Cyborgs T. 4, Hawk - Par Jean-Luc Istin & Alina Yerofieieva – Éd. Soleil

Par Milan MORALES Excellent 10 avril 2026 
Avec Hawk, Jean-Luc Istin continue de tisser sa fresque de Cyborgs augmentées en ramenant le récit à une blessure originelle : celle d’une enfant broyée par la violence d’un monde inégalitaire. Entre fuite, reconstruction, menace persistante, émotion intime et tension de survival futuriste, l’album trouve un bel équilibre.

Syl n’a que 7 ans lorsqu’elle est happée par une spirale de violence, au premier rang de laquelle se trouve le déraillement du Trans-Iceland, le train censé la conduire jusqu’à son père. Très vite, l’accident laisse place à une chasse à l’homme : ceux qui ont provoqué la catastrophe veulent aussi effacer tous les témoins. Privée de la vue et amputée de ses deux jambes, la fillette ne survit que grâce à l’intervention de Russel, son père, qui la retrouve à temps. Avec l’aide du Dr Blaye, Russel entreprend alors de la reconstruire, physiquement et psychologiquement, tout en vivant cachés, dans un qui-vive permanent.

Dans ce futur où la technologie réparatrice reste l’apanage des ultra-riches, Russel devient spécialiste en mécanobiotechnologie pour offrir à sa fille et, plus largement, à ceux que le système laisse de côté une chance de continuer à exister.

Ce tome utilise la greffe technologique comme un révélateur social, pas comme un simple motif de science-fiction. L’idée d’une enfant transformée par nécessité, dans un univers où les prothèses de pointe demeurent un privilège, donne au récit une charge émotionnelle et politique très nette. On n’est pas seulement dans l’histoire d’une reconstruction : on est dans celle d’une humanité contrainte de se réinventer pour survivre.

Le récit gagne aussi en nuance parce qu’il ne se contente pas d’opposer le biologique et la machine. Il s’intéresse à la manière dont un corps abîmé apprend à habiter ses nouvelles possibilités, avec ce que cela implique de douleur, d’adaptation et de fragilité. C’est précisément cette tension entre l’espoir et la peur, entre le soin et la traque, qui donne à Hawk sa densité.

Ce quatrième one-shot se hisse à la hauteur des précédents en reliant finement les destinées des quatre héroïnes augmentées, tout en conservant l’efficacité propre à la série (un cyborg = un tome). L’architecture générale de Cyborgs prend ici tout son sens : chaque album fonctionne seul, mais chacun ajoute une pièce à un ensemble plus vaste, promis à un cinquième tome de synthèse. Cette perspective donne envie de voir jusqu’où Jean-Luc Istin osera aller dans la suite, surtout après l’annonce d’un tome de liaison prévu pour 2027.

Sur le plan de l’écriture, Hawk semble réussir ce que les meilleurs récits de SF contemporains savent faire : faire passer une idée de monde avant un simple concept visuel. Notre scénariste à cette capacité rare de mêler intensité, intériorité et lecture très concrète des rapports de force sociaux.

Le travail d’Alina Yerofieieva épouse parfaitement cet univers où la vulnérabilité des corps doit cohabiter avec la froideur technologique et climatique. Le cadre enneigé, presque désertique, oppose sa rudesse à la biomécanique du récit et renforce la sensation d’isolement. Dans une série comme Cyborgs, le dessin doit à la fois vendre le spectaculaire des augmentations corporelles et préserver quelque chose de l’humain ; ici, cette équation paraît tenue avec justesse.

Ce qui frappe enfin, c’est la manière dont machines et chairs meurtries s’imbriquent l’une sur l’autre. Le visuel n’est pas là pour lisser la douleur, mais pour la rendre lisible, presque palpable. C’est souvent à cet endroit que ce type de projet se joue vraiment : non dans la seule beauté des prothèses, mais dans la façon dont elles changent un visage, une posture, une manière de continuer à vivre.

Tous les jalons de cette épopée sont désormais posés… place à l’ultime embrasement, au grand final où tout doit se résoudre, ou se consumer.

Par Milan MORALES

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Code EAN : 9782302091610
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