Oh, les deux hommes se connaissent. Le jeune Poquelin y avait quinze ans plus tôt constitué sa troupe, L’Illustre Théâtre, en 1643. Et si l’auguste Pierre Corneille, déjà célèbre, avait gardé peu de souvenirs et même de considération pour le jeune comédien, incapable de jouer, selon lui, des tragédies, il a en revanche un souvenir très net de sa jeune compagne Armande Béjart.
Et puis l’eau a coulé sous les ponts, Corneille à renoncé à la comédie, peu rémunératrice, car on ne reverse pas de droits d’auteur au créateur de la pièce en ce temps-là, en dépit des efforts du dramaturge -en grâce auprès de Mazarin- d’instaurer une loi pour protéger les écrivains. Mais cette idée trop en avance sur son temps ne se concrétisera pas.
Or donc, Corneille est devenu un auteur sérieux : sa traduction du texte apocryphe latin L’Imitation de Jésus-Christ est un triomphe, en son temps dit-on « le livre le plus imprimé après la Bible ». Cela fait sept ans qu’il a laissé tomber l’écriture théâtrale.
Ce juriste, père de six enfants qui a aussi son frère à nourrir, avait fait un mauvais calcul en acceptant une charge de procureur de la part de Mazarin quelques mois plus tôt : à peine nommé, un changement des équilibres politiques survient et il se retrouve dans les difficultés financières…
Arrive le jeune Molière, sa compagne et sa troupe de comédiens... et de comédiennes très accortes. L’une d’elle en particulier est mandatée pour convaincre le vieil écrivain -elle ne manque pas, disons, d’arguments…- de revenir à la table de travail…
Tel est l’enjeu de cette bande dessinée loin d’être barbante. Le dessin de Lukino est vif, les dialogues sont enlevés -souvent issus du théâtre. On y découvre tous les aspects de la vie et du statut des comédiens de ce temps.
Et surtout, le secret qui, peut-être, reste étrangement tapis depuis des siècles derrière le succès désormais éternel de Molière, « le plus grand auteur de comédies du XVIIe siècle »…
Voici un excellent roman graphique à découvrir dès la fin août à la rentrée.
Par Didier PASAMONIK
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