Très bon
1er octobre 2025
Orvann fut jadis un maître kraken, redouté et respecté. Les années l’ont fracassé et l’alcool est désormais son unique compagne, dans la solitude d’un phare battu par les vents.
Sa mission ? Chaque nuit, allumer le brasier en haut de la tour, afin de guider les navires perdus dans l’obscurité chahutée de l’océan. Hélas le destin est taquin : Endormi par un mauvais vin (était-il trafiqué ?), il laisse naufrager trois navires, devenant le bouc émissaire idéal d’une machination impitoyable. Jeté aux geôles de l’Empire, Orvann comprend vite que tout cela a été orchestré. Pourtant, les réflexes de traqueur et sa rage de survivre n’ont pas été ensevelis par le remords. Dès lors, il traquera sans relâche les responsables pour laver son honneur dans le sang et la tempête, au mépris de sa propre destruction. L’album, à la narration tendue comme un cordage sous l’orage, nous invite à plonger dans la noirceur de la vengeance et des complots maritimes.
La série, fidèle à la veine Oxymore, tisse ses récits autour de figures énergiques, chaque tome étant indépendant et immergeant le lecteur dans un univers de fantasy maritime aux codes classiques, mais audacieusement modernisés. Ce tome 2 s’avère particulièrement « terreux », troquant les abordages pour une traque humaine, plus intime et brutale. Orvann, antihéros cabossé, n’est pas sans rappeler ces pirates rendus à l’état de spectre, que la vengeance ranime.
Si l’intrigue s’avère assez linéaire, elle tire sa puissance de sa tension dramatique, d’une atmosphère à la fois crépusculaire et électrique et de sa voix-off sourde d’un mystérieux narrateur très en verve. Une citation parmi la myriade que contiennent les 52 planches ? Lors de l’évasion d’ Orvann, notre ancien pirate plonge dans l’océan pour s’échapper des gardes ; notre conteur déclame alors : « Cette plongée avait une saveur particulière. Elle avait le goût de la renaissance : ce jour fut celui où l’océan reprit ses droits sur l’un de ses bigorneaux trop longtemps égaré ». Magnifique, n’est-il pas ?
Cependant, il faut signaler que le format one-shot, propre à cette saga, limite l’envol de son intrigue. L’album se referme trop rapidement, frustrant parfois l’ampleur des émotions et des rebondissements. La révélation du complot (on n’a rien vu venir !), le basculement vers la vengeance, le jeu sur l’honneur et la solitude, tout est finement ciselé mais aurait mérité davantage d’espace pour se déployer en grand large.
Sur le plan graphique, Stéphane Créty impose sa patte : décors solides, architectures pesantes, découpage cinématographique capable de saisir l’âpreté du monde d’Aratheon. Les couleurs de Nanjan, éclatantes et sinistres, magnifient le drame intérieur d’Orvann, conférant à l’ensemble une ambiance envoûtante et très immersive. L’album, subtil mélange de classicisme et de modernité, va droit au but, sans artifice, assumant sa tonalité sombre.
« Orvann » s’impose comme une tempête maîtrisée : brutale, nerveuse, mais un brin trop concise. Ce récit de vengeance et de complot où chaque planche semble traversée d’un souffle rageur fait écho à la ligne éditoriale Oxymore et à la plume de Cordurié.
Par Milan MORALES
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