Metropolia T. 1, Berlin, la prison à ciel ouvert - Par Duval & Römling - Ed. Dargaud

Par Merwan BOUCHOUARI Bon 16 avril 2025 
Bienvenue à Berlin, en 2099. Une ville où l’avenir a pris du retard et où chaque pas vaut de l’or… ou presque. Dans Metropolia, Fred Duval nous embarque dans un univers cyberpunk où la technologie a dépassé l’homme, mais pas ses vieux travers. On y suit Sasha Jäger, détective à contrecœur et prisonnier d’un monde où se déplacer est un luxe réservé aux riches, et où l’on avance à pied, littéralement, pour survivre. Car ici, l’énergie est rare, l’espoir aussi, et chaque pas compte.

Dans un Berlin futuriste qui a troqué ses rêves de grandeur contre des ruines technologiques, Sasha ne joue pas les détectives pour la gloire ou par amour de la vérité : il enquête parce que c’est le seul moyen pour lui de gagner sa croûte dans une société où le désespoir se monnaie au pas.

Ce qui fait de lui un enquêteur très particulier ? Il peut littéralement “devenir” quelqu’un d’autre. Grâce à une technologie aussi brillante que dangereuse, il absorbe la personnalité, les souvenirs, les compétences d’un tiers, et surtout, il survit à l’expérience. Là où d’autres sombreraient dans la folie, lui reste froid comme une IA mal réveillée.

Son objectif est simple : réunir assez d’argent pour retrouver Alif, son amour perdu, qui a quitté Berlin il y a sept ans. Depuis, leurs seuls rendez-vous se déroulent dans une réalité virtuelle, douce illusion au goût amer, où chaque pixel semble crier que le monde réel est foutu.

Mais l’histoire commence vraiment lorsqu’un meurtre éclate en pleine vente aux enchères. Une femme abat un homme puis disparaît, laissant derrière elle... une chaussure. Oui, une chaussure. De quoi lui valoir un surnom aussi ironique que sinistre : “Cendrillon”. Sasha est engagé par les hautes sphères de la ville pour la retrouver, et le conte de fées s’arrête là.

Fred Duval tisse un univers cyberpunk avec une précision chirurgicale. L’ambiance dystopique, véritable ADN du genre, est omniprésente. L’humanité semble avancer à reculons, propulsée par des technologies plus aliénantes que salvatrices. Ici, l’argent ne pousse plus sur les arbres ni ne dort sur des comptes en banque : il se trouve sous vos pieds. Littéralement. Votre capital ? Vos pas. Un concept qui rappellera aux cinéphiles le film Time Out, où le temps de vie s’échangeait comme des billets de Monopoly.

En 56 pages, le scénario réussit le pari de mêler enquête, émotion et critique sociale. Sasha touche par sa banalité. Il n’est ni super-héros ni anti-héros, juste un homme cabossé, résilient, un peu perdu. Comme nous tous, peut-être. Seul bémol : l’intrigue prend son temps pour se mettre en place et finit par foncer tête baissée dans un final dense, voire un peu étouffant. On aurait aimé respirer entre deux révélations.

Côté dessin, Ingo Römling livre une copie impeccable. Les décors sont ternes, poussiéreux, presque désaturés, comme pour mieux nous rappeler que l’avenir n’a rien de chatoyant. Et pourtant, quelques éclats de couleurs fluorescentes viennent briser cette grisaille, signe que le futur est là, tapi sous la rouille. Le contraste fonctionne à merveille, renforçant ce sentiment d’un monde qui court à sa perte avec le sourire en hologramme.

En somme, Metropolia – Tome 1 pose les bases d’un univers riche, sombre et intrigant, où les contes de fées n’ont plus de fin heureuse, juste des codes d’accès expirés. Fred Duval et Ingo Römling signent une entrée en matière prometteuse, entre polar futuriste et mélancolie digitale. Si l’intrigue trébuche parfois sur ses propres câbles, elle n’en reste pas moins prenante, portée par un héros fragile, et un monde qui l’est encore plus.

Par Merwan BOUCHOUARI

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Code EAN : 9782205208672
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