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Du Rififi à Ménilmontant : Tardi en ballade dans le 20e arrondissement de Paris

Par Didier PASAMONIK Excellent 9 décembre 2024 
Un nouveau Tardi est toujours un événement. Surtout quand il s’agit d’un épisode de Nestor Burma « d’après » Léo Malet. Le dessinateur d’Adèle Blanc-Sec et d’Ici-Même, l’un de nos plus grands dessinateurs contemporains, nous invite dans « son » 20e arrondissement, entre Gambetta et Père Lachaise, entre Belleville et Ménilmontant. Son trait n’a rien perdu de sa verve.

Alors que son auteur a passé le cap des 78 ans, le trait de Tardi ne faiblit pas. On aurait tendance à le juger sévèrement : évidemment qu’il cède à la facilité en créant un nouvel album de Nestor Burma, ce qui lui garantit le succès, alors qu’il avait abandonné la série à d’autres dessinateurs depuis quelques années. Là, non seulement il revient au dessin, mais il crée un Nestor Burma inédit, Léo Malet n’ayant pas réussi à aller au bout des enquêtes de son détective qui se situaient à chaque fois dans un arrondissement de Paris.

Or, Paris, c’est LE territoire de Tardi que l’on retrouve souvent dans le quartier le nez en l’air en train d’observer les façades dans la rue. Il convoque la formule d’Auguste Lebreton, le véritable créateur des Rififi - mais plus exactement l’hommage est ici rendu à son adaptation à l’écran par Jules Dassin - et ballade son lecteur dans son 20e chéri (mais pas seulement…)

« Ménilmontant, mais oui, Madame - C’est là que j’ai laissé mon cœur - C’est là que je viens retrouver mon âme - Toute ma flamme - Tout mon bonheur… » chantait Charles Trenet parlant du quartier de son enfance où ont vécu aussi Fréhel, Piaf, Maurice Chevalier. Tardi ne fait pas autre chose : son récit avance laborieusement, mais on s’en fout. Le dessin est magnifique.

On admire le parcours : la rue des Panoyaux, l’église Notre-Dame de la Croix de Ménilmontant, la rue des Pyrénées, le Passage des soupirs, la rue Julien Lacroix où l’on voit passer l’ami Yves Frémion, le petit pont de la Rue de la mare surplombant la Petite Ceinture, la rue de la Bidassoa, la Prison de la petite roquette…Tardi se fait plaisir dans ce catalogue de souvenirs où il évoque des bistrots et des cinémas disparus et sa panoplie de bouilles caractéristiques faites de passants sympathiques qui habitent ce quartier populaire de l’Est parisien : on y croise, il en fait les portraits, sa compagne Dominique Grange, le photographe Willy Ronis, les romanciers Didier Daeninckx et Daniel Pennac qui ont fait des scénarios pour lui, Hellyette Bess, la propriétaire anarchiste du Jargon Libre, François Hadji-Lazaro des Garçons-Bouchers, et d’autres qu’il capture pour empêcher que le temps fuie à travers les doigts. Le tout est mis en couleurs avec une trame vintage. Nostalgie garantie.

« Dessins, Matin Midi et soir »

C’est le titre d’un petit carnet que l’ami Pierre-Marie Jamet publie sous son label ObliqueArtProductions. Il a écumé les tiroirs du dessinateur pour les réunir dans un petit volume. Le dessin est libre, facétieux, pas très loin des Sketchbooks de Crumb. On y trouve des BD, des réminiscences d’Ici Même, d’Adieu Brindavoine, de La Guerre des tranchées, du Cri du peuple, de Rouletabille, de Nestor Burma, d’Adèle, des croquis de bistrots, de vieilles automobiles, des animaux en tout genre mais surtout des chats, des robots, un portrait du jeune Otto Dix, de Max Beckmann, Blake & Mortimer, Tintin, de Mai 68, une galerie d’assassins, un godzilla, un condor…

C’est superbe, magnifiquement édité. Si vous avez un copain fan de Tardi, c’est le truc à offrir.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782203276444
Nestor Burma Casterman ✏️ Jacques Tardi Policier, Thriller
 
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