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Et si vous deveniez autrice / auteur de bande dessinée, du moins le temps d’une exposition ? Pour cela, rendez-vous en bord de Charente pendant la 52e édition du FIBD, sur le campus du Cnam-Enjmin – la faculté de jeu vidéo d’Angoulême – et laissez-vous embarquer dans l’épopée : Hyper BD : une exposition dont vous êtes les héro·ïne·s. D’ordinaire lieu d’expérimentation et de création vidéoludique, l’atrium, des salles de cours et même les toilettes ont été intégrés dans un parcours à choix qui retrace le sinueux parcours des aspirants dessinateurs de BD. En chemin, on découvre les œuvres d’Émilie Plateau, d’Adrian Tomine, de Bingo, Salomé Lahoche, Antoine Marchalot ou encore celles des jeunes talents 2025.
« Je vous conseille vivement de prendre le parchemin suprême », commence la directrice artistique FIBD, Marguerite Demoëte, avant de brandir un dépliant figurant une carte de l’expo, dessinée par Charlotte Bresler. L’aventure commence dès l’entrée, rebaptisée en « Charbonnerie Séquentielle » et se termine au centre de l’atrium, sous un donjon, devant le « Graal ultime » : votre bande dessinée qui cumule « plus d’un million de vues sur Tiktok » et qualifiée de « chef-d’œuvre » par « Téléramarre » (toute ressemblance avec un média existant serait purement fortuite).
Pour parvenir au donjon, il faut faire les bons choix de carrière (entendez se déplacer sur la prochaine partie de l’exposition). Comment ? Comme dans un livre dont vous êtes le héros, après avoir découvert un espace (numéroté entre 1 et 22) et sa thématique, il faut choisir le prochain parmi plusieurs propositions. Mais attention, certaines pourraient bien mettre un coup d’arrêt à votre carrière, en témoignent plusieurs tentatives de notre rédaction pour terminer le parcours.
Du fanzine à Instagram, comment se faire connaître ?
« Je pense que c’est la première expo dont vous êtes le héros », sourit Camille Escoubet, casquette rose pétante sur le crâne. Déambulant entre les planches presque chirurgicales d’Adrian Tomine et les cases bigarrées de Salomé Lahoche, le commissaire de l’exposition explique avoir « voulu présenter les grandes étapes pour devenir autrice ou auteur de BD. »
« C’est pas exhaustif, confesse-t-il. Mais on retrouve des artistes qui ont envoyé des dizaines de manuscrits avant d’être édités (comme Tomine), d’autres qui se sont fait connaître sur les réseaux (comme Lahoche). S’arrêtant devant 45 fascicules aux formats et techniques diverses encerclés : « Et il y a celles et ceux qui ont opté pour le fanzine », poursuit-il avec un sourire témoignant de sa tendresse pour ces BD alternatives.
Mais bien souvent, envoyer son manuscrit à une maison ne suffit pas à être publié et sur les réseaux sociaux, se faire son trou demande une régularité, une rigueur et une créativité à toute épreuve. Alors, on se fait balader vers l’exposition qui met à l’honneur les vingts lauréats du concours « Jeunes Talents 2025 », on prend un moment dans « la forêt du doute » avant de faire un arrêt à « BD services » (parodie bien sentie d’une Urssaf redoutée par les autrices et auteurs). Un scénario ludique et satirique, dont certains détails tirent un portrait acerbe du milieu de la BD, de l’édition, de la précarité de ses auteurs et de sa misogynie qui revient fréquemment sur le devant de la scène.
« Monter une telle exposition, c’est hyper casse-tête »
Pour imaginer un tel récit, Camille Escoubet a fait appel à une autrice rodée à l’exercice : Émilie Plateau. En 2021, elle avait publié « L’Épopée infernale : Le livre dont vous êtes l’héroïne », une presque BD autobiographique où l’on suit les aventures d’une dessinatrice en devenir. « Monter une telle exposition, c’est hyper casse-tête », résume la dessinatrice devant ses planches exposées en fin de parcours. « Je n’avais envie de faire une redite de la BD que j’avais écrite. »
Après avoir pris connaissance des œuvres exposées et des lieux, Émilie Plateau a posé une grande feuille sur son bureau et a enchaîné les croquis – cachésdans l’exposition – pour créer les différents chemins. L’étape 1 nous mène à l’étape 7, la 15 à la 12 etc… En résulte un parcours bien ficelé, qui nous amène voir et revoir toutes les planches exposées.
Non, on ne vous dira pas laquelle mène au « Graal ultime ». En revanche, il est certain qu’il vous faudra plusieurs tentatives pour passer par toutes les salles et arriver au bout de cette exposition dont vous êtes les héro·ïne·s. Mais une fois cette quête riche en humour et en BD terminé, vous serez devenu autrice / auteur de BD. Du moins, le temps d’une exposition.
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