Vague de rééditions de Shôjo manga : des classiques à redécouvrir !

Par Guillaume BOUTET 2 février 2026 
Ce début d'année 2026 est marqué par la réédition de cinq classiques du Shôjo manga, voire du Josei. Des œuvres cultes, qui ont fait date en leur temps, au Japon mais aussi en France, et des légendes du manga à redécouvrir, certaines encore célébrées et d'autres tombées dans l'oubli : Moto Hagio, Saki Hiwatari, Yuki Kodama, Kaori Yuki et Yumi Tamura.

Les éditeurs se sont apparemment donnés le mot en ce début d’année pour republier de grands classiques du Shôjo manga : en janvier sont sortis ainsi Le Cœur de Thomas (1974) de Moto Hagio chez Akata (première édition chez Kazé en 2012) et Please Save my Earth (1987-1994) de Saki Hiwatari chez Panini Manga (première édition chez Tonkam en 1999). Puis Kids on the Slope (2007-2012) de Yuki Kodama suivra en mars chez Mangetsu (première édition chez Kazé en 2013) avec aussi Angel Sanctuary (1994-2000) de Kaori Yuki chez Pika (première édition chez Tonkam en 2000). Enfin, au mois de mai, Basara (1990-1998) de Yumi Tamura reviendra chez Kana (première édition chez Kana en 2001 - oui, pas de changement d’éditeur ici).

Cinq titres pour cinq éditeurs français, mais aussi deux éditeurs japonais, mettant en évidence la force du catalogue Shôjo et Josei manga de ces deux derniers [1].

Moto Hagio, Yuki Kodama et Yumi Tamura ont fait l’essentiel de leur carrière (voire toute pour les deux dernières) chez Shôgakukan. Le Cœur de Thomas a été publié dans le Sho-Comi (Shôjo Comic), lancé en 1968, qui a accueilli entre autres Hiatari Ryōkō !, Purple Eyes in the Dark, Fushigi Yûgi et Red River. Basara a été publié dans le Betsucomi (Bessatsu Shôjo Comic), fondé en 1970, où ont été publiés par exemple Le Clan des Poe et Banana Fish. Mais c’est dans le Flowers, magazine Josei lancé en 2002 que Moto Hagio et Yumi Tamura, ainsi que Akimi Yoshida, ont publié leurs œuvres à partir des années 2000, et où Yuki Kodama a publié toutes ses séries.

Saki Hiwatari et Kaori Yuki ont fait leur carrière chez Hakusensha, dans le magazine Hana to Yume (Fleurs et Rêves), et même si Kaori Yuki est passée chez Kôdansha depuis 2010, elle collabore toujours avec Hakusensha pour ses anciens titres. Le Hana to Yume est quant à lui aussi une institution : lancé en 1974, il a accueilli les œuvres de Saki Hiwatari, Kaori Yuki, Suzue Miuchi (Glass Mask), Natsuki Takaya (Fruits Basket), Dai Shiina (The World Is Still Beautiful), Yoshiki Nakamura (Skip Beat !), Julietta Suzuki (Divine Nanami) ou encore Mizuho Kusanagi (Yona : Princesse de l’aube).

Le Cœur de Thomas (1974) de Moto Hagio

On ne présente plus Moto Hagio, membre du célèbre « Groupe de l’an 24 » [2], présente à Angoulême et à qui une exposition rétrospective a été consacrée en 2024. Figure majeure du shôjo manga, elle est généralement connue à l’international comme une pionnière du genre Boys Love, avec Le Cœur de Thomas. Mais au Japon, sa carrière est plus éclectique, marquée plus particulièrement par le genre science-fiction dont elle était une lectrice passionnée dans sa jeunesse, avec pour première œuvre Nous sommes onze ! (1975).

Depuis 2023, les éditions Akata se sont lancées dans l’édition, et la réédition, de ses œuvres : Le Clan des Poe, Leo, Barbara l’entre-deux-mondes, Une infinité de jours et de nuits, Fragments d’espoir et en ce début d’année : Le Cœur de Thomas.

Dans un établissement scolaire situé dans la région de Nordbaden en Allemagne de l’Ouest, un jeune étudiant, Thomas, idole de l’établissement, se suicide en se jetant du haut d’un pont. Avant de mourir, Thomas envoie un courrier à Julusmole, délégué des élèves, pour qui il éprouve ouvertement des sentiments, en dépit des rejets répétés de celui-ci. Tout aurait pu en rester là sans l’arrivée d’un nouvel élève, Eric Frühling, dont la ressemblance avec Thomas met en émoi toute l’école et empêche Julusmole d’oublier.

Please Save my Earth (1987-1994) de Saki Hiwatari

À l’opposé, Saki Hiwatari est tombée un peu dans l’oubli, ayant rencontré moins de succès dans les années 2000. Elle débute sa carrière en 1982, à 19 ans, expliquant son désir de devenir mangaka par la phrase d’Albert Einstein, qui dit qu’un physicien peut, simplement avec du papier et un crayon, envoyer une fusée dans l’espace. Un mangaka peut, de même faire rêver simplement avec du papier et un crayon.

Elle publie d’abord des histoires et des séries courtes qui rencontrent un certain succès. En 1987 elle débute son plus grand succès, Please Save My Earth en 21 volumes, qui totalise, en 2006, 15 millions d’exemplaires en circulation. Le manga y aborde ses thèmes de prédilection : l’écologie, la réincarnation et le fantastique. De 2003 à 2014, elle publie une suite à cette œuvre emblématique, Embraced by the Moonlight. Nous pouvons également citer Global Garden (2001-2005), qui mélange vie d’Einstein et mythologie nordique.

Lycéenne aimant la nature et les animaux, Alice Sakaguchi vient tout juste de s’installer à Tokyo avec sa famille. Au lycée, elle se révèle une élève particulièrement douée et populaire, mais sa vie change lorsqu’elle apprend que Daisuke et Haru, qui vont au même lycée, font le même genre de rêves qu’elle. Il s’avère rapidement que les trois jeunes gens sont en fait les réincarnations de scientifiques extra-terrestres, ayant autrefois vécu sur la Lune.

Kids on the Slope (2007-2012) de Yuki Kodama

La plus jeune de cette vague, Yuki Kodama, fait ses débuts en 2000 avec des histoires courtes chez Takarajimasha, puis chez Kôdansha. Mais sa carrière décolle véritablement en 2007, avec Kids on the Slope (en VO Sakamichi no Apollo, littéralement Apollon sur la pente), une série basée sur ses souvenirs d’enfance à Sasebo. La ville abrite une base navale américaine dont la présence a introduit plusieurs éléments culturels, culinaires ou musicaux, dans cette partie du Japon.

Extrêmement prolifique, Yuki Kodama signe des histoires courtes et des séries (quatre à ce jour) ayant pour thème d’un côté la culture locale, voire traditionnelle, et de l’autre le fantastique, qui parfois se mélangent. Une œuvre riche et de grande qualité, un peu éclipsée par l’immense succès de Kids on the Slope, popularisé à l’international par une adaptation en animé de luxe, mise en scène par Shin’ichirō Watanabe, le célèbre réalisateur de Cowboy Bebop, avec une musique de la non moins célèbre Yoko Kanno.

Début de l’été 1966. À cause du travail de son père, Kaoru Nishimi, lycéen, déménage de Yokosuka pour aller vivre chez des parents à Sasebo. Jusqu’alors, Kaoru avait tendance à se couper des autres, mais en arrivant au lycée Higashi, sa rencontre avec son camarade de classe Sentarou Kawabuchi, voyou notoire, le transforme en lui faisant découvrir le jazz.

Angel Sanctuary (1994-2000) de Kaori Yuki

Surnommée « la reine du manga gothique », aussi réputée pour ses histoires que pour ses illustrations, Kaori Yuki est une mangaka extrêmement prolifique qui publie sans interruption des séries, plus ou moins longues, depuis 1992. L’intégralité, ou presque, de ses œuvres est sortie en France, d’abord chez Tonkam, et puis chez Pika depuis 2011 - dont la dernière en date, Beauty and the Beast of Paradise Lost, s’est achevée en 2023. Actuellement, il ne reste plus que la suite d’Angel Sanctuary à découvrir, qui devrait débarquer en même temps que la réédition de l’œuvre d’origine. Notons aussi que Delcourt/Tonkam a stoppé la commercialisation de ses titres en 2024, d’où l’arrivée d’Angel Sanctuary dans le catalogue de Pika.

Puisant son inspiration dans les contes, et chez Lewis Carroll, Kaori Yuki travaille des thèmes sombres et sensibles comme l’inceste ou la religion, sur fond de fantastique. Elle s’inspire aussi du monde de la musique japonaise, comme le visual kei, et de façon générale de ses goûts du moment.

Setsuna Mudô, 16 ans, amoureux de sa sœur Sara, est bien loin de se douter que bientôt sa vie va prendre un tournant totalement inattendu. En effet, alors que le poids de ses sentiments lui pèse chaque jour un peu plus, il apprend de la bouche d’une petite démone qu’il est la réincarnation de l’ange déchue Alexiel, maudite pour avoir fomenté une révolte contre Dieu. Suite à diverses circonstances, l’âme de Sara va se volatiliser et Setsuna part à sa recherche, dans une quête qui le mènera des Enfers au Paradis.

Basara (1990-1998) de Yumi Tamura

Yumi Tamura est une immense figure du Shôjo et Josei manga, et sans doute la mangaka la moins connue de cette vague. Elle a débuté sa carrière en 1983 et publie depuis sans interruption des histoires et des séries, dont sa dernière œuvre en date, Don’t Call It Mystery, débutée en 2017, est son plus grand succès avec 22 millions d’exemplaires en circulation pour 16 tomes.

Mais reprenons dans l’ordre : la carrière de Yumi Tamura décolle en 1990 avec Basara, une épopée post-apocalyptique, publiée chez Kana entre 2001 et 2006, et qui est historiquement le premier shôjo de l’éditeur. Basara constitue une référence du shôjo d’aventure et une source d’inspiration de nombreuses mangakas.

Sa deuxième grande série, 7 Seeds (2001–2017), également un récit post-apocalyptique, mais dans un genre très différent, est publiée chez Pika. Malheureusement, suite à l’échec de renégociations, 7 Seeds est stoppé en 2010 au bout de 10 tomes, alors que la série en compte 35 en tout. Il faut attendre 2021 pour qu’un nouvel éditeur, en l’occurrence Noeve Grafx, publie de nouveau la mangaka avec Don’t Call It Mystery qui connaît un succès phénoménal au Japon.

Dans un futur lointain, le monde a été dévasté, le climat bouleversé et la civilisation est revenue à l’ère préindustrielle. Au Japon, sous la domination d’une famille royale tyrannique, le sud est devenu un désert. Dans un village de ce désert, une femme accouche de jumeaux : une fille et un garçon. Un prophète annonce que l’un de ces deux enfants sera l’étoile qui sauvera le pays.

Mot de la Fin

On le voit, c’est une vague extrêmement intéressante que nous arrive sur la première moitié de 2026 : des œuvres vénérables et remarquables, aujourd’hui introuvables, qui offrent un panel très diversifié du shôjo manga, au-delà des classiques romances, certes appréciables et dont certaines sont tout aussi remarquables.

Un moment de redécouvertes à ne pas louper !

Par Guillaume BOUTET

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Code EAN :

[1] Rappelons qu’un shôjo manga est un manga dont la cible éditoriale sont les adolescentes, tandis que le Josei manga vise un lectorat de femmes adultes.

[2] Nom donné à un groupe informel de femmes mangaka des années 1970, connu pour avoir innové dans le shôjo manga, en y important de nouveaux genres, thématiques, points de vue et techniques, à l’origine du « shôjo moderne ».

Le Coeur de Thomas Please save my Earth Kids on the slope Angel Sanctuary Basara Kana Pika Akata Mangetsu Panini Manga ✏️ Yumi Tamura ✏️ Moto Hagio ✏️ Yuki Kodama ✏️ Kaori Yuki ✏️ Saki Hiwatari Angoulême Tokyo
 
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