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7 décembre 2025
Le fondateur de l’Hebdomadaire Bravo était un Hollandais venu faire des affaires à Bruxelles : Jean Meuwissen, un éditeur à la Cino Del Duca, à la Lazareff ou à la Paul Winkler, éditeur de revues pour un public féminin, comme Femmes d’aujourd’hui, ou encore consacrées au cinéma, à la radio et à la TV comme Ciné-Revue qui laisseront une empreinte dans la presse belge de l’après-guerre. Des publications de haute tenue imprimées en hélio et en offset afin de décrocher les budgets des clients publicitaires le plus exigeants.
En mai 1936, Meuwissen lance un hebdomadaire de bande dessinée moderne où l’on trouve (brièvement au début) Mickey, Félix le chat, Pim Pam Poum, Flash Gordon, des BD américaines mais pas seulement : on y remarque les premiers travaux du Hollandais Marten Toonder, de l’Italien Giovanni Scolari, du Canadien Charles R. Snelgrom et des nouvelles littéraires d’un auteur belge qui y fait ses débuts, le Gantois John Flanders, alias Raymond Jean Marie De Kremer, alias Jean Ray, l’auteur fantastique bien connu. Autre célébrité auteur d’une bande dessinée éphémère dans l’avant-guerre : le peintre expressionniste flamand Fritz Van den Berghe qui y crée le personnage d’Edmund Bell sur scénario de Jean Ray.
Soit un cocktail détonnant fait des bandes dessinées les plus modernes de la King Features Syndicate (représentée en Europe par Opera Mundi, l’agence de Paul Winkler) et de composantes autochtones.
Fin 1940, à la suite de l’invasion allemande de la Belgique, le journal s’arrête. Meuwissen, qui a des hebdomadaires qui tirent à plus de 200 000 exemplaires par semaine, prend contact sans scrupule avec les représentants de l’occupant. Cela se passe bien : dès le 16 décembre 1940, Bravo reparaît dotée d’un petit frère francophone. Meuwissen s’engouffre dans la place laissée vacante par l’arrêt des titres belges les plus célèbres, comme Spirou (qui reprendra en octobre) ou Le Petit Vingtième (qui s’arrête en 1940), et va pleinement collaborer avec l’occupant, s’associant même avec quelques-uns de ses représentants. Cette compromission lui vaudra une condamnation à mort par contumace à la Libération…
Le magnifique travail de Jean Fontaine et Frans Lambeau donne un fort volume de 466 pages truffé de documents inédits issus des archives d’instruction de la justice belge et de reproductions rares du journal. Cela donne un récit précis et documenté qui montre comment Meuwissen collabora étroitement avec la propagande allemande pour établir un véritable monopole tant éditorial qu’industriel, prenant le contrôle d’imprimeries-clé.
En bons nostalgiques amateurs de BD, les auteurs n’oublient pas de détailler les séries qui y sont publiées. C’est heureux car ces publications sont rarissimes. On y trouve les premiers travaux d’Edgar P. Jacobs (Le Rayon U), de Jacques Laudy (Bimelabom et sa petite sœur Chibche, Gust le flibustier…), Sirius, Willy Vandersteen, Raymond Reding, Paul Cuvelier, André-Paul Duchâteau, et même Albert Uderzo.
Il est heureux qu’un tel ouvrage ait été conçu par des passionnés qui connaissent la revue par cœur : Jean Fontaine est le représentant en Belgique des Amis de Jacobs et un grand expert de cet auteur ; quant à Frans Lambeau, on lui doit une première version succincte de cet ouvrage : Bravo, un hebdo des années 1940 (2000) et un excellent Dictionnaire illustré de la bande dessinée belge sous l’Occupation (2013) suivi d’un Dictionnaire illustré de la bande dessinée belge de la Libération aux Fifties (2016). Des passionnés certes, mais aussi des témoins puisqu’un de nos deux auteurs, Frans Lambeau, né en 1938, a connu enfant dans l’après-guerre les conséquences directes de ces années sombres.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
L’Histoire du Journal Bravo - Par Jean Fontaine et Frans Lambeau - Editions de l’Elan - 79 €
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