Par celui du café noir et de la bibine. Dans un bar où Wilfrid Lupano officiait sur le zinc, observant et notant avec application les anecdotes du quotidien, les conversations, des instants suspendus captés au vol. De ces moments est née l’envie d’écrire... et sa rencontre avec ses premiers partenaires professionnels dans le monde de la bande dessinée.
Dix ans passent et les projets s’enchaînent : Lupano a signé des dizaines de BD avant de rencontrer un succès exceptionnel avec Les Vieux Fourneaux (2014, dessins de Paul Cauuet), le plébiscite d’un large public rejoignant enfin celui des lecteurs de la première heure et de la critique, qui le distinguait un an auparavant pour Le Singe de Hartlepool (dessins de Jérémie Moreau), récompensé par le Prix Château de Cheverny de la bande dessinée historique en 2013. Par la suite, le scénariste devient aussi décoré qu’un maréchal soviétique.
La Cité de la Bande Dessinée d’Angoulême a décidé de rendre hommage à ses succès emblématiques : Les Vieux Fourneaux, déjà évoqué, et Le Loup en Slip. La première met en scène trois retraités — Pierrot, Antoine et Mimile —, trois vieux briscards, limite anar, en décalage avec leur époque et la société qui les entoure.
La seconde, Le Loup en Slip, naît presque par hasard. À l’origine, c’était un clin d’œil de l’illustratrice Mayana Itoïz, qui peignait pour son fils un loup en slip rayé afin d’apprivoiser ses peurs. Ce personnage, d’abord une simple blague, devint sous leurs plumes conjointes une série jeunesse à succès.
Ces deux univers, liés par l’humour, la tendresse et une même vision sociale du monde, se rencontrent aujourd’hui sur les cimaises de la Cité de la BD. L’exposition propose une scénographie immersive aux lumières tamisées : une façade de bistrot, une cuisine aux affiches soixante-huitardes, une maisonnette au cœur de la forêt…
Les planches claires et précises de Paul Cauuet dialoguent avec les compositions plus libres de Mayana Itoïz. Une plongée dans les processus créatifs, les scénarios, les essais... amène petits et grands à l’intérieur de la fabrication de la BD.
Découpée en deux parties distinctes, l’exposition se veut intergénérationnelle, accessible et pédagogique. Elle intègre des ateliers et des dispositifs audiovisuels pour accompagner une écriture thématique qui décortique les messages des séries.
Jusqu’au 6 mai 2026, Les Vieux Fourneaux et Le Loup en Slip cohabiteront dans le Musée de la BD d’Angoulême. Il s’en dégage comme une évidence : au-delà de leur filiation scénaristique, les deux œuvres partagent une même mission — aborder de front des sujets de société et les enjeux contemporains avec humour, bienveillance et pédagogie, sans jamais sacrifier la comédie et la fiction. Comme le résume Lupano : « Une bonne BD, c’est avant tout une bonne histoire. Mais si, en plus, elle fait un peu réfléchir, c’est gagné. »
Preuve que le succès est déjà au rendez-vous : aux côtés des expositions consacrées à la science-fiction en BD et à Claire Bretécher, la librairie de la Cité constate dès les premiers jours une envolée des ventes des tomes 1 des deux séries. Il est vrai que le propos et le parcours donnent vraiment envie de (re)lire les deux séries.
Par Kelian NGUYEN
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