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Posé telle une navette spatiale prête à lancer l’hyperdrive, au cœur de l’Exposition Park de Los Angeles, le bâtiment futuriste imaginé par l’architecte Ma Yansong affiche une ambition vertigineuse. Porté par George Lucas et son épouse Mellody Hobson, le Lucas Museum of Narrative Art s’est donné pour mission de célébrer le triomphe de la pop culture.
C’est une cause qui ne date pas d’hier : déjà l’exposition du MOMA à New York en 1990 s’intitulait : « High and Low : Modern Art and Popular Culture », on y trouvait les éditions originales de Barbarella et de Tintin. Quelques années plus tard, l’exposition Vraoum à La Maison Rouge à Paris en mai 2009, creusait le même sillon. Abolissant désormais toute frontière, le couple fondateur du Lucas Museum of Narrative Art défend farouchement l’idée d’un « art du peuple », une vision démocratique et inclusive de la création visuelle qui englobe toutes les formes d’expression populaire des deux derniers siècles.
L’institution affirme avec force qu’il ne devrait exister aucune hiérarchie de noblesse entre une toile de maître traditionnel et une planche originale encrée, pour peu que toutes deux parviennent à capturer une émotion, à forger un mythe ou à déployer un récit. Ce postulat esthétique et philosophique résonne profondément, on s’en doute, avec les combats historiques menés par les auteurs, les critiques et les éditeurs pour la légitimation du 9e art à travers le monde.
Pour matérialiser cette vision, le musée s’appuie sur la collection fondatrice inestimable amassée par le cinéaste au fil des décennies, un trésor qui compte aujourd’hui plus de 40 000 œuvres originales. Les bédéphiles et les amateurs d’arts graphiques seront éblouis par une sélection vertigineuse de planches historiques et d’illustrations qui ont façonné l’imaginaire collectif mondial.
Le parcours d’exposition promet de balayer tout le spectre de l’art séquentiel, permettant aux visiteurs d’admirer la poésie universelle et minimaliste des Peanuts de Charles Schulz, de se plonger dans l’irrévérence fondatrice du Comix Underground américain avec Robert Crumb en figure de proue, ou encore de scruter les clairs-obscurs tranchés et percutants d’un maître contemporain comme Frank Miller.
L’illustration sous toutes ses formes bénéficiera également d’un écrin à sa démesure, intégrant aussi bien les délicates aquarelles de l’illustratrice britannique pour la jeunesse Beatrix Potter que les toiles des maîtres de l’âge d’or de l’illustration américaine, tels que Norman Rockwell ou J.C. Leyendecker.
En outre, convoquant la science-fiction et l’imaginaire fantastique, le musée tisse un lien naturel, organique et fascinant entre l’image imprimée et le grand comme le petit écran. L’art crucial, mais souvent relégué dans l’ombre, de la pré-production cinématographique y est mis à l’honneur avec un soin tout particulier. Les archives, les storyboards et les innombrables travaux de concept art signés par des créateurs légendaires à l’instar de Ralph McQuarrie, l’architecte visuel de la saga Star Wars, démontrent une parenté indiscutable avec la bande dessinée.
Ces travaux préparatoires partagent avec nos albums favoris une grammaire visuelle commune et exigeante, obéissant aux mêmes règles de cadrage, de rythme, de gestion de l’espace et de découpage séquentiel. L’inauguration de ce joyau californien en septembre prochain marque ainsi une étape institutionnelle majeure et définitive.
En abolissant les frontières entre les disciplines, le Lucas Museum offre enfin à la culture populaire, aux illustrateurs et aux œuvres fondatrices de notre imaginaire contemporain leur propre grand musée international, prouvant que la force de la narration visuelle n’a définitivement pas de limites.
Voir en ligne : LE SITE DE L’EVENEMENT
Par Quentin GUILLIER
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Photos : © Lucas Museum of Narrative Art