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Pas mal
6 septembre 2025
Née prématurée, Nikuko est aujourd’hui une femme qu’on ne peut ignorer : joviale, maladroite, dotée d’un appétit à toute épreuve, elle déborde d’optimisme et d’affection. Seulement, derrière son rire communicatif et son énergie à revendre, se cache un parcours marqué par la douleur. Orpheline très tôt, contrainte de travailler assez vite dans des bars pour s’en sortir, elle a surtout souffert de ses amours, trop souvent exploités par des hommes intéressés. À chaque rupture brutale, elle choisit de refaire sa vie ailleurs, changer de paysage tirant un trait sur le passé en regardant vers l’horizon.
Son énième nouveau départ l’amène dans un petit village portuaire. Elle s’y s’installe avec sa jeune fille Kikurin, une adolescente introvertie qui ne partage pas toujours l’exubérance et la naïveté de sa mère. Nikuko trouve un emploi dans un restaurant tandis que Kikurin essaie de trouver sa place à l’école, entre les rivalités adolescentes et amitiés agitées. Si elle éprouve parfois de la honte face au caractère extravagant de sa mère, Kikurin remarque aussi ses propres différences. Pour autant les deux femmes s’assument telles qu’elles sont. Mais tandis que la mère semble s’engager dans une nouvelle histoire romantique, sa fille, de son côté, se révèle intriguée par un camarade énigmatique au comportement singulier.
Mère et fille incarnent des opposés parfaits : La mère, Nikuko, extravagante, bonne vivante et crédule, face à Kikurin, plus réservée et pragmatique. Mais de ce contraste naît une complicité unique formant un tandem bouleversant. Ce qui est beau c’est justement cet amour mère-fille qui, bien qu’imparfait, reste naturellement plus fort que “les liens sacrés du mariage”. De manière générale, Nikuko délivre avec son lot de dérision un véritable message de résilience.
Graphiquement, l’œuvre peut surprendre : si, comme pour la couverture, les quelques premières pages sont en couleurs, la suite est illustrée entièrement au crayon de papier, sans encrage. Ancien boxeur, le mangaka’ Sugisaku délivre ici un trait empli de délicatesse, à cent lieues de la rudesse du ring.
Cette adaptation se veut considérablement différente du film, même si les deux œuvres se rejoignent. Outre le fait que la narration diverge - tout comme certaines scènes - dans l’animé, la mère et sa fille logent dans un bateau contre une maison pour le manga. Une symbolique finalement assez anecdotique, mais néanmoins éclipsée. Autre différence – et pas des moindres : le manga aborde des scènes sensibles, avec notamment des allusions au suicide et une brève scène intime (sans excès de détails). Des choix narratifs qui frôlent, davantage que dans l’animé, la limite de ce que l’on classe habituellement en jeunesse. Le deuil est aussi abordé, avec notamment une scène d’enterrement avec plan serré sur le visage de la défunte...
Malgré des personnages intéressants et une belle idée, l’histoire souffre néamoins d’un peu de lenteur, de redondances dans l’action et de moments dont on aurait pu se passer, tant ils apportent peu de choses... Et ce, malgré le plaisir que peuvent procurer les dessins et le message pertinent. Il faut dire aussi que l’œuvre était à l’origine conçue comme un one-shot.
Avec Nikuko du port de pêche, la collection Le Renard Doré confirme toutefois son ambition : proposer des récits variés et singuliers qui touchent par leur humanité. Ce diptyque se lit comme un portrait croisé tendre et poignant, un récit où les blessures du passé laissent place à l’amour d’un quotidien imparfait, mais profondément vivant. S’il fallait choisir, on vous recommanderait plutôt le film. Si vous préférez lire, le manga est pour vous. Mais après tout, pourquoi choisir ? Alors que le film s’adresse davantage à un public familial, le manga s’aborde plus à partir de l’adolescence voire de la préadolescence.
Bande annonce du film La chance sourit à Madame Nikuko sorti en 2022.
Par Rémi BARNAULT
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Les deux tomes de Nikuko du port de pêche sont disponible aux éditions Rue des Sèvres, pour 9,90 € (X2).