Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Favori de la rédaction
30 janvier 2025
Le petit Salim a bien grandi. Il n’est même plus du tout petit : 1m87 et la barbe naissante, le voilà prêt à entrer au lycée. En jeans, baskets et casquette vissée à l’envers, il rêve de ressembler à l’une des stars de Sauvés par le gong, l’un de ses feuilletons préférés. C’est sûr, il aura du succès auprès des filles ! Mais son père ne l’entend pas de cette oreille-là. Hors de question que son fils ressemble à un petit Américain. Il devra porter des pantalons et des chaussures de ville classiques, quitte à être à la risée du lycée.
Bientôt, Salim y vit ses premières amours et se passionne pour le dessin. Il invente même les aventures d’un certain « Moh Leguia », lointain cousin algérien de Gaston Lagaffe.
Du côté du quartier résidentiel de la Cité olympique, on a d’autres préoccupations : on songe à construire un local à poubelles. C’est joli ça, un local à poubelles. Et puis drôlement utile, tiens. Ça changera du tas d’ordures devant l’immeuble. Du moins on y croit. Tant qu’on y est, si on cassait le muret du gazon pour pouvoir garer les voitures sur la pelouse ?
Mais derrière ces changements anodins qui rythment la vie de ses occupants, l’immeuble « Rwama » continue inexorablement sa mue en état de siège. Les balcons se dotent de barreaux, les portent se blindent et se couvrent de serrures, des grilles se dressent le long des coursives comme des herses des temps modernes.
Des délinquants rôdent dans les parcs, les hommes deviennent fous, quand ils ne se font pas la guerre, et les gouvernements se succèdent lamentablement jour après jour.
La peur gagne la rue. Salim apprend à vivre en passant le moindre piéton, véhicule ou objet sous le filtre paranoïaque de sa vision. Cet homme ne serait-il pas trop barbu pour être honnête ? Et cette femme, que cache-t-elle dans son sac ?
Partir en vacances devient une expédition menée au péril de sa vie. Des checkpoints poussent comme des champignons. Les exécutions sont arbitraires.
Plutôt que d’évoquer de manière frontale la violence des exactions commises lors de la guerre civile, Salim Zerrouki démontre toute la puissance et la pertinence de l’allégorie, qui ne fait qu’amplifier le sentiment d’horreur qui naît au fil des pages. Les derniers vernis de la civilisation s’écaillent et ramènent les hommes à un état primaire et bestial. C’est le retour de la loi de la jungle. Les militants du FIS (Front islamique du salut) et du GIA (Groupe islamique armé) sont représentés comme des loups ; tandis que les forces de sécurité de l’État apparaissent comme des hyènes. Le graphisme vire au brutalisme rouge et noir.
Intense et indispensable, Rwama est une œuvre qui donne à l’intime une portée universelle et délivre un plaidoyer vibrant à la vie et à la liberté.
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.