Nepka est un roman graphique scénarisé par Séverine Vidal et illustré par Nina Ramsey, qui signe ici sa toute première bande dessinée après un parcours remarqué comme décoratrice de cinéma d’animation. Une transition réussie, tant son sens de l’atmosphère et du décor imprègne chaque planche.
Le récit prend la forme d’un conte initiatique, situé sur l’île d’Hokkaido, au sein de la communauté aïnoue, peuple autochtone du nord du Japon. L’époque reste volontairement floue, renforçant la portée symbolique de cette histoire qui confronte traditions ancestrales et liberté individuelle.
Nepka est une jeune fille élevée dans le respect des rites de son clan. Selon la tradition, un ourson grandit au sein du village afin, une fois devenu adulte, de l’offrir aux dieux lors d’un sacrifice cérémoniel. Nepka s’est prise d’affection pour ce petit ours qu’elle a élevé et qui a accompagné les jeux de son enfance. Contre la volonté de ses proches, elle refuse cette mise à mort et choisit de détacher l’animal pour faciliter sa fuite. Cette décision entraîne une tragédie à laquelle la jeune adolescente ne s’attendait pas : en s’échappant l’ours tue le père de Nepka, chef du village. Rejetée par sa communauté, elle ne pourra espérer la réintégrer qu’après avoir retrouver et mis à mort l’animal. Car selon la croyance, si l’âme de l’ours n’est pas offerte aux dieux par un sacrifice, les calamités dévasteront le village.
Commence alors une errance solitaire dans la forêt, au fil des saisons, durant laquelle Nebka se retrouve tiraillée entre deux loyautés : celle due à sa famille et à ses traditions, et celle qu’elle ressent envers l’animal avec lequel elle a grandi. Le récit interroge avec finesse le poids des rituels, la transmission aveugle des croyances et la difficulté de s’en affranchir.
Graphiquement, Nina Ramsey séduit par un dessin d’une grande douceur, presque trompeuse au regard de la violence du propos. Les couleurs, souvent pastel, évoluent selon les lieux et les émotions : verts profonds de la forêt, roses chaleureux des scènes de feu, bleus glacés des froids d’hiver. De nombreuses planches contemplatives peignant la nature en pleine page ponctuent le récit et instaurent des pauses méditatives. D’une grande beauté et empreintes de poésie, elles proposent un instant de retrait et de distance face à cette histoire qui, malgré ses couleurs douces, est empreinte d’une grande violence. Propices à une réflexion sur l’appartenance, la nature et le lien au vivant, celles-ci évoluent au rythme du voyage initiatique de Nepka.
Malgré des sujets durs comme le deuil ou le choix impossible entre respect des traditions et liberté, Nepka demeure une bande dessinée d’une grande délicatesse. Un récit sensible et contemplatif, qui interroge notre rapport aux traditions et à la nature, et marque une belle entrée de Nina Ramsey dans le monde du roman graphique.
L’album se distingue aussi par la richesse de sa documentation : costumes, croyances et mode de vie aïnous sont représentés avec soin, offrant une véritable découverte culturelle, d’autant plus précieuse que ce peuple reste largement méconnu en Europe et que sa population, en déclin, s’élève aujourd’hui, à 200 000 âmes réparties entre la Russie et le nord du Japon.
Par Julie LECLERC
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Nepka - par Séverine Vidal et Nina Ramsey - Éditions Robert Laffont - 152 pages - parue le 16 octobre 2025 - 22,50 euros