Natacha (la vraie !) : « François Walthéry était amoureux de moi ! » [INTERVIEW]

Par Didier PASAMONIK 1er avril 2025 
Natacha, l’héroïne bien connue de Walthéry dont l’adaptation cinématographique sort en salle ces jours-ci, a vraiment existé ! Elle est bruxelloise et a aujourd’hui 75 ans. Elle a été hôtesse de l’air pour la compagnie d’aviation belge aujourd’hui disparue, la SABENA en 1969, époque où elle a rencontré François Walthéry, grâce à Yvan Delporte, le rédacteur en chef de Spirou, son voisin. Nous l’avons rencontrée pour vous.

ACTUA BD – Vous étiez hôtesse de l’air dans votre jeunesse ?

Oui, c’était le bon temps. Je suis entrée à la SABENA grâce à une amie qui y travaillait déjà. J’étais mariée avec un enfant, ce n’était pas facile, car je voyageais tout le temps, mais on trouvait toujours une grand-mère pour s’occuper de l’enfant. Les voyages étaient longs : à mes débuts, j’ai commencé en 1960, nous assurions la ligne Bruxelles-Congo belge-Afrique du sud, mais pas seulement : New York et Istanbul aussi. Nous les hôtesses, nous étions la représentation féminine de la compagnie. Nous maternions les passagers. Les voyages étaient assez longs à l’époque, nous pouvions développer les contacts humains avec les passagers, avec l’équipage.

Natacha (la vraie !) : « François Walthéry était amoureux de moi ! » [INTERVIEW]
La Société anonyme belge d’exploitation de la navigation aérienne (SABENA), fondée en 1923, a arrêté ses activités en 2001.
DR

Comment avez-vous rencontré Walthéry ?

Par mon voisin du dessous, Yvan Delporte. C’était un original. Je faisais souvent des soirées avc mes copines hôtesses de l’air. Il trouvait tous les prétextes possibles pour y participer. Un jour, il nous a présenté deux dessinateurs de ses amis, Roland Goossens (Gos) et François Walthéry. Ce sont eux qui ont créé Natacha en s’inspirant de moi.

Comment était Yvan Delporte ?

Il était complètement cinglé. Avec ses copains dessinateurs, il faisait des fêtes jusqu’à pas d’heure. Il m’a souvent invitée, mais j’étais souvent partie et quand je revenais, j’étais crevée, pas question de festoyer ! Walthéry était très timide, avec un fort accent liégeois. Il était charmant et il dessinait déjà très bien, surtout les filles !

Vous avez eu une aventure avec lui ?

Oh non ! J’étais déjà mariée. Mon mari était poissonnier ! François Walthéry était amoureux de moi, mais j’ai dû l’éconduire. Cela s’est bien passé, c’était un gentleman. Mes parents, de toute façon, n’auraient jamais accepté une telle union : dessinateur de bande dessinée n’était pas un métier suffisamment sérieux.

Natacha a été créée par Gos et Walthéry en 1970.
© Marsu Productions

Walter a-t-il vraiment existé ?

Oui, d’une certaine manière, c’étaient nos collègues stewards. L’équipage était composé essentiellement d’hommes, à l’exception des hôtesses. Les conversations n’allaient pas très loin, les hommes entre eux parlaient avions, voitures, et des femmes. Rien de bien sérieux. Je crois que Walter, dans la bande dessinée, c’est Walthéry. Walter, Walthéry… Le parallèle est facile à faire.

En réalité, les hôtesses avaient peu l’occasion de vivre des aventures. Nos escales duraient souvent un jour, il fallait repartir le lendemain. Mais à chaque nouvelle escale, on visitait tout ce qui était possible. Je le redis : c’était le bon temps.

Le film vient de sortir en salles
Camille Lou incarne Natacha, ici avec son dernier album.
Photo : Nicolas Walthéry.

On peut dire votre âge ?

Oui, j’ai 75 ans. Je suis restée hôtesse jusqu’à 35 ans puis j’ai fait d’autres métiers dans le domaine de la relation publique. La SABENA n’existe plus aujourd’hui, ce sont de bien plus grosses compagnies, de plus gros avions. Le monde a bien changé. Aujourd’hui, voyager, c’est plus impersonnel, plus contraignant aussi : à mon époque, on pouvait fumer dans les avions ! Tout cela est bien fini aujourd’hui. C’est pourquoi je relis les albums de François Walthéry avec nostalgie.

© Marsu Productions

Eh oui, nous avons cédé à la tradition qui consiste en ce début de mois de partir à la pêche aux poissons. Au temps des fake news, deepfakes et autre vérités alternatives, il n’est pas inutile de titiller l’esprit critique de nos lecteurs.

Ce poisson a été possible grâce à l’interview d’une véritable hôtesse de la Sabena, Nicole, par le journaliste
Henri-François Van Aal pour la Radio Télévision Belge. Allez-y voir c’est un document.

Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782800137889

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