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Nos souvenirs flottent dans une mare poisseuse – Par SoSkuld (d’après Michaël Uras) - Éd. Tartamudo

Par Damien BOONE Pas mal 16 juillet 2026 
Adaptation en bande dessinée du roman de Michaël Uras, paru il y a quelques années, le récit suit Jacques, un petit garçon sensible et avide de lecture, né dans les années 1980 au sein d’une famille modeste d’immigrés sardes installée dans le nord de la France, entre les corons et l’univers industriel en déclin.

Le récit s’articule autour d’une structure chronologique fragmentée, faite de souvenirs qui s’entremêlent : les étés lumineux passés en Sardaigne chez la famille élargie contrastent avec le quotidien gris, humide et parfois oppressant des hivers dans le Nord. On voit Jacques grandir, naviguer entre l’école, la maison familiale, les premiers émois et les non-dits qui pèsent sur le foyer. La famille porte un passé trouble : secrets, traditions sardes rigides, omerta implicite, peut-être des zones d’ombre liées à l’immigration et à la vie d’avant. Jacques, en quête de reconnaissance dans un monde où il se sent souvent incompris, trouve refuge dans les livres, qui sont à la fois un écran et un pont vers une identité hybride.

Le choix graphique est étonnant : SoSkuld opte pour un style très marqué par l’esthétique manga (grands yeux expressifs, traits fins, codification émotionnelle très japonaise). Cela rend l’innocence et la sensibilité de Jacques immédiatement identifiable, et crée un environnement contemporain qui actualise le roman d’origine. Cependant, le décalage avec le réalisme social et culturel du propos (immigration sarde, corons des années 80, racisme ordinaire, gravité des silences familiaux) crée une certaine dissonance : les personnages paraissent parfois trop juvéniles ou stylisés pour porter la pesanteur des thèmes. Cela étant, le résultat est techniquement propre, et le découpage est rythmé.

Le roman original de Michaël Uras portait une épaisseur autobiographique : chronique d’une double culture, d’un déracinement vécu au quotidien, de la transmission (ou de la perte) des racines italiennes dans un contexte français populaire des années 80-90. On y aborde le racisme ordinaire, la modestie économique, les rapports familiaux complexes (surtout avec un père et une mère marqués par leur propre histoire), les premiers amours, la construction de la masculinité, et cette nostalgie poisseuse que le titre évoque si bien : des souvenirs qui ne flottent pas librement mais stagnent, collent presque.

Sur le fond, le matériau de départ de cette adaptation reste riche et potentiellement très touchant. Une enfance vue de l’intérieur, avec ses joies simples et ses blessures, comme le sentiment de ne pas être tout à fait d’ici ni de là-bas, les silences familiaux, la quête identitaire. Les scènes s’enchaînent avec une certaine fluidité chronologique, mais manquent souvent de profondeur ou de véritables pivots dramatiques, et l’intensité affective reste en surface. Par exemple, les contrastes entre la Sardaigne et le nord de la France sont présents visuellement, mais ils ne dégagent pas la charge nostalgique ou mélancolique que le sujet promettait.

Par Damien BOONE

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Code EAN : 9782910867362
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