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Excellent
11 juillet 2025
Véritable ode au Space Opera, Traqué dans l’espace est le fruit de la collaboration entre Michael Park et Chris Baldie. Issu d’un financement participatif en 2014 (il y a plus de dix ans !), le livre sort cette année sous la bannière des Aventuriers d’Ailleurs. Cinq volumes, auto-publiés en anglais, sont rassemblés ici dans cet imposant volume de 250 pages, qui relate la traque haletante du dernier humain vivant de l’univers. Ce mystérieux « capitaine de l’espace », amnésique et incapable de se souvenir de son propre nom, se retrouve décongelé de son caisson de cryogénisation. Perdu dans un espace trop grand pour lui maintenant que les siens ont disparu, l’astronaute n’a plus qu’un seul but : survivre face aux chasseurs de primes qui le recherchent. En effet, le sang humain est plus précieux que l’or, et le peuple guerrier des Katzanis veut être le premier à se l’approprier… Commence alors une course poursuite pour la survie du dernier homme.
Lorsque nous écrivons que Traqué dans l’espace est un Space Opera, ce n’est pas simplement à cause de son thème spatial. Le livre est rempli de références aux plus grandes œuvres de SF, et son intrigue s’inscrit parfaitement dans les codes du genre. On retrouve des allusions à La Planète des singes, avec le capitaine prenant la place du capitaine George Taylor, ou encore à 2001, l’Odyssée de l’espace, avec l’intelligence artificielle du vaisseau reprenant le nom du mythique HAL. Le tout dans une esthétique cow-boy western, typique des films de SF des années 70.
Le récit lui-même reprend des thématiques propres au Space Opera. Le capitaine est, par exemple, régulièrement confronté à des dilemmes moraux et hautement philosophiques. On le verra méditer sur la futilité de l’existence, la peur viscérale d’être complètement seul dans un espace bien trop grand pour lui, ou encore sur la nécessité et la possibilité de communiquer avec des espèces différentes qui ne le voient que comme une proie. Des thèmes et des questionnements typiques du genre SF, où les voyageurs de l’espace sont confrontés à l’horreur la plus viscérale : celle qui vient d’eux-mêmes et qu’ils croyaient avoir laissée sur Terre.
L’histoire est portée par des personnages correspondant eux aussi à des archétypes du Space Opera. On retrouve par exemple « le Prospector », un vieil alien qui repart à l’aventure après sa rencontre avec le capitaine, et agit comme son mentor excentrique dans ce nouveau monde — un rôle similaire à Obi-Wan Kenobi ou Yoda (Star Wars). Notons également la chasseuse de primes katzani, sobrement appelée « la Traqueuse ». Traqué dans l’espace joue le jeu jusqu’au bout en n’attribuant aucun nom propre, seulement des noms de fonctions : Doc, Général, etc. Cela ne veut cependant pas dire que ces personnages sont creux. Au contraire, leur personnalité est suffisamment bien développée, à la fois dans le texte et dans le dessin, pour que le lecteur suive l’histoire sans difficulté.
Côté dessin justement, Chris Baldie utilise un style un peu cartoon, sans pour autant minimiser l’action et la violence, une patte graphique qui n’est pas sans rappeler le Frontier de Guillaume Singelin. Ce style simplifié permet la création de designs facilement reconnaissables, qu’il s’agisse du corps trapu de Prospector, de la silhouette agile de la Traqueuse, ou encore de la moustache abondamment fournie du capitaine. Les décors ne sont pas en reste, car l’illustrateur fait preuve d’une grande variété : canyons lunaires aux tons bleus, forêts luxuriantes, ou encore bars reculés d’une planète désertique, le capitaine voit du pays ! Les séquences les plus impressionnantes sont cependant celles dans l’espace, où Chris Baldie n’hésite pas à consacrer des pages entières au vide spatial, qui écrase les minuscules vaisseaux.
Si l’on devait décrire Traqué dans l’espace en un seul mot, ce serait « hommage ». Issu de créateurs visiblement passionnés par le genre du Space Opera, le livre fait de nombreuses références à des piliers de la pop culture, sans pour autant oublier de raconter sa propre histoire. Les références ne sont pas gratuites : elles servent à établir dans l’inconscient du lecteur les codes et les thèmes auxquels ce dernier peut s’attendre au cours de sa lecture. Cependant, comme tous les livres de science-fiction, il ne s’adresse pas à tout le monde. Si vous avez apprécié Frontier, Traqué dans l’espace sera une bonne lecture. Mais si la SF nostalgique des Space Opera des années 70 n’est pas trop votre tasse de thé, il ne justifiera peut-être pas les 26,90 euros demandés.
Par Akira OIKAWA
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Traqué dans l’espace, par Chris Baldie et Michael Park, Aventuriers d’Ailleurs, 2025.