Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Quel est votre parcours ?
Bonjour, je m’appelle Tohru Kuramori, et je suis l’auteur de Centuria, un manga publié en 2025 par Kurokawa en France. J’ai fait une école d’art dans le but de devenir mangaka, j’ai donc naturellement continué. Une fois mes études terminées, j’ai rencontré mon tantō Shihei Lin sur Twitter/X, et je travaille avec lui depuis.
D’où vous est venue l’histoire de Centuria ?
L’idée de ce manga m’est venue en regardant un tableau de William Turner, appelé Le Bateau Négrier, qui représente un bateau chargé d’esclaves jetant ses passagers par-dessus bord pour lâcher du lest. J’ai alors imaginé mon protagoniste sur ce bateau, et l’histoire est partie de ça.
Dans votre histoire, vous mettez en parallèle la brutalité sanglante du monde et la tendresse qui existe en chaque humain. Pourquoi ce choix, et comment le montrez-vous ?
Je pense que chaque humain a plusieurs facettes. Julian, le personnage principal et mon personnage préféré, est par exemple gentil, mais si ses êtres chers sont menacés, il peut faire preuve d’une grande violence et d’une grande cruauté envers ses ennemis. Mais il va tout de suite montrer du remord après ses meurtres. C’est comme ça que je mets en parallèle deux sentiments très opposés.
Comment écrivez-vous vos histoires ? Commencez-vous par le scénario, ou développez-vous l’histoire en parallèle du dessin ? L’histoire a-t-elle évolué ?
Je commence par poser la direction générale de l’histoire, des grandes lignes qui ne vont pas changer. Mais je change beaucoup de détails autour de ces grandes lignes, comme l’évolution de certains personnages par exemple.
Comment pensez-vous développer vos thèmes et personnages à l’avenir ?
Je veux bâtir mon histoire autour de la détermination humaine, la capacité des hommes à toujours se relever face à l’adversité. J’aime aussi beaucoup la notion de sacrifice, l’idée de devoir échanger une chose pour une autre. Il est toujours intéressant de voir un personnage mis face à un choix difficile. Ces thèmes vont rester centraux à l’histoire pendant toute la série. Mais je ne veux pas trop révéler de détails, pour ne pas gâcher le plaisir de lecture.
En termes techniques, quels outils utilisez-vous pour créer votre manga ? Y-a-t-il une raison pour ce choix ?
J’ai toujours été très attaché au dessin traditionnel. Mais j’utilise les deux, en réalité. Je dessine d’abord le storyboard et le crayonné sur papier, puis je scanne ces feuilles, et je rajoute l’encrage et les détails à l’ordinateur. Récemment, j’ai tout de même essayé de tout dessiner en numérique, les 5-6 derniers chapitres de Centuria. Mais finalement, ça ne me convenait pas, et je suis revenu à ma méthode hybride.
Avez-vous des inspirations graphiques ? Si oui, lesquelles ?
J’ai été l’assistant de Tatsuki Fujimoto, le mangaka derrière Chainsaw Man. Sous sa direction, j’ai appris à dessiner des décors (j’étais son assistant responsable des décors), et également sa façon de répartir le travail parmi ses assistants. Pour le dessin lui-même, je m’inspire beaucoup de Vinland Saga pour les muscles et les corps. Pour les monstres et les créatures, j’aime beaucoup les histoires d’horreur (dont Junji Ito bien sûr), et je m’inspire de séries comme Berserk par exemple. Pour mon utilisation du noir, je m’inspire beaucoup de Tsutomu Nihei (BLAME !).
Est-ce que le travail de scénariste est très différent et séparé du travail de dessinateur ? Lequel est le plus amusant ?
Au début, avant de commencer à faire du manga professionnellement, je préférais le processus de dessin. Mais maintenant, j’ai appris à apprécier le processus d’écriture, et surtout le moment où j’adapte ce que j’ai écrit en dessin. Au final, tout devient amusant, et c’est d’ailleurs pour cela que je continue à tout faire tout seul. Ce que j’aime surtout, c’est imaginer la réaction des lecteurs lorsque je révèle certains mystères. Mon responsable éditorial Lin-san est mon premier lecteur et un expert de l’industrie, alors lorsque j’arrive à le surprendre, je suis sûr que j’arriverai à surprendre mes lecteurs.
L’industrie du manga est très exigeante, avez-vous été surpris par ces contraintes lorsque vous avez rejoint cette industrie ?
Je savais, avant même de devenir mangaka professionnel, que ce serait un travail difficile. Je m’étais préparé mentalement, mais malgré ça, c’est dur. Je trouve que le travail de mangaka est 6 à 7 fois plus exigeant que ce que j’imaginais ! Mais j’aime beaucoup ça, si je pouvais avoir 100 vies comme Julian, je ne ferais que dessiner, sans manger ni dormir !
C’est votre première fois en France, et à la Japan Expo, quelles sont vos impressions ?
Je savais que la France aimait beaucoup les mangas, mais je ne me suis rendu compte d’à quel point c’était vrai que lors de ma venue ! J’ai également beaucoup aimé l’architecture, je trouve les monuments magnifiques. J’ai pris plein de photos pour les utiliser comme références à l’avenir. Mais la grosse découverte, c’était le fromage français. J’en rapporterai dans mes valises !
Par Akira OIKAWA Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
Nos remerciements à Tohru Kuramori pour avoir répondu à nos questions.
Nos remerciements à Laure Peduzzi et aux éditions Kurokawa pour avoir permis et coordonné cette interview.
Participez à la discussion