Vous vous rappelez certainement de ce financier acariâtre qui voulait absolument signer ses contrats à la rédaction de Dupuis, perpétuellement empêché par un Gaston Lagaffe plus que maladroit. Monsieur De Mesmaeker ressemblait suffisamment au père de Jean De Mesmaeker, le vrai nom de l’auteur « JDM » Jidéhem, pour qu’il l’affuble nom de son paternel. Or ce Jidéhem était justement l’un des collaborateurs de Franquin, notamment sur les aventures de Spirou et Fantasio, ainsi sur Gaston auquel il collabora, parfois seul, pendant plus de dix ans.
Mais on oublie souvent Jidéhem eut une carrière avant de travailler avec Franquin. Alors que Jidéhem est encore étudiant à l’Institut Saint-Luc, il fait ses débuts dès 1954 avec la publication des aventures de Ginger dans l’hebdomadaire Héroïc-Albums dirigé par Fernand Cheneval. Ginger est un détective privé aidé par Alan et Véraline. il mène des enquêtes et résout des énigmes, dans la droite ligne des polars des années 1950. Dès 1956, après deux récits complets, Jidéhem passe à des histoires plus courtes, ce qui correspond mieux au format de la revue. Il réalise alors sept récits courts en noir et blanc, qui ont été rassemblés dans le premier recueil de cette intégrale qui vient de paraître aux Éditions de l’Élan.
« Jidéhem avait réalisé deux autres histoires, précise l’éditeur Daniel Depessemier, Mais celles-ci n’ont pas été publiées car le magazine s’est interrompu à la fin de l’année 1956, pour le plus grand malheur des fidèles lecteurs de l’époque. Ces court récits inédits ont totalement disparu, il n’en reste plus aucune trace malheureusement… »
Les sept courtes histoires de Ginger étaient déjà parues chez Bedescope dans une unique édition limitée à mille exemplaires en 1979. Ce volume broché, furieusement recherché de nos jours, ne disposait pourtant pas des moyens actuels pour restituer le mieux possible le trait nerveux et parfois charbonneux du jeune Jidéhem. Comparer les deux versions permet d’un coup d’œil de comprendre l’intérêt de la présente édition : le contraste des dessins est bien meilleur, améliorant la lisibilité d’un jeune auteur qui va devenir l’une des références en dessin automobile de sa génération.
La nouvelle mouture ne s’arrête pas là : comme pour Félix, elle intègre les fameux programmes non-stop, ces courts récits compris entre quelques bandes jusqu’à une page complète, qui assuraient la transition entre deux récits. « 27 pages inédites en album », nous assure l’éditeur.
Enfin, à partir du contenu des Héroïc-Albums, l’éditeur complète le tout avec les rédactionnels réalisés par Cheneval lui-même, le rédacteur en chef (ainsi qu’un des auteurs) de l’hebdomadaire. Incontournable pour les habitués des Éditions de l’Élan, le documenté dossier introductif contextualise la création de ces récits si bien charpentés, n prenant comme référence les films de l’époque, mais également le vécu de l’auteur, par le biais d’Étienne Borgers qui a réalisé deux albums de Natacha avec Jidéhem et en profite pour exhumer quelques souvenirs.
« Dans le deuxième recueil, je vais publier les deux histoires parues au 4e plat des Héroïc-Albums, de 1954 à 1956, précédant les histoires courtes de ce premier volume, rajoute Daniel Depessemier. En guise d’ouverture, j’ai intégré dans ce premier dossier la mouture originale présentée par Jidéhem en 1954, en couleurs directes à l’écoline. Mais les techniques de l’époque ne permettaient pas encore de reproduire ce type de support et le jeune Jean a donc dû tout redessiner pour être publié dans l’hebdomadaire. Le second recueil reprendra donc les deux versions, la magnifique première version en couleurs directes réalisée à 16-17 ans et la seconde qu’il a entièrement redessinée pour Héroïc-Albums. L’intégrale comptera deux ou quatre volumes au final, rien n’est encore décidé aujourd’hui. Dans le cas d’une version de quatre volumes, la reprise du personnage que Jidéhem a effectué plus de vingt-cinq ans plus tard, dans Le Journal de Spirou, sera cette fois avec les planches éditées pour la première fois en noir et blanc. »
À la lecture de cet épais volume de 160 pages, on renoue avec les incroyables véhicules de Jidéhem, que les lecteurs du Journal de Spirou connaissent bien pour en avoir profités avec Starter pendant plus de dix ans. C’est surtout l’occasion de (re)découvrir ces polars très sombres, certes pas aussi mémorables que ceux de Tillieux, mais d’un grand auteur trop souvent méconnu et alors de quatorze ans le cadet du fameux Maurice. La splendide maquette, le ton inimitable de Daniel Depessemier dans le dossier, les souvenirs de Borgers et les aventures rendant hommage aux carrosseries des années 1950, cet ensemble donne toute sa saveur à ce premier recueil d’une intégrale qui mérite au moins tout le succès de la précédente mettant le Félix de Tillieux à l’honneur.
Quant à ce dernier, emblématique prédécesseur à Gil Jourdan, l’éditeur nous a annoncé une nouvelle édition qui rassemblera en quatre épais volumes le total des aventures de Félix. Mais une chose à la fois… Profitez déjà de ce retour en force de Ginger : des aventures sentant la poudre à canon et la Gauloise sur fond de papier crème. Une immersion garantie dans les années 1950 : des arrière-plans d’époque aux véhicules accidentés !
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Intégrale de Ginger, recueil 1 des histoires courtes dans les Héroïc-Albums - Par Jidéhem - Éditions de l’Élan.
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Tous les visuels présentés sont extraits de ce premier recueil.
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