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Excellent
25 février 2025
Au sein de la cité volante dont a chu Géo, on entraperçoit un système social classique de la dystopie : une classe de puissants dont la richesse confine à l’écœurement, qui se repose sur le labeur quotidien des classes populaires et précaires. La société en question profite également de multiples assistances robotisées dont le dysfonctionnement va justement précipiter la descente aux enfers de Géo.
Naufragé moderne, le petit éboueur refuse de se laisser aller et entame une longue marche en direction de la ruche volante dont il est tombé. Mais il n’est pas au bout de ses déceptions, le récit atteignant son point culminant lorsqu’il découvre que son ancien employeur a envoyé des mercenaires pour rapporter son cadavre ou l’achever pour toucher l’assurance-vie plutôt que de le secourir. Moment d’acmé dans l’ironie du monde dont Géo a été coupé, la rupture semble alors consommée et l’éboueur renonce à son humanité pour se consacrer à la planète... son Ariel.
Ariel, quintessence de la beauté et de la cruauté allégoriques
Dans un style d’illustration dont la précision diabolique des hachures n’est pas sans rappeler le trait de François Schuiten, Viktor Hachmang jette les fondements géographiques d’un monde dévasté puis abandonné par l’humanité. Celle-ci, réfugiée dans une sorte de forteresse volante, ne se préoccupe guère des pluies acides qui ravagent le monde d’en dessous et encore moins de la vie qui parvient encore à grouiller sur la surface d’une planète désertée.
Au cours de ses pérégrinations d’une beauté rendue aussi fascinante que rebutante par un choix de couleurs saturées à l’extrême, l’éboueur découvre les vestiges de ce qui fut sa propre civilisation. Dans les bras momifiés d’un cadavre, notre " arpenteur " déniche un exemplaire de La Tempête de Shakespeare. Sa lecture va accompagner son errance douloureuse et le pousser à interroger la figure énigmatique d’Ariel, ce génie aux pouvoirs fabuleux qui se soumet au duc Prospero.
Allégorie des éléments déchaînés et de la nature sauvage, Ariel devient une entité dont on finit par ne plus savoir si Géo affabule la présence ou si elle rôde bel et bien dans l’air vicié de la planète agonisante.
Par Anthea MARIANI
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L’Arpenteur - Par Viktor Hachmang - Editions Casterman