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Favori de la rédaction
19 juin 2026
Charles de Gaulle, un toon ? Il faut le croire. Déjà, Jean-Yves Ferri en avait fait une parodie, De Gaulle à la plage, qui avait tellement amusé Albert Uderzo que les éditions Albert-René sont allées le chercher pour scénariser Astérix.
Plus tard, Boucq & Juncker ont signé une drolatique parodie – Un Général, des généraux – qui leur a valu les Galons du ministère des Armées.
Ces projets-là étaient un peu farcesques, voire franchement antimilitaristes. Mais, à l’heure où les bruits de bottes envahissent l’actualité, de l’Ukraine au détroit d’Ormuz, la figure du général de Gaulle est mobilisée à droite comme à gauche, devenue un étendard de la résistance à l’ennemi. On se plaignait que les couvertures de bandes dessinées se constellaient de croix gammées ; cette fois, ce sont les croix de Lorraine qui pullulent !
Sur les écrans d’abord. Avec La Bataille De Gaulle, le diptyque d’Antonin Baudry, dont le budget est estimé à 74 millions d’euros, qui nous sculpte une véritable statue du Commandeur. La première partie, L’Âge de fer, qui couvre la période allant de 1940 à 1942, décrit un De Gaulle obstiné qui tente de s’imposer face à Roosevelt — qui le méprise — avec l’aide de Churchill, lequel a, comme lui, connu la Première Guerre mondiale. Autre héros du film : le jeune résistant Fernand Bonnier de La Chapelle, qui assassine l’amiral Darlan à Alger, un moment décisif pour l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.
Le premier volet est sorti début juin et la seconde partie, J’écris ton nom, a été avancée pour sa sortie en salles le 26 juin 2026. Elle reprend le fil de l’histoire entre 1942 et 1944. Certes, le film prend quelques raccourcis historiques : De Gaulle passe de colonel à général sans que l’on comprenne vraiment pourquoi ; on s’attarde — magnifiquement — sur la bataille de Bir Hakeim. C’est cependant la loi du genre, et les principaux protagonistes (De Gaulle, Churchill, Leclerc, Koenig…) sont remarquablement incarnés. Du grand spectacle ! On attend le deuxième volet avec un plaisir non dissimulé.
Initiatives éditoriales
Face à cette déferlante héroïque, les éditeurs essaient de s’accrocher aux branches. L’épisode des Passeurs du temps, de Michel-Yves Schmitt, Licinia Tozzi et Sophie David, ne s’intéresse qu’à l’anecdote de l’appel du 18 juin, moment où Charles de Gaulle se fait connaître des Français. L’approche est plaisante et le dessin de qualité, mais le contenu historique, en dépit d’un petit cahier pédagogique en fin de volume, demeure famélique.
Un webtoon français, gratuit !
Plus intéressante et plus originale est l’initiative de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense (ECPAD) [1], qui, à l’occasion du 80ᵉ anniversaire de la Libération, publie Le Bras de fer, une bande dessinée numérique enrichie d’extraits de films d’archives et de musique, accessible gratuitement sur smartphone.
Le Bras de fer, à travers une enquête menée par Edward Murton, journaliste américain sosie d’Humphrey Bogart, s’intéresse aux enjeux politiques de la confrontation entre Charles de Gaulle et les Alliés. Il suit le Général de Londres à Alger, puis sur les fronts de Sicile et d’Italie. À travers son regard, le lecteur découvre les rivalités diplomatiques, les jeux d’influence et les négociations qui ont accompagné la préparation de la Libération de la France.
Édité par Gilles Ciment pour l’ECPAD, écrit par Pascal Roussel et dessiné par Jean Dytar, auteur notamment de #J’Accuse… ! et des Illuminés, lauréat pour Les Sentiers d’Anahuac (sc. de Romain Bertrand, Ed.Casterman) du Grand Prix de la critique ACBD ainsi que d’une mention spéciale aux récents Galons de la BD 2026, l’ouvrage adopte une lecture verticale conçue pour les écrans de téléphone. Chaque écran devient une case de bande dessinée, la progression se faisant par simple défilement tactile.
La principale singularité du projet réside dans l’intégration des archives de l’ECPAD au sein même de la narration. Photographies, séquences filmées et enregistrements sonores d’époque viennent ponctuer le récit et dialoguer avec les dessins. Le projet a par ailleurs bénéficié du conseil scientifique de l’historien Olivier Wieviorka, auteur d’importantes synthèses sur la Seconde Guerre mondiale.
Cette étonnante création, labellisée « Mission Libération », témoigne de la volonté de rendre l’histoire accessible aux nouvelles générations tout en valorisant les fonds patrimoniaux conservés par l’institution.
Par Didier PASAMONIK
Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.
[1] Centre d’archives et de production audiovisuelle du ministère des Armées, qui conserve un patrimoine photographique et filmique unique sur l’histoire militaire contemporaine française.