À mi-parcours de sa 45e édition, le Festival Anima confirme une nouvelle fois son rôle central dans le paysage européen du cinéma d’animation. Installé à Flagey, au Marni et dans plusieurs salles partenaires, le rendez-vous bruxellois continue d’explorer toutes les facettes du médium, du film d’auteur radical aux propositions familiales accessibles. Derrière une programmation foisonnante, se dessine surtout une ligne éditoriale claire : défendre une animation exigeante, souvent politique, mais toujours ouverte à de nouveaux publics.
Une ouverture engagée, reflet des préoccupations contemporaines
Le choix de La mort n’existe pas de Félix Dufour-Laperrière comme film d’ouverture a donné le ton d’une édition où les enjeux sociétaux occupent une place importante. Entièrement dessiné à la main, ce récit autour d’une militante confrontée à la radicalité politique illustre une tendance de plus en plus marquée dans l’animation contemporaine : privilégier l’intime et la réflexion plutôt que la simple performance visuelle.
Dans la compétition longs métrages, plusieurs œuvres poursuivent cette exploration thématique. Allah n’est pas obligé, adaptation du roman d’Ahmadou Kourouma (prix Renaudot et prix Goncourt des Lycéens), aborde frontalement la question des enfants soldats, tandis que Decorado ou Spacetime Chronicles témoignent d’un retour à des techniques artisanales qui contrastent avec la domination récente de la 3D. Anima semble ainsi confirmer un mouvement de fond : celui d’une animation qui revendique sa matérialité et son ancrage artistique.
Courts métrages et expérimentations : le cœur battant du festival
Comme chaque année, la sélection de courts métrages constitue l’ossature du festival. Avec plus de 1800 films visionnés en amont et une programmation finale mêlant compétitions internationales et nationales, Anima continue de jouer son rôle de défricheur.
Les nouveaux programmes thématiques, notamment orientés vers l’expérimental ou l’horreur, témoignent d’une volonté d’élargir les frontières du genre. Entre les séances Best of Shorts, les programmes queer ou les propositions documentaires, la diversité des formats confirme que le court métrage reste le laboratoire privilégié des auteurs d’animation.
Une programmation jeune public toujours aussi structurante
Si la sélection adulte se montre particulièrement ambitieuse, Anima n’oublie pas son ancrage familial, renforcé par la période des vacances de Carnaval. Les programmes destinés aux enfants multiplient les entrées vers l’animation, entre films récents, reprises et activités pédagogiques.
Des titres comme Les Contes du pommier, Super Charlie ou La Grande Rêvasion côtoient ateliers participatifs et séances Animations à tarif réduit. Plus qu’une simple programmation parallèle, cette section constitue un véritable pilier du festival, permettant de renouveler les spectateurs tout en valorisant des œuvres souvent absentes des circuits commerciaux traditionnels.
Irish Focus et regards internationaux : Anima comme plateforme européenne
Parmi les axes forts de cette édition, le focus consacré à l’Irlande met en lumière une scène en pleine effervescence, entre créations professionnelles contemporaines et films issus d’écoles d’animation. La projection du Peuple Loup en version gaélique souligne l’importance accordée à la diversité culturelle et linguistique, un aspect de plus en plus présent dans la programmation du festival.
Cette ouverture internationale se retrouve également dans la liste d’invités, où se côtoient réalisateurs émergents et figures reconnues du secteur, confirmant Anima comme un espace de dialogue entre différentes générations d’artistes.
Futuranima : entre transmission et réflexion sur l’avenir du médium
Le volet professionnel Futuranima continue d’accompagner l’évolution du secteur. Masterclasses, sessions de pitching et rencontres industrie offrent un panorama des enjeux actuels, qu’il s’agisse de coproduction internationale, d’intelligence artificielle ou de nouvelles méthodes de création.
La présence d’intervenants tels que Émilie Tronche, réalisatrice de Samuel et créatrice de l’affiche d’Anima, la scénariste Meg LeFauve pour une masterclass d’écriture, ou encore Kelzang, cofondateur de Temple Caché pour une masterclass sur les techniques de création de ce studio innovant, rappelle l’ambition du festival : ne pas se limiter à la diffusion de films, mais participer activement à la structuration de l’écosystème de l’animation en Belgique et en Europe.
Expositions, VR et patrimoine : une vision élargie de l’animation
Au-delà des projections, Anima multiplie les propositions transversales : expositions, installations VR, ateliers créatifs ou encore rétrospectives patrimoniales en partenariat avec la CINEMATEK. La mise à l’honneur de l’animateur belge Gérald Frydman rappelle que le festival assume aussi une mission de mémoire, en replaçant la création contemporaine dans une histoire plus large du cinéma d’animation.
Cette hybridation des formats confirme une évolution du festival vers une expérience globale, où l’animation se découvre autant sur écran que dans des dispositifs immersifs.
Une clôture sous tension futuriste
La cérémonie de clôture, accompagnée de la projection d’All You Need Is Kill de Ken’ichirô Akimoto, promet une conclusion spectaculaire à cette édition anniversaire. Produit par le studio japonais 4°C, ce film de science-fiction mêlant catastrophe environnementale et récit d’anticipation incarne bien l’esprit d’Anima : un regard tourné vers l’avenir tout en restant ancré dans une diversité de styles et d’approches narratives.
Festival qualificatif pour les Oscars et désormais pour les BAFTA, Anima confirme ainsi son statut de tremplin pour les talents internationaux. Une reconnaissance qui renforce son influence tout en rappelant que, derrière la dimension industrielle, le cœur du festival reste la découverte d’œuvres singulières et souvent inattendues.
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Festival Anima (Festival international du film d’animation de Bruxelles)
Du 20 février au 1er mars 2026
À Flagey :
Centre culturel Flagey, Place Sainte-Croix, 1050 Bruxelles
TEL : (+32) (0)2 641 10 20
Mail : info@flagey.be
Au Marni :
25 Rue de Vergnies - 1050 Bruxelles
TEL : (+ 32) (0)2 639 09 80
Mail : info@theatremarni.com
CINEMATEK :
Rue Baron Horta 9 - 1000 Bruxelles
TEL : +32 (0)2 551 19 19
Mail : info@cinematek.be
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Affiche d’Émilie Tronche.