Bon
2 mars 2026
Après la trahison de Sharkis et le vol de l’U.C.C. Dolores, le septième tome propulse les protagonistes au cœur d’une nouvelle épreuve où chaque trajectoire semble converger vers la cité en ruine d’Okotsha. Tandis que le mercenaire dit « Sans-peur » fuit avec Lune et la mystérieuse Mantou-Bata, Shaël lutte pour survivre aux assauts des shakals lancés à ses trousses. À distance, Mony, accompagnée de Tuco et des guerriers wassaïs, se lance dans une course contre la montre pour intercepter le vaisseau avant qu’il ne disparaisse dans les profondeurs de Tishala. Mais la traversée d’Okotsha s’avère bien plus périlleuse qu’anticipé : entre rumeurs de « peau noire » et créatures surnaturelles capables de tuer d’un simple contact, la mission prend des allures de descente aux enfers. En parallèle, Lune révèle une autonomie grandissante à bord du Dolores, utilisant ses talents de mécano pour piéger les poursuivants et protéger ceux qu’elle aime.
Didier et Lyse Tarquin poursuivent ici l’exploration d’un univers hybride où le space opera se teinte de survivalisme et de mythologie tribale. Après les étendues arides et les oasis sacrées du tome précédent, Okotsha introduit une atmosphère presque horrifique, faite d’ombres mouvantes et de ruines hantées, qui élargit encore la palette visuelle de la série. Le duo joue habilement des contrastes entre la technologie du vaisseau et les croyances wassaï, mêlant western futuriste, fantasy spirituelle et codes du récit post-apocalyptique. Les couleurs vibrantes et les décors détaillés renforcent cette sensation d’immersion permanente, tandis que la mise en scène privilégie des séquences d’action lisibles et nerveuses. Dans la continuité du tome 6, les thématiques écologiques et spirituelles restent en toile de fond, mais c’est surtout le thème de la transmission qui gagne en importance, donnant au récit une dimension plus intime malgré l’ampleur des enjeux.
La traversée d’Okotsha met également en lumière une fracture idéologique déjà perceptible chez Mony depuis ses premiers doutes envers les Nouveaux Pionniers. Face à elle, le guerrier wassaï Ksoum incarne une foi inébranlable, rigoureuse jusque dans la hiérarchie guerrière, et voit d’un très mauvais œil l’ironie désabusée de celle qui refuse désormais toute forme de dévotion aveugle. Leurs échanges tendus rappellent combien Mony s’est construite dans le rejet d’un ordre religieux qu’elle juge responsable d’atrocités, notamment l’asservissement des Rasseths. Pourtant, au cœur de cette descente presque initiatique dans les ténèbres d’Okotsha, un héritage inattendu de son ancienne confrérie refait surface et devient l’élément clé de leur survie. Comme un paradoxe intime, la foi qu’elle croyait avoir définitivement abandonnée se transforme en ressource salvatrice, révélant une héroïne toujours en quête d’équilibre entre rejet du passé et nécessité d’en assumer certaines forces.
Personnage fascinant de la saga, Sharkis « Sans-peur » est plus oppressant encore. Son double visage évoque une figure janusienne tournée à la fois vers la stratégie et la domination, tandis que sa capacité à observer le monde à travers les yeux bioniques qu’il greffe à ses molosses renforce son statut de démiurge technologique. À la croisée des mythes et de la science-fiction, il incarne une autorité panoptique dont le pouvoir repose sur le contrôle du regard et la colonisation des corps. Cette omniscience factice ne relève pourtant d’aucune sagesse : elle souligne au contraire une inquiétude très contemporaine, celle d’un pouvoir qui voit tout non pour comprendre, mais pour mieux assujettir — une thématique qui s’inscrit parfaitement dans la critique plus large de l’exploitation et de la domination déjà présente dans cet arc.
Conclusion directe du cycle entamé précédemment, Les Ombres d’Okotsha mise avant tout sur l’efficacité narrative. Le rythme soutenu et la multiplication des points de vue offrent un final dense, parfois moins axé sur les révélations que sur la résolution des tensions accumulées. Cette absence de véritable surprise pourra surprendre certains lecteurs, mais elle s’inscrit dans une logique de climax maîtrisé, où l’intérêt repose davantage sur la confrontation des personnages que sur un retournement spectaculaire. Mony continue d’incarner une héroïne tiraillée entre instinct maternel et culpabilité, tandis que Sharkis conserve son aura d’antagoniste charismatique et brutal. Si ce septième tome ne révolutionne pas la formule, il confirme la solidité d’un univers riche et cohérent, porté par un sens du spectacle assumé. Une conclusion de cycle efficace, qui privilégie l’intensité émotionnelle et l’aventure pure, tout en laissant entrevoir de nouvelles pistes pour la suite de la saga.
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À lire sur ActuaBD.com :
U.C.C. Dolores T. 7 : Les ombres d’Okotsha, par Didier & Lyse Tarquin, éditions Glénat. Album paru le 22 octobre 2025. 56 pages, 240 x 320 mm. 15,50 euros.