Les deux créateurs, Adrien Dumonchau et Valentin Reverdy, forts de longues soirées passées à partager des plateaux de jeux, se sont lancés dans le projet un peu fou de créer leur propre maison d’édition de jeux de rôle. « On voulait s’éloigner des codes de la dark fantasy plus classique dans le JDR », affirme Valentin Reverdy. « Sortir du médiéval occidental, fonder plutôt notre identité graphique sur les pays de l’Est (Slaves, Empire byzantin…), mais surtout créer un jeu d’horreur psychologique où l’on ne combat pas des monstres, mais des traumatismes. »
Fortement inspiré par la scène musicale du Black Metal, Mir (qui signifie la paix en cyrillique) est un univers pas comme les autres. Adrien Dumonchau explique : « On veut choquer, car, comme le black metal, le monde du jeu de rôle a un vrai côté avant-gardiste. »
Pourtant, Mir repousse les frontières dans un contexte où il est de plus en plus tabou de parler de nudité ou de violence, et encore plus d’en montrer. Les deux auteurs confient d’ailleurs avoir du mal à faire exporter certaines illustrations.
En touchant au sensible, Mir aime déranger, « aller chercher le psychologique dans l’horreur ». Un travail qui s’effectue évidemment dans les scénarios écrits par Adrien Dumonchau, mais aussi dans la direction artistique de l’univers. Plutôt rare dans le milieu, Mir opte pour une fabrication soignée : dorure à chaud, jaquette, couverture soft touch, mais surtout une qualité d’impression pensée pour sublimer les dizaines d’illustrations présentes dans chacune des éditions. Si Valentin Reverdy définit sa direction artistique comme « différente mais jamais hétéroclite », il existe dans Mir une véritable volonté de casser l’image 100 % numérique, de plus en plus importante en JDR (merci le covid…). Une volonté affirmée également de promouvoir et protéger le travail artisanal des artistes.
Parmi ces derniers, on trouve de nombreuses personnalités, aussi diverses que leurs styles graphiques. Connu dans l’univers de la bande dessinée, Gianenrico Bonacorsi est l’un des talents choisis par Mir depuis le début. Repéré pour ses illustrations dans lesquelles le nu est politique, il trouve ici un espace d’expression « unique pour créer des images aussi fortes ». Un exercice d’illustration qui le pousse dans ses retranchements : « Je comprends que certains artistes ne veulent pas participer, car, pour réaliser ce genre de scènes, il faut se projeter. Moi, j’ai toujours perçu un lien entre violence et sexualité, même si c’est inconscient. Prenez la naissance, par exemple. » Élégant et délicat dans sa technique, Gianenrico Bonacorsi l’est aussi en tant qu’artiste. C’est ce genre de personnalité qu’Adrien et Valentin recherchent, aux côtés de talents comme Tom Cuzor ou Valeria Sakseeva.
Aujourd’hui, Mir qu’est-ce que c’est ?
Avec la campagne de financement en cours, Mir conclut son premier cycle avec trois ouvrages. Le premier tome, intitulé Serments, propose six personnages préfabriqués et jouables pour 15 à 20 heures de jeu. Viennent ensuite deux ouvrages contenant chacun quatre scénarios, offrant plusieurs centaines d’heures de jeu supplémentaires. Certains scénarios peuvent même être joués en une seule soirée, entre trois et quatre joueurs. Didactique et facile à prendre en main mécaniquement, cet univers original est néanmoins déconseillé aux moins de 18 ans.
En 2026, le Livre de base, une véritable bible de plus de quatre cents pages, verra le jour pour continuer à développer cet univers psychologique, déroutant et fascinant.
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Par Kelian NGUYEN
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