L’Aventurier : Peut-on vaincre la fatalité ?

Par Bérengère HALLIER Excellent 13 septembre 2024 
Choisit-on son destin ? Quelle est la place de la liberté individuelle face aux pulsions guidant l'être humain ? Autant de questions qu'explore ce conte philosophique avec plusieurs niveaux de lecture, mais qui reste accessible et grand public.

Paru en 1937 à titre posthume, Abenteurernovelle (L’Aventurier ; inédit en français) est un roman inachevé de l’écrivain autrichien Arthur Schnitzler (1862-1931), auquel on doit notamment La Nouvelle rêvée, adaptée au cinéma par Stanley Kubrick sous le titre Eyes Wide Shut. Si elle est loin d’être aussi sulfureuse, on retrouve dans L’Aventurier cette même atmosphère de splendeur décadente, onirique et légèrement dérangeante.

L'Aventurier : Peut-on vaincre la fatalité ?
La dernière fête des Rigardi
© Tota / Settimo / Glénat

Tout commence dans l’Italie du début du XVIe siècle. Les palais se perdent en colonnades, le vin coule à profusion et les jeunes gens font la fête à en perdre la tête. Jeune aristocrate distingué, Anselmo Rigardi a la maladie des grands enfants ; il s’essaie un peu à la musique sur son luth, croise le fer avec son maître d’armes — pour faire plaisir à son père qui rêve pour lui d’une carrière militaire — , papillonne avec ses compagnons de beuveries... mais avec tout ça ne sait pas vraiment ce qu’il veut faire de sa vie. Bref, il se cherche, comme on dit.

La peste
© Tota / Settimo / Glénat

La peste arrive et décime toute la ville. Parents, amis, aristocrates, pauvres... Les distinctions n’existent plus. Une seule règle : survivre. Anselmo l’a bien compris et fuit cet enfer tant qu’il en est encore temps. Désormais seul, sans liens ni attaches, sera-t-il libre pour autant d’accomplir son destin ?

Ne vous fiez pas aux apparences, sous ses airs de roman historique, L’Aventurier évolue peu à peu vers le fantastique. Aux tableaux du Caravage succèdent des décors psychédéliques, des squelettes dansants, des armures de civilisation inconnue et l’on rencontre même des mages qui vous prédisent la date de votre mort d’un simple regard. Mais faut-il s’en étonner de la part d’un Schnitzler, psychiatre s’adonnant à l’hypnose, dont les écrits inspirèrent un certain... Sigmund Freud ? On se croirait presque dans du Poe ; le personnage du comte Raspighi, à l’œil torve et délavé, n’a rien à envier au vieillard du Cœur révélateur. 

Il fallait bien deux compatriotes de Machiavel, Alessandro Tota et Andrea Settimo, pour adapter ce récit à la mécanique implacable et calculée. Le dessin réserve quelques belles séquences graphiques, comme celle de la peste dans une ville morte oscillant entre Piranèse et Chirico. 

Couverture de l’édition italienne
© Tota / Settimo / Coconino Press

Il est intéressant de noter la différence de style assez marquée entre les couvertures des éditions italienne et française. Chez nos amis transalpins, on se croirait presque dans un gentil roadtrip des seventies... L’édition française est plus dramatique et solennelle, mettant en scène le profil Renaissance du héros, baigné d’une lumière rouge annonçant son funeste sort. L’atmosphère du récit est sans doute à chercher quelque part entre ces deux images, à la fois légère et grave, lumineuse et macabre, picaresque et tragique. En un mot, envoûtante...

Par Bérengère HALLIER

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Code EAN : 9782344044575
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