Très bon
10 juin 2025
Maëlle Garnier est une brillante directrice financière, célibataire et hyperactive, dont toute l’énergie est absorbée par la croissance fulgurante de la start-up qu’elle co-dirige. Rationaliste et carriériste, elle ne laisse que peu de place à l’imprévu dans une vie qu’elle croit maîtriser. Pourtant, tout vacille le jour où Romane El Khoury, sa meilleure amie atteinte d’une grave maladie, lui demande un service inespéré : se rendre au Népal à sa place pour y découvrir une méthode de guérison ancestrale que lui a suggérée un ami. D’abord réticente, Maëlle finit par céder face à la détresse de Romane. Ce voyage au bout du monde, qu’elle entreprend à contrecœur, devient le point de départ d’un parcours initiatique inattendu. Accompagnée de Shanti, un sherpa (guide de montagne, NDLR) bienveillant et énigmatique, elle entame l’ascension des Annapurnas. Mais plus qu’un simple accompagnateur en montagne, Shanti devient la première personne capable de lui tendre un miroir intérieur et de l’aider à se reconnecter avec elle-même. À travers cette marche physique et symbolique, Maëlle s’ouvre peu à peu à une autre manière de vivre, de penser et de sentir. D’autres rencontres viendront, plus tard, prolonger ce processus de transformation profonde — mais c’est avec Shanti que le chemin s’ouvre pour la première fois.
Cette adaptation en bande dessinée de Kilomètre zéro - Le chemin du bonheur naît d’un projet porté à l’origine par Maud Ankaoua, autrice du roman éponyme devenu un phénomène d’édition : d’abord auto-édité à 100 exemplaires, son livre a séduit plus de 5 millions de lecteurs en quelques années. Pourtant, Maud Ankaoua ne s’était pas projetée dans une transposition en BD. « Je dois avouer qu’au départ, je n’avais pas imaginé l’adaptation de mon roman en bande dessinée, j’étais même assez dubitative », reconnait-elle. Elle craignait de perdre la substance, la richesse des descriptions et surtout les moments d’introspection qui faisaient l’âme de son récit. Le format de la BD lui semblait « trop simplificateur ». Mais lorsque Casterman lui montre une scène test, ses doutes se dissipent. Elle découvre alors à quel point Mathilde Ducrest a su non seulement respecter l’esprit du texte, mais aussi « sublimer et rendre encore plus réels les décors, les personnages et même les messages. » Le travail en trio, avec l’éditrice Nathalie Van Campenhoudt, s’est déroulé dans une grande fluidité, sans tension d’ego ni compromis stérile. « Tout s’est fait facilement. Nous nous sommes dit les choses simplement, moi avec mes doutes et mes certitudes, Mathilde avec sa sensibilité artistique… C’était un immense bonheur de travailler ensemble. » Le résultat est une adaptation qui dépasse la simple transposition narrative : un roman graphique qui éclaire différemment le texte original, en y ajoutant la force de l’image, de la lumière, des silences.
Maud Ankaoua vient du monde de la finance et de la stratégie d’entreprise, mais c’est à travers ses voyages qu’elle a trouvé sa véritable voie. Romancière, coach et conférencière, elle partage dans ses livres les enseignements qu’elle a reçus sur le chemin de la transformation personnelle. Ses romans Kilomètre zéro, Respire ! et Plus jamais sans moi, parus chez Eyrolles et J’ai lu en format poche, comptent aujourd’hui parmi les grandes références du développement personnel et du feel-good, largement plébiscités. Très active dans la transmission, elle anime également le podcast “Ces questions que tout le monde se pose”.
Mathilde Ducrest, de son côté, est une jeune autrice suisse originaire de Fribourg, formée à Bruxelles où elle vit toujours. Diplômée du Master en bande dessinée de Saint-Luc, elle s’est d’abord illustrée dans les milieux du fanzine engagé avant d’être repérée par Casterman. Nous l’avions découverte avec Fragile, son premier roman graphique paru en 2024. Avec Kilomètre zéro, elle confirme un talent rare pour la narration dessinée, donnant une autre vie au best-seller de Maud Ankaoua à travers une mise en scène sensible, lumineuse et profondément incarnée.
Kilomètre zéro est de ces lectures qui se traversent avec fluidité, mais dont les résonances vous accompagnent longtemps après avoir refermé l’album. Loin des raccourcis faciles du développement personnel prémâché, Mathilde Ducrest parvient à faire entendre une voix juste, portée par des silences, des regards, des paysages et une mise en page souple, sans jamais surligner le propos. La lecture permet l’introspection sans jamais l’imposer. Certaines scènes, comme celle de l’exercice du bol et des cailloux ou la représentation de l’ego comme une voix intérieure, trouvent une force visuelle qui donne tout son sens à des notions qu’on croit familières — mais qu’on n’a pas toujours comprises dans sa propre vie. Cette adaptation parvient ainsi à créer une forme de circulation entre l’expérience de lecture, l’émotion, et le vécu personnel du lecteur. Kilomètre zéro nous rappelle que nous ne sommes jamais tout à fait là où nous croyions être, et que ce n’est pas si grave. Il suffit parfois d’un pas, d’une parole, ou d’une image, pour amorcer le mouvement.
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
À lire sur ActuaBD.com :
Kilomètre zéro - Le chemin du bonheur - Par Mathilde Ducrest, d’après le récit de Maud Ankaoua - éditions Casterman. Sortie le 14 mai 2025. 22.1 x 28.8 cm. 152 pages, couleur. 21,50 €.
Participez à la discussion