Erreur d’exécution squelettes/sqtc/inc-head.html
Très bon
1er août 2025
Un petit bijou breton comme on les aime
Dès la première page, je suis tombé sous le charme de « Bon vent ! » de François Ravard, publié chez Glénat.
En tant que Belge qui a toujours eu un faible pour la Bretagne — sa lumière franche, ses plages sauvages, ses ciels capricieux et ses habitants ! — cet album m’a parlé immédiatement.
C’est un vrai souffle d’air iodé, un carnet de croquis vivant, drôle, et infiniment tendre.
Ravard a ce coup d’œil singulier qui capte la poésie du quotidien : un enfant absorbé par son château de sable, un vieux monsieur qui scrute le large en buvant son café, ou encore un couple qui partage un silence complice face à l’horizon. Il sublime ces petits riens avec un trait délicat et des aquarelles baignées de soleil, sans jamais en faire trop.
Ce qui rend l’expérience si savoureuse, c’est la manière dont chaque image se dévoile : on la découvre d’abord, dans son évidence visuelle. Puis, on lit le titre sur la page de gauche — souvent plein de finesse ou de second degré — et soudain, le dessin s’ouvre autrement.
On y revient avec ce petit supplément d’âme offert par les quelques mots. C’est à ce moment qu’un sourire naît. Pas un éclat de rire bruyant, non : un sourire discret, intérieur, presque complice. Le genre de sourire qui dit qu’on a saisi l’intention, qu’on partage un clin d’œil silencieux avec l’auteur.
C’est là que « Bon vent ! » m’a rappelé la très datée série « Clin d’œil » d’Ernst. Non pas pour la mécanique du gag ou pour provoquer un rire franc — car Ravard vise tout autre chose. Là où Ernst joue la carte de la surprise et du burlesque, Ravard cherche la connivence, le frisson léger de la reconnaissance. Ce sont deux formes d’humour différentes, mais qui ont en commun une bienveillance profonde et un vrai respect du regard du lecteur.
« Bon vent ! », c’est un album qu’on savoure doucement, comme un souvenir d’enfance ou une journée passée les pieds dans le sable. Il sent la marée montante, les après-midis sans urgence, les sourires échangés sans paroles. Et moi, entre deux bourrasques bretonnes et quelques pages apaisantes, j’ai eu le sentiment de retrouver quelque chose d’essentiel : le plaisir simple de regarder, de ressentir, et de sourire en silence.
Après « Vague d’amour » et « Pas un jour sans soleil », « Bon vent ! » s’inscrit dans la continuité des recueils hédonistes de Ravard, affectionnant l’instant fugace, le non-dit, la beauté du simple et la complicité partagée au détour d’une promenade sur la plage. L’album se savoure comme un carnet de croquis sensible, véritable hommage à la Bretagne et à l’art de vivre au bord de la mer.
Par Milan MORALES
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.