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Moyen
7 août 2026
Née sous le crayon de Kashiwagi Tsukiko, Inkya Gal Revolution ! est l’une des nouveautés parues cet été aux éditions Mangetsu. S’inscrivant très clairement dans le genre du « slice of life » et du « yuri », ce premier album propose une succession de courtes aventures dont la principale priorité est d’être mignonne. On y suit le quotidien d’Ichiko et de Kuran, deux lycéennes « gyaru » qui se contentent de leur vie tranquille. À elles deux, elles forment le « club de recherche sur les cultures alternatives », un club qui leur sert surtout d’excuse pour flâner sur le canapé, lire des mangas, ou encore tester les dernières boissons tendance. La vie est ainsi belle pour les deux amies, du moins jusqu’à ce que l’école décide de mettre le holà à leurs activités. En effet, l’administration voit d’un mauvais œil les activités paresseuses de ces deux lycéennes, et décide de dissoudre leur club. Ichiko et Kuran s’engagent alors dans une course contre la montre (pas trop vite tout de même, on a le temps) pour garder leur petit cocon intact.
Vous l’aurez sûrement compris au résumé de l’album, Inkya Gal Revolution ! est loin d’être un shônen plein d’action ou un seinen psychologique. Les péripéties sont quasiment absentes du récit, et on se concentre principalement sur les personnages. Ichiko est la représentation typique d’une lycéenne de manga mignonne. Innocente, toujours joyeuse, expressive, et câline (surtout avec Kuran), elle est également timide et se repose toujours sur son amie pour commander la nouvelle boisson à la mode au Starbucks. Kuran, quant à elle, est une « kuudere » typique, aux cheveux noirs de jais et au regard constamment impassible. Il ne faut cependant pas sous-estimer son savoir encyclopédique sur la culture pop : chaussures Air Jordan, photographie, ou encore chanteurs « idols », elle est incollable !
À travers ces personnages, Kashiwagi Tsukiko représente très clairement le fantasme d’une partie de la population japonaise. Deux lycéennes mignonnes, dont l’amitié se rapproche de l’amour lesbien « yuri », le tout enrubanné dans un joli papier cadeau « gyaru ». On est face à un album qui coche toutes les cases du manga mignon et met les bonnes étiquettes pour séduire le public. En effet, l’esthétique « gyaru » est devenue énormément populaire au cours des dernières années, comme l’avait été le « goth lolita » ou le « catgirl » en leur temps.
Pour nos lecteurs qui ne sont pas familiers avec leur vocabulaire, la « gyaru » (prononciation japonaise du mot anglais « gal ») désigne une lycéenne délinquante, avec toute une esthétique qui y est associée : des chaussettes hautes qui montent jusqu’aux genoux, des coiffures extravagantes et teintes en blond (un sacrilège dans un pays où tout le monde a des cheveux noirs) et toute une panoplie d’accessoires décoratifs. L’histoire du mouvement « gyaru » est longue, et Wikipédia proposera une explication plus complète que nous, mais nous nous contenterons de préciser que le monde des « gyaru » n’est pas tout rose et a régulièrement été lié à celui de la prostitution. En effet, beaucoup de filles « gyaru » cherchent avant tout à se procurer les derniers sacs et accessoires à la mode, et se tournent vers des domaines moins légaux pour financer leur train de vie dépensier. Aujourd’hui, la « gyaru » de la culture manga est bien plus aseptisée. On se débarrasse des implications criminelles, et on ne garde que les tenues, les accessoires, et le langage familier propre à la culture « gyaru ». On en fait des personnages mignons, un peu impertinents et pas toujours très intelligents, mais tout de même attachants. La « gyaru » est ainsi réhabilitée comme un archétype de personnage comme un autre, comme l’avait été le délinquant « Yankī » avec des personnages comme Jotaro Kujo ou Josuke Higashikata de Jojo’s Bizarre Adventure.
Le public, japonais puis international, a été séduit par la « gyaru », cette réinterprétation de la lycéenne japonaise sous un angle plus brut et plus vulgaire, en opposition à la « hime sama », la parfaite princesse première de la classe. Inkya Gal Revolution ! est ainsi une parfaite représentation de ce fantasme autour de l’esthétique « gyaru ». Si vous aimez voir des lycéennes se faire des câlins et parler avec entrain des derniers groupes de danse à la mode, ce livre saura sûrement vous séduire. Mais si l’esthétique « gyaru » ne vous attire pas plus que ça, vous pouvez passer votre chemin.
Inkya Gal Revolution ! dépeint également une vision idéale des années lycée, surtout avec le personnage d’Ichiko qui répète constamment qu’elle ne veut pas devenir une adulte. On vous en avait parlé avec Yumeochi, mais beaucoup de salariés japonais regrettent et fantasment leurs années de lycée, souvent la dernière occasion pour eux de s’amuser sans avoir à subir les carcans sociaux du monde du travail. Inkya Gal Revolution ! ne parle donc du lycée qu’en positif, avec une attention toute particulière accordée aux clubs étudiants. Il est d’ailleurs intéressant de noter que le livre ne parle pas des cours, comme s’il valait mieux ne pas y prêter attention… à travers ce choix, il est clair que le manga cherche à séduire un lectorat nostalgique de l’école qui cherche à retrouver l’innocence perçue du lycée. Le style graphique de Kashiwagi Tsukiko, lumineux et doux, renforce clairement cette atmosphère quasi onirique.
Vous l’avez sûrement compris, Inkya Gal Revolution ! est avant tout la représentation d’un fantasme. Ichiko et Kuran, deux lycéennes espiègles et mignonnes, représentent l’innocence de l’adolescence et un temps « plus simple » (faites les guillemets avec vos doigts), où les seuls soucis étaient les notes, les amis et les sorties. Si ce genre d’histoire gentillette et nostalgique vous plaît, Inkya Gal Revolution ! n’est pas un mauvais choix. Nous le trouvons un peu naïf et superficiel, mais nous ne nierons jamais son innocence et sa douceur.
Par Akira OIKAWA
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Inkya Gal Revolution !, par Kashiwagi Tsukiko, éditions Mangetsu. Parution le 24 juin 2026. 9,95 €.