Bon
1er juillet 2025
Le 11 avril 1945, le camp de Buchenwald est bombardé par l’aviation alliée. Pour ses prisonniers, c’est l’heure des comptes, littéralement : qui a survécu à ces années d’horreur ? Les quelques scènes de liesse laissent alors place à d’autres plus tragiques, quand on apprend la mort d’un parent, ici ou dans un autre camp. Dès lors, la guerre a engendré beaucoup d’orphelins et les Alliés ne s’attendaient pas à les trouver. Ils ont entre 8 et 24 ans, ne souhaitent pas rentrer chez eux mais ne savent pas où aller : que faire d’eux ? 426 d’entre eux, tous des garçons, originaires de pays d’Europe centrale et orientale, sont pris en charge par l’Oeuvre de Secours aux Enfants (OSE) : direction la Normandie.
L’OSE a été créée en 1912 par des médecins juifs de Saint-Pétersbourg pour venir en aide aux populations juives de l’empire tsariste. Elle gagne en influence dans les années suivantes et installe son siège à Berlin, d’où elle déménage en 1934 avec la montée du nazisme. Durant la guerre, son antenne française sauve 2500 enfants de la déportation. C’est ce comité français qui accueille les 426 orphelins.
Rien ne sera facile avec ces enfants et ces jeunes hommes traumatisés : méfiants vis-à-vis de toute autorité (par exemple la procédure de l’appel qui leur rappelle un rituel du camp), parfois agressifs (les plus jeunes n’ont eu pour toute socialisation que la vie au camp), ils peinent à s’ajuster à la vie collective, et le chemin de la « réinsertion » sera long. L’album rend aussi hommage au dévouement exemplaire des membres de l’OSE.
Le récit se base notamment sur les sources de l’historienne Dominique Missika, qui a travaillé sur la base des récits des enfants et de leurs sauveteurs, ainsi qu’avec les archives de l’OSE. Au sein du camp, cela permet de proposer des dialogues mêlant différents dialectes issus du yiddish, de l’allemand ou du polonais, reflet de la diversité des prisonniers. Les nombreux documents iconographiques permettent à Anaïs Depommier de s’inscrire dans un décor réaliste, et on remarque particulièrement comme le visage des rescapés porte leur traumatisme. Un carnet documentaire illustré achève l’ouvrage : on y trouve des éléments historiques sur le camp de Buchenwald, ainsi que les trajectoires de vie de certains des protagonistes de cette histoire, tant encadrants qu’enfants pris en charge par l’OSE.
Par Damien BOONE
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