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Pas mal
7 février 2026
Pensé dès le départ comme un anti-héros volontairement agaçant, Tarte concentre tous les travers du privilégié qui n’a jamais eu à lutter. Protégé par son père, formé par les meilleurs maîtres et excellent en théorie, il n’a jamais été confronté à l’échec ni à la nécessité de se débrouiller seul. Suffisant jusqu’au ridicule, que ce soit dans son attitude ou son accoutrement, il se pense héros avant même d’avoir fait ses preuves. Un choix assumé de l’auteur, qui pousse le trait jusqu’à faire de Tarte un véritable bouffon, voué à être brutalement remis à sa place, chose, il faut bien en convenir, très plaisante à lire.
Sa défaite agit alors comme un électrochoc. Sans devenir immédiatement sympathique, Tarte est contraint de quitter son cocon doré et d’affronter l’écart entre savoir théorique et réalité du terrain. Livré à lui-même, il découvre une autre forme de progression, fondée sur l’effort, l’échec et l’adaptation plutôt que sur l’héritage. Une évolution encore timide dans ce premier tome, mais qui amorce une véritable quête de soi et de dépassement.
Le récit s’entoure rapidement de personnages secondaires marqués mais très codifiés, à commencer par le nouveau mentor de Tarte : ancien prétendant au trône, aujourd’hui désabusé, avare et affublé d’une réputation de « chien battu ». Derrière l’humour, il incarne une autre forme d’échec et fait office de contrepoint au parcours du héros. Le manga esquisse également ses premiers compagnons et rivaux, posant les bases d’une aventure plus large. L’humour, omniprésent, repose autant sur les situations que sur les caractères, et accompagne efficacement ce début d’aventure.
Côté univers, l’œuvre s’inscrit dans une Fantasy classique mais solide, sans isekai, où magie, monstres et luttes de pouvoir coexistent naturellement. Les tensions entre humains et créatures, incarnées par un personnage hybride aspirant à la paix, esquissent une problématique prometteuse. L’ensemble évoque Ranking of Kings par son système de sélection royale et sa hiérarchisation du pouvoir, même si le ton et le protagoniste s’en distinguent nettement.
Ce premier tome affiche de réelles qualités, mais peine à s’extraire d’une structure extrêmement codifiée. Héros déchu, mentor désabusé, compagnons, rivaux et objectif royal composent un schéma bien connu des lecteurs de Shônen. Si l’anti-héros qu’est Tarte apporte une touche de fraîcheur, celle-ci reste encore insuffisante pour véritablement réinventer l’ensemble.
Graphiquement, le trait est lisible, fluide et bien rythmé. La mise en scène est claire, l’action compréhensible, et l’ensemble fonctionne sans fausse note, même si rien ne vient encore véritablement distinguer le manga sur le plan visuel. Les personnages, au design expressif et dynamique, montrent l’influence de Kohei Horikoshi (My Hero Academia), dont Shinachiku a été l’assistant, notamment dans leurs traits et les expressions comiques.
Si l’idée d’un héros détestable remis à sa place fonctionne sur le papier, ce premier tome reste trop convenu pour marquer durablement. Une entrée en matière correcte, mais qui demandera confirmation dans la suite.
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