Pyongyang Parano : l’enquête de deux journalistes infiltrés en Corée du Nord

Par Jessy LEMESLE Bon 31 janvier 2025 
En 2008, deux journalistes français décident de faire l’impensable : s’infiltrer en Corée du Nord pour interviewer le dictateur. Leur couverture ? Se faire passer pour des négociants en chocolat. Inspiré de l’histoire vraie d’Antoine Dreyfus, nos deux héros intrépides, pas plus confiseurs qu’espions, ne sont pas au bout de leurs surprises…

« Je ne vous délivrerai pas de visa presse, monsieur Dreyfus. Les journalistes, c’est que du blâme pour la République populaire démocratique de Corée », avoue sèchement un diplomate nord-coréen à l’égard du journaliste Antoine Dreyfus au sein d’un bureau de la représentation diplomatique de Corée du Nord.

Comprenant qu’aucun journaliste ne mettrait les pieds dans « le pays des secrets » (en raison de l’isolationniste important du pays), une idée folle lui vient, pour se racheter auprès du directeur de la rédaction de « Véridique, premiers sur le scoop » (VSD). C’est après une faute professionnelle – un oubli de visa, qui lui a coûté l’interview du siècle avec un chef d’État - qu’Alexandre, un journaliste freelance spécialisé dans l’investigation et ancien grand reporter, veut tenter le tout pour le tout. Son idée de génie ? Partir au fin fond de l’endroit le plus fermé au monde, pour tenter d’interviewer l’homme le plus inaccessible de la planète. L’histoire est inspirée de faits réels. Seuls les noms des personnages ont été modifiés.

Pyongyang Parano : l'enquête de deux journalistes infiltrés en Corée du Nord
© Fanny Briant / Ed. Marabulles

Infiltration au pays des Grands Leaders

Le voici parti en 2008, à destination de la pire dictature du monde. Il est accompagné de de sa collègue Marise, une photo-journaliste et tête brûlée qui a couvert quelques-uns des plus terribles conflits du XXIe siècle (Bosnie, Afghanistan, Kurdistan, Irak Syrie, Soudan). On ne parle pas ici d’un simple voyage touristique. Il a osé avec panache, pour ainsi dire, infiltrer un voyage d’affaires en Corée du Nord, en se faisant passer pour un négociant en chocolat. Cette expérience est à l’origine de ladite bande dessinée Pyongyang Parano, avec l’aide d’Emmanuelle Delacomptée au scénario et Fanny Briant au dessin, qui a su matérialiser ce monde gris et faire passer la pilule par l’entremise de traits quasi enfantins.

Pour Alexandre et Marise, la règle est simple : toujours garder le cap de leur mission et coller à la fiction. Tant pis si cela implique de raconter des mensonges de plus en plus énormes. Le scoop avant tout ! Pour mener à bien cette infiltration, Marise va jouer de ses contacts en conversant avec Alejandro Cao De Benos, VRP de la Corée du Nord de longue date – seul occidental à posséder un passeport nord-coréen et, honneur suprême, à porter un nom nord-coréen. Son rôle est de faire entrer de l’argent dans les caisses, en organisant des voyages d’affaires. Bingo, l’appât a fait mouche.

Nous les suivons dans ce qui semble être la semaine la plus longue de leur vie. Ils passent huit à jouer le « chocolate boy », tant ils sont aux aguets et effrayés à chaque instant d’être découvert dans ce qui se trouve être l’une des plus grosses supercheries, tant les interdits sont légion et les faux-pas impensables – surtout pour des journalistes ! La paranoïa les guette de-ci de-là. Chaque parole doit être exprimée avec la plus grande circonspection. Alex se persuade en permanence d’être un homme d’affaires, connaît sur le bout des doigts les filières, les différentes phases de transformation, l’import/export et la fabrication. Il s’imagine même ouvrir une usine à Pyongyang et devenir, pourquoi pas, un industriel prospère du cacao.

© Fanny Briant / Ed. Marabulles

Truman Show communiste

À Pyongyang, les touristes n’ont accès qu’à une vitrine mensongère. Néanmoins, ces deux-là découvrent davantage comment le pays marche… ou comment il ne marche pas et combien il est difficile de faire affaire avec la dictature. De cette infiltration, ils en ressortirent certes menu fretin, mais avec des images nouvelles plein la tête que la bande dessinée s’efforce de dévoiler par bribe. Le tout sur fond humoristique, notamment dans les phases critiques, rebondissements ou grosses frayeurs.

Si la trame narrative est bien ficelée et le road-trip haletant, on reste néanmoins sur la faim. Quid de la population ? Oui mais voilà, ce séjour dans la dictature la plus fermée du monde permet d’en saisir toute la dimension tragi-comique, aussi ubuesque que redoutable. Impossible d’en savoir plus malheureusement, même pour des journalistes aguerris.

© Fanny Briant / Ed. Marabulles

Par Jessy LEMESLE

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Acheter


Code EAN : 9782501182980
CONTENUS SPONSORISÉS  
PAR Jessy LEMESLE  
A LIRE AUSSI  
Romans Graphiques