Très bon
13 mars 2025
« Un ami de Spirou a du cran et il sait dire oui ou non ». Tel est le deuxième précepte du Code d’honneur des Amis de Spirou rédigé par Jean Doisy, rédacteur en chef d’un journal qui n’a plus le droit d’exister. Refusant de se soumettre, ce résistant belge, dont le véritable nom est Jean-Georges Evrard, a trouvé le moyen de continuer à faire vivre le groom sous la forme d’une marionnette dans le théâtre mobile qui sillonne les villes belges au grand ravissement des enfants et des résistants qu’il cache et fait passer clandestinement d’une région à l’autre.
Deux courses effrénées rythment cet album dynamique : celle des Amis de Spirou qui veulent retrouver coûte que coûte leur camarade et celle d’un nazi qui veut retrouver sa précieuse et énigmatique cargaison. Mais les niveaux de lecture sont beaucoup plus nombreux et les références à l’histoire réelle de la période sont multipliées, aussi incroyables soient-elle parfois. Ainsi le lecteur pourra les découvrir au fil de ses lectures et relectures, éclairé également s’il le souhaite par le fantastique catalogue sorti à l’occasion de l’exposition Spirou dans la tourmente de la Shoah qui s’était tenue en 2023 au Mémorial de la Shoah et où on avait pu admirer en avant-première des crayonnés du tome 1 de la série d’Evrard, Ben BK et Morvan.
Avec son style très rond et destiné aux enfants, David Evrard au dessin met en images un scénario plus complexe et parfaitement documenté écrit par Jean-David Morvan. On y découvre les rocambolesques projets animaliers des nazis ; les actes de résistance de Jean Doisy et de Suzanne Moons qui sauvèrent des enfants juifs en les confiant à des sœurs chrétiennes. Part belle et faite aussi aux actes de résistance des mineurs belges et au fameux théâtre de marionnettes du Farfadet. Les trois auteurs en profitent pour glisser dans les planches un passage retraçant la genèse du héros en costume de groom, récit porté par Jean Dupuis. Véritable hommage à tout ce monde résistant, le passage émouvant et bien réel qui met en scène un Jean Doisy inquiet de mesurer l’impact de son code d’honneur sur des jeunes qui risquent leur vie pour lutter contre l’oppression mérite d’être signalé lui aussi.
Cet album soigné aux couleurs des corons et de la mine, doublé d’une très belle production et d’une histoire sans répit devrait emmener facilement les jeunes lecteurs dans les horreurs de cette période tout en les poussant à s’engager à lutter contre le fanatisme. On attend autant d’autres albums qu’il y eût de préceptes dans le code d’honneur des Amis de Spirou.
Certains puristes critiqueront certainement la chute de l’album avec l’entrée en scène d’un personnage de la galaxie Dupuis bien connu, mais ceux-là n’auront pas compris que dans cette histoire tragique on s’adresse à des enfants et qu’il faut parfois les ménager et soulager le drame de cette histoire en utilisant et en respectant l’esprit du Journal de Spirou. Un petit cahier historique agrémenté de quelques documents vient parfaire l’ensemble qui est à mettre entre toutes les mains.
Par Romain BLANDRE
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