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Sixtine Dano (Sibylline) : « Je voulais tracer le portrait intime d’une jeune femme qui se construit. »

Par Régis Duqué 8 octobre 2025 
Avec Sibylline, récit d’une jeune étudiante en architecture qui devient escort girl à Paris, Sixtine Dano livre un premier album complexe et sensible, d’une grande maîtrise. Rencontre avec l’autrice quelques instants avant la remise du Prix Atomium Première du roman graphique lors du BD Comic Strip Festival de Bruxelles.

Quel a été le point de départ de Sibylline ? Qu’est-ce qui vous a donné envie d’aborder le sujet délicat de la prostitution étudiante ?

Sixtine Dano : Au cours de mes études, je me suis rendue compte que je connaissais, dans mon entourage, des gens qui étaient concernés par ce phénomène. Au fil du temps, comme j’en parlais autour de moi, j’ai été amenée à faire de nouvelles rencontres. L’activisme climatique, dans lequel je suis très engagée, est un milieu poreux avec les milieux féministes dans lesquels on trouve beaucoup de travailleuses du sexe. Pour elles, c’est un peu le seul endroit où elles peuvent s’exprimer et se faire reconnaître. Il faut savoir que si les prostituées en France paient des impôts, elles ne peuvent pas établir de contrat, par exemple. Elles sont également stigmatisées quand elles vont se plaindre de violences auprès de la police. Du coup, celles qui pratiquent ça en autodétermination sont très engagées. Bref, à force de rencontres, je me suis rendue compte que le sujet était souvent maltraité dans les médias et dans le monde culturel en général, que ce soit au cinéma ou dans la littérature.

Qu’entendez-vous par maltraité ?

Fantasmé, glamourisé. Dans Pretty Woman, la femme se fait sauver par un client riche et beau, par exemple. Dans les films de serial killer, au contraire, la prostituée est toujours la première à se faire tuer. Dans les reportages, il y a souvent une volonté de sensationnalisme et de misérabilisme. Ce que j’ai essayé de faire, moi, c’est de tracer le portrait intime d’une jeune femme qui se construit, en évoquant son enfance, son adolescence, son arrivée – violente – dans la sexualité. Montrer comment des chemins de vie mènent à ce genre de pratiques.

Vous dites avoir recueilli le témoignage de plusieurs travailleurs et travailleuses du sexe, mais aussi d’un client. Est-ce que vous avez imaginé à un moment une forme plus documentaire ? Qu’apporte la fiction que le documentaire ne permet pas ?

Oui, à un moment j’ai pensé au documentaire. Mais moi, je viens du cinéma d’animation et, pendant mes études aux Gobelins, ce que j’ai appris, c’est à raconter des histoires. La fiction a une force d’identification qui permet à plein de gens, même très éloignés du sujet, de pouvoir entrer en empathie avec le personnage. Or l’empathie vis-à-vis de ce genre de personnes, c’est justement ce qui manque.

La première chose qui m’a frappé, c’est la très grande sensation de réalité qui émane du livre. Comment avez-vous construit le personnage de Raphaëlle, par exemple ? Est-ce que vous y avez mis un peu de vous-même ?

Evidemment. Je pense que tout auteur, toute autrice, met de soi dans ses œuvres. Comme elle, j’ai fait une grande école, les Gobelins – une école dans laquelle on trouve beaucoup de compétition. Du coup il y a, dans le personnage de Sibylline, des souvenirs de sensations que j’ai vécues pendant ces années-là, des souvenirs liés à la sexualité, aux difficultés que l’on peut rencontrer dans les relations amoureuses ou dans la volonté d’indépendance financière que l’on cherche à avoir par rapport à la famille – toutes ces choses auxquelles tout le monde peut s’identifier. C ’est ça qui, je pense, fait que la bande dessinée plait, qu’elle est un peu universelle. Et puis évidemment le personnage est inspiré de tous ces témoignages que j’ai pu recueillir. J’ai essayé d’aller au-delà des anecdotes de rencontres avec des clients pour tenter de comprendre pourquoi et comment ces jeunes en sont arrivés là. Je voulais vraiment essayer de prendre du recul et politiser le sujet.

page 29 de Sibylline de Sixtine Dano

Si le sujet de Sibylline est la prostitution, c’est aussi un livre qui parle plus généralement du rapport au corps, à la sexualité, au désir aujourd’hui.

Oui. Et puis ça parle aussi beaucoup d’amour, des relations entre les hommes et les femmes, et de comment, quand ces relations sont toxiques, quand elles ne sont pas satisfaisantes ou qu’elles ne se passent pas comme on les a imaginées, elles peuvent ne pas réussir à se présenter comme une réelle alternative à de la sexualité tarifée.

A un moment sa copine lui dit : au final, ce n’est pas pire que sortir avec un type bourré rencontré dans un bar et qui t’a oubliée le lendemain. Sans compter que Raphaëlle a connu un abus sexuel quand elle était jeune et que son premier petit copain rompt avec elle brutalement au moment où tous les deux s’apprêtent à s’engager.

Voilà.

Il y a un moment fort marquant, dans Sibylline, c’est le chapitre 8 – un chapitre qui contraste avec la narration mise en place jusqu’alors : Raphaëlle s’adresse directement aux lecteurs, elle entre dans un club qui semble sortir d’un film de David Lynch et qui se transforme. L’ambiance est onirique, cauchemardesque… Pourquoi cette rupture ?

Je cherchais une astuce de mise en scène pour éviter de représenter, les uns à la suite des autres, les rendez-vous de Raphaëlle avec ses différents clients. Je voulais raconter toute une série de choses mais en évitant de la représenter dans un lit avec un homme, m’éloigner de la question du sexe pour aller vers d’autres sujets qui gravitent autour de la prostitution : le rapport à l’argent, à la vieillesse, la place de la femme dans la société, les relations entre les hommes et les femmes, le fait que ces hommes sont à la recherche d’un psy… Du coup j’ai trouvé cette astuce de la mettre dans une espèce de cabaret, avec ses clients comme spectateurs. Au fur et à mesure de l’écriture de la scène, j’ai eu l’idée de modifier l’espace. Donc, oui, le cabaret devient une espèce de bureau de psychanalyste, puis une salle de réunion… Quant à l’adresse aux lecteurs, elle est un résidu d’une précédente version du scénario où il y avait une voix off tout au long de la bande dessinée. C’est une partie du livre qui est assez crue car c’est la seule où elle parle de ses rendez-vous de façon directe. Elle m’a été inspirée par le travail de Nelly Arcan et Virginie Despentes. Je me suis bien amusée à la faire, cette scène. Elle résonne chez les gens. On m’en parle souvent. Au début j’avais un peu peur de ce changement de ton.

page 133 de Sibylline de Sixtine Dano

À ce moment-là du récit, ce chapitre nous emmène ailleurs et c’est très fort. J’ai ressenti quelque chose de similaire dans l’épilogue où vous choisissez de faire entendre la parole d’un client qui explique que son temps est quelque chose qui a de la valeur, que pour lui l’amour est un mauvais investissement, qu’il cherche à rentabiliser ses relations. Il dit littéralement que pour lui la sexualité est un échange commercial comme un autre et que tout se mesure à l’aune de l’argent.

À ce moment-là, Raphaëlle discute vraiment avec la personne qu’elle a en face d’elle. Elle a assez grandi pour pouvoir avoir une réflexion sur ce qu’elle a vécu et être ainsi d’égal à égal avec un client.

C’est le moment où elle décide de partir.

Oui, elle décide de ne pas le faire.

page 243 de Sibylline de Sixtine Dano

Ce monologue, il vous a été inspiré par le client que vous avez rencontré ?

Oui. C’est très proche d’un des Sugar Daddy.

Ce passage m’a fait penser au livre d’Eva Illouz, La fin de l’amour, qui montre comment le capitalisme s’infiltre aujourd’hui dans nos relations les plus intimes. Elle explique que les relations affectives sont devenues un vaste marché où l’on choisit son partenaire comme on choisit un produit dans un magasin.

Moi, ma référence, c’est Victoire Tuaillon – Le cœur sur la table, notamment – qui analyse vraiment bien tout ça. Ce qui m’intéresse notamment, c’est la manière dont les femmes, dans leurs rapports avec les hommes, se soumettent un peu volontairement, et comment cette soumission est construite depuis l’enfance. J’ai beaucoup lu Manon Garcia également. En fait j’ai été pas mal nourrie d’essais féministes.

Raphaëlle tombe sur un exemplaire du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir, à Barcelone.

Qui est un peu le symbole de son éveil féministe.

page 152 de Sibylline de Sixtine Dano

Vous dites que la scène du cabaret était une façon d’éviter de montrer Raphaëlle au lit avec les clients. Or, ailleurs, vous n’éludez pas la représentation de la sexualité. Comment éviter de tomber dans le voyeurisme ? le male gaze  ?

J’ai beaucoup appris à dessiner à partir de modèles vivants femmes, jeunes, belles, blanches. Avec Sibylline, j’ai essayé de déconstruire cette vision que j’ai de la beauté – ou en tout cas de ne la garder que pour les scènes où Raphaëlle prend du plaisir, où la relation est saine, belle. Pour ces moments-là, je me suis autorisé à tracer de belles courbes, à être dans le sensuel, le sensible. Quand elle a des relations sexuelles tarifées, ou quand ces relations sont plus abusives, grises, j’ai fait des trucs plus sombres, où on ne la voit presque jamais nue. Au final il n’y a qu’une scène où on la voit nue dans le cadre d’une relation tarifée, c’est quand elle est seule, dans une chambre d’hôtel, après l’avoir fait avec son premier client – elle est là, avec l’argent, et en fait elle est heureuse, et c’est ça qui est fou parce que souvent dans les films qui traitent ces sujets-là, on voit la fille dégoûtée qui va se récurer sous la douche parce qu’on imagine qu’elle a vécu la relation comme un viol. Quand j’ai écrit cette scène, j’ai voulu faire presque l’inverse : elle rigole, elle est heureuse, elle se sent femme pour la première fois et c’est ça qui est hyper violent en fait.

page 101 de Sibylline de Sixtine Dano

Vous montrez que c’est plus complexe que les représentations que nous en avons habituellement. À ce moment-là, elle se rend compte qu’elle acquiert un pouvoir financier.

Oui, et un pouvoir sur le regard masculin. Elle a l’impression de dominer, même si au final on se rend bien compte que ce n’est pas le cas, qu’elle est dans un espace où elle est vulnérable.

Vers la fin, il y a une scène avec son amie Leila et un client, où la relation est malsaine, angoissante, violente.

Oui, elle nous ramène à la réalité.

Vous avez fait vos études, on l’a dit, aux Gobelins, une école de cinéma d’animation. Alors pourquoi une bande dessinée ?

Pour réaliser une bande dessinée, il suffit de convaincre une maison d’édition. Après on fait le taf chez soi, seule, pendant un an et demi, deux ans. Raconter le même récit à l’écran, ce seraient des millions d’euros à trouver, de nombreuses personnes à convaincre, des concessions à faire, des années de travail, une équipe de cent personnes à diriger – c’est vraiment d’une ampleur énorme.

Les auteurs et autrices disent souvent que la bande dessinée est un art qui donne une grande liberté.

Je n’ai rencontré aucune censure de la part de mon éditeur. J’ai pu dire tout ce que je voulais dire. Le scénario a été validé au contrat mais même après ça j’ai pu le modifier comme je l’entendais. Les seules remarques de mes éditeurs concernaient la compréhension des dessins ou des textes. Je trouve assez dingue dans la société actuelle de pouvoir prendre deux heures de son temps à quelqu’un pour lui faire lire quelque chose que l’on a pu écrire de A à Z. Aujourd’hui, il y a un projet d’adaptation en film d’animation en cours – c’est encore embryonnaire, on commence seulement le travail d’adaptation. La bande dessinée m’aura peut-être permis de revenir au cinéma.

Est-ce qu’il y a des bandes dessinées qui vous ont nourrie au moment de commencer Sibylline ?

Au niveau du visuel, c’est Manuele Fior avec L’entrevue. Au moment où j’ai découvert cette bande dessinée, mon scénario était presque fini mais je ne savais pas encore à quoi le livre allait ressembler visuellement.

L’encre et le fusain ?

Oui, vraiment, j’ai adoré ce rendu visuel-là. Globalement j’ai un trait très cinéma d’animation français. Ce n’est pas du cartoon, ce n’est pas du réalisme, c’est un peu entre les deux – du semi réalisme, comme on dit dans l’anime.

Dans Thermostat 6, le court métrage d’animation que l’on peut voir sur votre site, le traitement est beaucoup plus coloré, beaucoup plus cartoon, justement.

Oui. Nous étions plusieurs sur ce film et ce n’est pas moi qui ait assuré la direction artistique. Et puis le sujet se prêtait mieux à du cartoon – on adapte le visuel à ce que l’on veut raconter. Sur Sibylline, je trouve que le noir et blanc marche super bien. Le fusain et l’encre permettent d’avoir une large palette de rendu qui va du très contrasté au très doux, du très sombre au très lumineux. Dans la scène d’amour à Barcelone, par exemple, je n’utilise pas d’encre, que du fusain, alors que dans la scène de cabaret dont on parlait tout à l’heure, il n’y a quasiment que de l’encre. Ces deux scènes sont vraiment traitées à l’opposé.

page 172 de Sibylline de Sixtine Dano

Le travail sur les lumières est vraiment remarquable : lumière du soleil, des lampes et lampadaires, d’une boule à facettes, lumière de l’écran de téléphone qui éclaire le visage de Raphaëlle dans le noir.

Parfois les éléments sont juste décrits par leurs ombres. Parfois il n’y a pas de trait, de ligne, on passe directement du fusain au blanc. La lumière pénètre les objets qui la diffusent. J’ai travaillé aussi sur des effets de sfumato. Avec des pastels noirs très foncés, j’ai essayé d’obtenir des effets de flou afin de donner une impression de volume ou de distance, comme avec une caméra. Tout ça apporte une richesse dans le rendu graphique qui rend la chose intéressante.

page 196 de Sibylline de Sixtine Dano

Vous parlez de l’influence de Manuele Fior sur le rendu visuel. Est-ce qu’il a également influencé votre découpage ?

Je pense que c’est surtout le storyboard d’animation qui m’a formé au storyboard de bande dessinée. C’est pour ça que Sibylline est assez cinématographique. Au final je ne sors pas beaucoup des codes que j’ai appris aux Gobelins.

Vous avez commencé par un crayonné ?

J’ai fait tout le storyboard avec Procreate, sur IPad. Ça m’a permis d’être mobile, de bosser dans des cafés, chez des gens, avec des amis, de ne pas me sentir trop seule. Après j’ai tout imprimé sur des grandes feuilles puis j’ai décalqué à l’encre avant une phase au fusain. Sur mon Instagram j’ai mis des vidéos qui permettent de suivre l’évolution du livre.

L’IPad vous permet de travailler en dehors de l’atelier.

Je n’ai pas d’atelier parce qu’à Paris ça coûte trop cher. Si j’ai été assez solitaire sur ce livre, au final j’ai pas mal squatté chez des gens. J’ai passé deux mois dans un studio de jeux vidéo à Lyon qui a été ouvert par des amis à moi, par exemple. Tout à coup, là, je peux avoir des collègues, faire des pauses café avec des gens et mener une vie un peu sociale, normale.

L’iPad permet aussi davantage d’expérimentations ?

Ça va très vite. On peut vraiment tester plein de choses. Ça permet aussi d’être organisée, de ne pas se perdre dans ses feuilles. J’ai trouvé ça hyper pratique. Surtout pour un livre de deux cents soixante pages.

Justement, combien de temps pour les dessiner, ces deux cent soixante pages ?

Deux ans, si on compte également la réalisation du trailer en animation.

Votre livre se termine par une postface. J’ai l’impression que c’est là, dans cette postface, que vous êtes la plus ouvertement engagée. Dans la bande dessinée, vous avez un point de vue, mais vous suspendez votre jugement moral – sur Raphaëlle, notamment, mais aussi sur certains clients.

En ce qui concerne les clients, je voulais montrer différents types de masculinité. Or, toutes les masculinités ne sont pas toxiques. Et puis dans les films, souvent, les méchants les plus intéressants sont ceux que l’on comprend. Si on ne comprend pas pourquoi les gens font ça, on ne peut pas agir sur les causes. La postface, elle sert à recontextualiser, à montrer que ce n’est pas un phénomène aussi marginalisé qu’on pourrait le penser. Dans un amphithéâtre de cent élèves, huit au moins sont concernés. La postface, elle est donc là aussi pour prendre du recul et politiser la chose. Il ne s’agit pas juste d’un problème individuel que l’on peut régler avec une psychanalyse mais d’un phénomène social sur lequel on peut agir – en éduquant aux relations affectives et sexuelles dans les écoles, par exemple, ou en luttant contre la précarité étudiante…

Dans Sibylline vous êtes très attentive à l’environnement sociologique des personnages : comment fait-on pour subvenir à ses besoins dans une ville comme Paris lorsqu’on est étudiant et que les études coutent chers ? Raphaëlle est souvent fatiguée parce qu’elle travaille dans un bar tard le soir. Son petit copain est livreur de pizza. Ils ont peu de temps pour se retrouver, pour s’investir dans leurs études.

Je pense que ce qui fait que le personnage paraît réel, ce sont aussi plein de petites choses du quotidien. Qu’est-ce que c’est, par exemple, qu’être à la caisse d’un supermarché et ne pas être sûre que son paiement par carte va être accepté ? Ça c’est quelque chose par laquelle tout le monde est déjà passé, je pense – beaucoup de personnes, disons.

page 123 de Sibylline de Sixtine Dano

Le film de François Ozon, Jeune et jolie, met en scène une fille déconnectée de ses émotions et de son corps. C’est un peu le contre-exemple de ce que vous avez voulu faire ?

Tout à fait. On ne comprend pas pourquoi elle fait ça. C’est plutôt une sorte d’anomalie froide, bourgeoise. Je n’ai pas l’impression que le film propose un questionnement sur la société dans son ensemble. En plus l’actrice est vraiment très belle, très jeune. C’est très esthétisant, très sensuel. Ma postface, elle est là aussi pour prévenir les potentielles envies que ma bande dessinée pourrait donner à des jeunes filles ou des jeunes hommes. J’avais peur de ça, oui. Si je ne voulais pas juger mes personnages, si je ne voulais pas tomber dans le misérabilisme, je ne voulais pas non plus donner envie. Dans la postface, je rappelle quand même les violences que l’on peut subir. Et puis je donne des liens pour celles et ceux qui veulent trouver de l’aide.

Dans votre dispositif scénaristique, je trouve qu’il n’y a pas d’ambiguïté sur ce que vous défendez au final.

Je pense qu’on on ne maîtrise jamais vraiment l’effet que l’on peut avoir sur les lecteurs et les lectrices. Il y a des œuvres qui parlent de résistance et qui sont récupérées par des groupes politiques à l’opposé de ce que l’on pourrait appeler résistance. Elon Musk, par exemple, s’est comparé à la résistance contre l’empire dans Star Wars alors que s’il y a bien une personne sur terre qui pourrait représenter Dark Vador, c’est lui. Avec cette postface, je voulais aussi expliquer que ma bande dessinée était inspirée par des témoignage. Je savais que si je ne le disais pas, on allait tout le temps me demander si c’était mon histoire, et ça je ne le voulais pas. C’est pourquoi j’ai préféré d’emblée raconter la vérité sur le processus de création de mon livre.

Vous l’avez fait lire à celles et ceux qui ont témoigné ?

Oui.

Pendant sa conception ?

A la fin de l’écriture du scénario, déjà, j’ai obtenu des validations qui m’ont permis d’avancer et de me sentir légitime pour en parler. Une fois le livre publié, j’ai reçu des retours émouvants de personnes qui se sont vraiment reconnues – pas sur l’anecdotique mais vraiment sur le fond. Et puis parfois en dédicace des gens très émus viennent me voir et me disent à demi-mots qu’elles sont concernées par ce que j’ai raconté et ça c’est très touchant.

Par Régis Duqué

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782344060049

Sixtine Dano, Sibylline, Grenoble, Glénat, 2025.
Lire la critique de Perrine Lavorel sur le site d’ActuaBD

Toutes les images sont © Sixtine Dano/Glénat
Photos : Régis Duqué

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