Commençons par un classique de 1903. 1903 ? La BD existait déjà à ce moment-là ? Oui, elle était née aux USA, disons, dès 1895 avec le Yellow Kid (mais bon, tous les historiens ne sont pas d’accord…). Toujours est-il qu’au début du siècle, on a un bon nombre de personnages qui sont déjà populaires et pour longtemps : The Katzenjammer Kids de Rudlof Dirks (1897), les fameux Pim Pam Poum du Journal de Mickey, Buster Brown d’Outcauld (1902) et bientôt le Little Nemo de Winsor McCay (1904). Déjà le graphisme est sublime, et déjà l’expérimentation des codes de ce nouveau médium est de mise.
C’est le cas pour Upside-Downs Little Lady Lovekins and Old Man Muffaroo (Les Dessus-Dessous de Betty Boudchou et du père Moustachon) de Gustave Verbeek publié entre 1903 et 1905. Verbeek (1867-1937), né de parents néerlandais à Nagasaki au Japon a fait ses études à Paris (il dessina pour Le Chat noir dans un dessin proche de Caran d’Ache) avant d’émigrer aux USA pour faire une carrière de dessinateur.
Cela donne cette œuvre qui a la particularité, pour la même page de se lire en deux fois : une à l’endroit puis, quand vous retournez le volume, un nouveau récit et de nouveaux personnages s’offrent à vous. Le procédé est inspiré de Joje-o Japonais du XIXe siècle. Le tour de force était tellement remarquable que même Morris et Vankeer en parlent dans Spirou dans leur rubrique : « 9e Art : le Musée de la BD » en 1964. Horay publia un volume en 1977, mais cette édition part des clichés refait par Peter Maresca aux USA et cette version est traduite par l’excellent Jean-Paul Jennequin, avec des articles introductifs de Martin Gardner et Jeet Heer truffés d’éclairages sur l’artiste et de documents inédits. C’est un must-have ! Aucun collectionneur invétéré ne devrait refuser !
Autre graphiste majeur : Saul Steinberg. C’est une influence cardinale sur le dessin d’humour et la BD des années 1950. Sempé dit de lui : « Je crois que les livres que j’ai le plus lus et regardés, de sont les albums de Steinberg ». Et le moins que l’on puise dire, c’est qu’au début de sa carrière, il l’avait bien regardé. Mais pas que lui : Chaval ou Reiser dans sa première période par exemple.
Ou encore Jijé et Will. Sa modernité subjugue. Ce natif de Roumanie, passé par l’Italie, avant d’arriver au New Yorker, la revue la plus snob d’Amérique pour le dessin de presse, est un expérimentateur graphique dont le propos dépasse le dessin. Ce sont des haïkus dessinés qui détiennent à chaque fois une part d’éternité. L’ouvrage à offrir s’appelle « Tous en ligne » (La Table Ronde). Tout en lignes le décrirait mieux. Beau et intelligent sont ses deux mots clés.
Créés en 1952, Charlie Brown et son chien Snoopy sont les figures majeures des Peanuts. Dargaud fait depuis des années un travail patrimonial de réédition de l’œuvre de Charles M. Schulz, les strips en noir et blanc, parmi les plus diffusés au monde. Mais là il s’agit des Sunday Pages, les pages publiées le dimanche en couleurs. « Beau et intelligent » disions-nous ? Cela s’applique ici aussi. Ajoutons, que c’est joyeux, frais et sympathique, décrivant une Amérique tolérante, introspective, portant des valeurs humanistes et capables d’autocritique. L’Amérique d’avant... Un cadeau qui ne devrait pas déplaire à son récipiendaire, s’il n’est pas trumpiste.
Par Didier PASAMONIK
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