des vaches, des sapins, des montées à l’alpage, des motifs floraux... Si Jonathan (qui est cité dans l’album) est un avatar de son auteur, Urs l’est aussi. Il suffit de regarder quels sont les auteurs de sa bibliothèque de bande dessinée : Hugo Pratt, Tintin, Lucky Luke, Valérian, Gil Jourdan, Clifton…

Et puis il y a Yiyun, au centre de l’histoire. C’est l’Asie, insaisissable, mystérieuse, rebelle, dont on tombe amoureux en un instant, pour toute une vie. La montagne, son immensité, son silence, permet cela, cette connexion intime qui fait que chaque sentiment y prend une dimension gigantesque, merveilleuse, mais qui reste modeste face à l’immensité du cosmos.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782808214124

Yiyun - Par Cosey - Ed. Lombard

Jonathan Le Lombard ✏️ Cosey Romance Suisse Lausanne
 
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2 Messages :
  • Cosey : connecté avec le cosmos
    17 octobre 2025 15:29, par denis

    Ce qui est incroyable avec Cosey, c’est que son trait est toujours aussi beau et virtuose qu’il y a 20 ans. Le temps n’a pas de prise sur ce phénomène de la bd

    Répondre à ce message

    • Répondu le 20 octobre 2025 à  19:06 :

      Un auteur aussi discret qu’important, qui navigue bien au-delà des effets de mode !

      Répondre à ce message

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