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Excellent
10 novembre 2025
1794. Alors que le navire pirate Le Fieffé Coquin prend d’assaut un bâtiment français, un passager attire bientôt toute l’attention du capitaine : Joseph Dombey, botaniste et savant au caractère bien trempé, est peu disposé à céder ses biens. Dombey défend farouchement une mystérieuse mallette dont il refuse de se séparer. Mauvaise idée : si les pirates laissent repartir le navire marchand, ils gardent en otage le scientifique récalcitrant.
Emmené malgré lui au village pirate de Cocagna, Dombey se retrouve prisonnier d’un équipage plus fantasque que sanguinaire. En effet, par chance pour le vieil acariâtre, ces nouveaux compagnons sont plus joyeux zigues que terreurs des mers. Leur capitaine, d’ailleurs, passe davantage de temps à peaufiner son opéra en vingt-trois actes qu’à planifier ses prochaines exactions.
Intrigué par la fameuse mallette que le savant protège bec et ongles, le capitaine espère y trouver un trésor... mais n’y découvre qu’un bâton, un cube et une fiole. Un conseil improvisé de pirates, moins scientifiques les uns que les autres, exige des explications quant à ces étranges objets qu’il défend jalousement. C’est alors que Dombey leur dévoile son secret : il apporte en Amérique une invention révolutionnaire destinée à unir les peuples et à transformer le commerce mondial… le système métrique.
Avec Le mètre des Caraïbes, le duo Lupano et Chemineau signe une nouvelle bande dessinée historique mi-réelle, mi-fantasmée, toujours pleine d’humour et de mordant. On se souvient de leur brillante Bibliomule de Cordoue, qui avait fait parler d’elle pour son esprit décalé tout en finesse et son plaidoyer pour le Savoir et la Culture face à l’obscurantisme. Ici encore, les péripéties s’enchaînent, plus drôles les unes que les autres, portées par le trait expressif de Chemineau, qui accentue l’absurde, et les réparties bien pensées de Lupano.
Il faut dire que le sujet en lui-même prête déjà à rire : l’histoire s’inspire d’un véritable scientifique poissard, Joseph Dombey, dont la vie fut une succession de déconvenues. Cette aventure revisite, pour notre plus grand plaisir, un épisode méconnu de la Révolution française, petite histoire oubliée face à la grande Histoire. À leur sauce, Lupano et Chemineau en font une comédie savoureuse et nous racontent le dernier acte de ce personnage abracadabrant, dont la malchance légendaire lui réserve une place assurée sur le podium des poissards, probablement à côté d’un certain François Perrin incarné par Pierre Richard.
Par Julie LECLERC
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Le Mètre des Caraïbes - par Lupano et Chemineau - Éditions Dargaud