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Excellent
26 juillet 2025
Dans un futur où l’homme et la machine ne cessent de s’entremêler, Cyborgs – Steel nous plonge au cœur d’une société fracturée par le transhumanisme [1] et des ambitions politiques extrêmes. Alors qu’Heather Macstone, favorite dans la course à la présidence, est victime d’un attentat meurtrier, sa fille Sam est la seule survivante, mais elle se retrouve grièvement blessée.
Pour la sauver, le docteur Russel lui greffe des prothèses mécaniques de pointe. Sam se réveille dans une nouvelle réalité, à la fois mécanique et humaine, et décide de mener l’enquête sur les circonstances ayant conduit à la mort de sa mère.
Son parcours la conduit dans les méandres d’un monde ensanglanté par le complot, la lutte pour le pouvoir et la méfiance envers toute forme de singularité et de différence. Armée de ses nouveaux attributs, elle se heurte à la distorsion croissante entre nature humaine et technologie, et affronte les violences d’une société prête à tout pour préserver ses privilèges.
Cette intrigue s’inscrit naturellement dans la continuité du premier tome, “Ronin”, où Yuko, héroïne augmentée pour survivre à la ségrégation, déjouait déjà les normes d’une cité dictatoriale. Ici, Sam prend le relais, perpétuant la résistance face à un système inique.
Ce qu’on en a pensé…
Ce tome 2 de Cyborgs prolonge l’esprit du premier, mais en creusant plus profondément, là où l’humain et la machine se confondent. Sam, notre jeune héroïne, survit au prix de mutilations terribles. Elle devient un être hybride : moitié chair, moitié acier. À partir de là, une grande question s’impose : que reste-t-il de notre identité lorsque la technologie s’impose comme nature ? Jean-Luc Istin aborde ce dilemme avec une vraie subtilité, en dépeignant une société où secours rime avec performance, et où « réparation » devient « augmentation ».
Dans ce décor glaçant, l’auteur installe un suspense constant : Sam se reconstruit, mène l’enquête, affronte des instances politiques qui exploitent la technologie pour manipuler. Le rythme ne relâche jamais, l’action est au service de la réflexion : c’est efficace, haletant, sans que l’on perde de vue la question de fond, et les 70 pages s’enfilent d’une traite.
Graphiquement, Valentina Pinti signe la maturité visuelle du volume. Fini l’aspect trop glamour du premier volet ; place à une atmosphère froide et introspective. Le métal, dans sa dureté, contraste avec la fragilité du vivant – chaque cadrage, chaque palette froide souligne la violence sourde du récit, tout en rendant Sam terriblement expressive.
Si vous cherchez un univers solide, une intrigue tendue et un questionnement éthique bien mené, ce tome a de quoi séduire. Bémol cependant : le fil narratif, centré sur la vengeance et la quête de vérité, reste un peu classique ; les ressorts dramatiques ne surprendront guère les habitués du genre. Quant aux dialogues, certains manquent de nuance : ils misent sur l’immédiateté au détriment de la finesse.
Cela dit, le lien avec le premier tome – à travers la figure du docteur Russel, déjà présent dans Ronin – renforce la cohérence de l’ensemble. La saga joue sur le miroir entre Yuko et Sam, deux héroïnes forcées de lutter contre un système qui exclut celles et ceux qui s’écartent de la norme et survivent à tout prix.
Ce second opus s’impose comme une lecture prenante et intelligente. Action, émotion et introspection offrent une vision sans concession des dérives possibles de notre rapport à la technologie et au pouvoir. On avait beaucoup apprécié dans son premier tome ce fol créateur d’univers qu’est Jean-Luc Istin qui, ici, avec cette nouvelle série, frappe une fois de plus juste et fort.
Par Milan MORALES
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