Bof
9 juin 2025
Odah et Dako (de leurs vrais prénoms Daho et Samir) s’inscrivent dans une vaste lignée de vidéastes qui s’essaient à la BD. Enfin, dans leur cas, ils n’en sont en fait que les égéries. En effet, s’ils sont carrément les protagonistes de l’œuvre et qu’on y retrouve leur univers, on doit le gros du travail à deux petites mains : Benj, alias de Benjamin Ferré, lequel n’en est pas à sa première bande dessinée puisqu’il avait notamment travaillé sur celles des jeunes Youtubeurs, Swan et Néo et Valeria Orlando. Une aventure aux accents fantastique et déjantée.
Pour « Odah & Dako - Les Maîtres du flow », le but est le même.
L’histoire commence par un prologue sérieux, assez prenant et énigmatique, en dépit de sa courte durée, laissant vite place pour la blague à tout autre chose : le récit des aventures d’Odah et Dako.
Sur un continent dans les airs, nommé Athékäh, chaque mot possède un puissant pouvoir, s’il est bien employé. On appelle ça le “flow”. Il s’agit là d’une référence directe à cet anglicisme signifiant la manière de débiter un texte, avec rythme et style, notamment dans le rap. Dans cette BD, Odah et Dako sont ainsi des “maîtres du flow”. Ils doivent maîtriser leurs pouvoirs pour un grand tournoi auquel ils se préparent. Mais c’est sans compter sur la présence d’antagonistes (qui se font attendre). Un univers mêlant beaucoup de fantaisie et un peu de science fiction.
Tout cela, c’est l’idée. Mais concrètement, il faut le dire, ce premier tome part un peu dans tous les sens. Les quelques scènes d’action laissent vite place à un humour plus ou moins lourd. Une bonne partie de l’histoire se résume à tacler avec humour différents métiers que l’on côtoie, tels que la police ou les employés de la Poste, en jouant sur les stéréotypes les plus ordinaires.
Cette bande dessinée se veut aussi axée dans un univers visuel plutôt japonais. On note d’ailleurs une flagrante influence de l’univers de Dragon Ball. Soit. L’idée de manier la rime pour concrétiser les paroles et ainsi faire apparaître des éléments magiques est assez perchée, mais toutefois bien trouvée. Odah et Dako forment un duo assez complémentaire, casse-cou, mais d’un autre côté sans grande profondeur.
Un détail choque un peu dans cette histoire : un des rares personnages féminins qui ait une présence concrète sur plusieurs cases a des formes très exagérées, sujet d’une blague de mauvais goût assez sexiste. Les deux hommes utilisent leurs pouvoirs pour la manipuler et ainsi obtenir son numéro. C’est sous couvert d’humour, bien entendu. Mais pour autant adapté à une œuvre classée jeunesse ?
On peut avancer que nous sommes là dans le registre de la dérision. Mais même si le duo reste au final glorifié dans une lecture rapide qui réussit un paradoxe : celle d’offrir au lecteur un récit à la fois trop léger… et trop chargé. Les illustrations dues à l’artiste italienne Valeria Orlando (Fuze et Didier, Les Influenceuses)... ne pallient pas aux problèmes scénaristiques, mais ont le mérite d’être agréables et à contempler. Le duo d’humoristes est très reconnaissable, c’est flagrant. L’univers graphique quant à lui, a du potentiel.
On sent à travers cette BD un vrai délire assez fade et peu mature, avec pourtant quelques bonnes idées de départ. Un récit moderne et assez rythmé, il faut le dire. Inspiré, de par la pop culture, mais peu inspirant, en revanche. L’œuvre vise clairement un public adolescent. Cela justifie ce vocabulaire empli d’anglicismes et de verlan à tout va ? Les arguments purement marketing fleurissent, tels que « Plus de deux millions d’abonnés sur les réseaux » en couverture, mais on sait qu’ils ne sont pas forcément gag de qualité.
On se doit toutefois de souligner que contrairement à d’autres œuvres de ce genre, les deux vrais auteurs, Benj et Valeria Orlando sont mis en avant - bien que discrètement - sur la couverture, comme à l’intérieur. On leur devait bien ça...
Par Rémi BARNAULT
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Le premier tome d’Odah et Dako est disponible aux éditions Soleil, pour 11,50 €.