Glitchs : Parabole moderne d’une génération en manque de repères

Par Kelian NGUYEN Excellent 26 février 2026 
Depuis son départ de La Réunion, Lia vit seule dans la capitale parisienne. Loin de sa mère et de sa grand-mère, la jeune étudiante peine à trouver sa place. En manque de repères, de relations sociales et d’argent, elle se retourne vers une safe place qu’elle connaît bien : le jeu vidéo Flammie le maudit. Autour de ce jeu adapté d’une bande dessinée, elle s’appuie sur une communauté de joueurs paraissant lui ressembler.

Au-delà du simple jeu que Lia connaît par cœur, la jeune femme se passionne pour la pratique du Speedrun, qui consiste à finir le jeu le plus rapidement possible. Forte d’un nouveau glitch, un bug dans le jeu qui permet d’aller plus vite, elle se rapproche de sa streameuse favorite : Blue Fire, en passe de devenir recordwoman de Flammie le maudit.

À travers cette relation virtuelle, les deux jeunes femmes se livrent, s’affirment et semblent trouver, à distance, un semblant de stabilité. Pour autant, la vie politique et les attaques incessantes du gouvernement en place sur la jeunesse et ses outils numériques ne facilitent pas la bonne santé mentale de Lia.

Après Nuage, J. Personne continue d’explorer de grands thèmes sociétaux actuels comme le rapport au réel, la précarité étudiante, la santé mentale, les relations parasociales. Il s’aventure une nouvelle fois à expérimenter le rêve, l’évasion, le devenir en construisant un miroir aux alouettes, sorte de transposition moderne de la chanson Châtelet-Les Halles.

Dans une société divisée, où une jeunesse politisée, en manque de repères, se sent délaissée, le pouvoir du collectif apparaît comme une échappatoire. Et cet esprit de corps, Lia le trouve sur les réseaux sociaux auprès de pairs, appelés communautés.

J. Personne réussit une nouvelle fois un album touchant et terriblement actuel qui s’adresse avant tout à un public semblable au personnage de Lia. Il joue avec les références, les mèmes, il s’amuse aussi avec le monde de la bande dessinée, on y parle de roman graphique, de parodie… Mais ce qui marque dans cet album, c’est sa forme. Au-delà d’une fabrication de couverture au vernis sélectif couleur pétrole donnant des reflets à l’album, l’auteur déforme l’espace de ses planches. Le virtuel et le réel de l’album s’entremêlent, tout comme la réalité et la fiction de la lecture. Le « -S » final dans le titre est alors plutôt à prendre comme une perte de pied que dans son sens numérique littéral.

Par Kelian NGUYEN

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Code EAN : 9782344068700
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