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Favori de la rédaction
30 mars 2026
Platon, philosophe grec, est obnubilé par la disparition de l’Atlantide. Croyant avoir trouvé des indices qui pourraient le mener à cette île mystérieuse, il se rend dans la contrée d’Elcasie. Là-bas, il découvre des technologies étonnantes dépassant son entendement... De l’histoire de l’Atlantide à celle du prince Siddhartha (Bouddha), en passant par Jésus de Nazareth, le lecteur est invité à un voyage de dix milliards de jours à travers l’espace et le temps. Mais, parmi toutes ces figures, c’est la fougueuse demi-déesse Asura qui se montre la plus déterminée à percer les secrets derrière la promesse du paradis éternel.
Une infinité de jours et de nuits est l’adaptation du roman de science-fiction Hyakuoku no Hiru to Sen’oku no Yoru (titre international : Ten Billion Days and One Hundred Billion Nights), publié par Ryū Mitsuse en 1967. C’est un classique de la littérature de science-fiction japonaise qui a marqué son époque. L’adaptation manga de Moto Hagio a été dessinée entre 1977 et 1978, tout de suite après Nous sommes onze ! et sa suite (1975-1977), sa première œuvre de science-fiction. L’édition que propose Akata est celle de 1997 : un unique volume agrémenté d’illustrations en couleurs et d’interviews de la mangaka et du romancier.
Les amateurs de science-fiction y retrouveront un thème classique : derrière les dieux se cachent des puissances extraterrestres, ou issues de plans d’existence supérieurs, qui œuvrent pour guider et diriger les peuples primitifs dans le cadre d’un vaste projet. Dans le détail, ce sont essentiellement l’hindouisme et le bouddhisme qui sont invoqués : leur immense cosmologie de royaumes d’autres mondes, de cités mystiques et de divinités est réinvestie en tant que planètes et civilisations peuplant les galaxies de l’univers.
De l’autre côté, l’Occident s’avère convoqué de façon plus modeste, comme exemple d’interventions pseudo-divines. Ainsi, l’Atlantide devient une expérience des dieux, et Jésus de Nazareth un émissaire de la figure mystérieuse qui mène l’univers vers sa destruction. D’ailleurs, pour un Occidental, la curiosité se portera sans doute davantage sur Jésus de Nazareth, transformé en vilain, que sur l’évocation des nombreux royaumes et concepts religieux de l’Inde.
Le récit prend la forme d’un voyage métaphysique mêlant science et surnaturel, dans un grand syncrétisme qui se retrouve jusque dans le jargon des personnages. Une écriture typique des années 1960 et 1970, tout comme l’obsession de la fin du monde, ici de l’univers, avec sa poignée de héros qui cherchent à sauver la création et le monde des hommes, jouets de grandes puissances, au mieux condescendantes.
Au milieu de ces figures religieuses, Asura, l’héroïne principale, apparaît comme à moitié originale. Il s’agit d’une réinterprétation des démons Asura en guerre contre les dieux. Dans Une infinité de jours et de nuits Asura mène une armée de rebelles contre les dieux, car elle ne leur fait pas confiance, persuadée que la promesse d’un paradis éternel, qui viendrait après la fin du monde, est une supercherie.
Grande amatrice de science-fiction, Moto Hagio signe une belle épopée. Son style classique se fait ici plus épais et carré, proposant de vastes décors à l’impact fort réussi. L’histoire et la narration demeurent bien évidemment vintage, avec une fin typique, mais le propos, les personnages et le trait de la mangaka n’ont rien perdu de leur puissance, capables d’emporter les amateurs du genre dans une belle et fascinante aventure.
Par Guillaume BOUTET
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Une infinité de jours et de nuits. Par Moto Hagio. Traduction : Alexandre Goy. Éditions Akata. Sortie le 13 février 2025. 495 pages. 19,99 euros.
Moto Hagio sur ActuaBD :
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