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Cicatrices, T1 & T2 - Par Brandon Arias – Véga

Par Gaëlle BEDIS Excellent 4 novembre 2024 
Dans cette très belle série, le mangaka chilien Brandon Arias aborde des sujets complexes et sensibles comme la transidentité, les violences domestiques et familiales, le harcèlement scolaire ou encore l'homosexualité, le tout à l'âge difficile de l'adolescence. A découvrir absolument pour la beauté du dessin, la subtilité du propos et la force de l'intrigue.

Frédéric Toutlemonde, éditeur chez Véga, avait annoncé la couleur à la Japan Expo 2024 : il y a des mangaka en dehors des pays asiatiques et sa maison d’édition entend bien les révéler. C’est chose faite avec la publication des deux premiers tomes de Cicatrices, une série signée Brandon Arias venue tout droit du Chili.

On y découvre Kyonosuke et Akira, deux adolescents déjà marqués par la vie malgré leur jeune âge. Les cicatrices sont à prendre au sens propre pour Kyonosuke, pour qui le visage balafré est le résultat d’une greffe de peau dont on apprend l’origine et les implications dans le tome 2. Traumatisé par le harcèlement scolaire qu’il a subi à cause de cela, il panique à l’idée d’être obligé de retourner dans un lycée car ses parents ne peuvent plus lui payer de cours particuliers. Les brimades et moqueries reprennent bien dans son nouvel établissement, jusqu’à ce qu’une fille le défende des trois brutes du lycée. Il s’agit d’Akira, qui se sent elle aussi rejetée. Elle est battue par son père et porte un lourd secret qu’elle n’a encore dévoilé à personne.

Cicatrices, T1 & T2 - Par Brandon Arias – Véga
Cicatrices - Couverture du tome 2
© Brandon Arias

Portant chacun leurs cicatrices, visibles et invisibles, tous deux vont se rapprocher jusqu’à décider de fuir ensemble cette vie qui ne leur convient pas. Leur fuite les amène à rencontrer un autre couple, Aiko et Koichi, qui ont vécu une situation similaire dans leur jeunesse et prennent les deux fugueurs sous leur aile en leur offrant un toit et un peu de travail. Mais les cicatrices laissent des traces profondes et la relation entre Kyonosuke et Akira en subit les conséquences...

On peut le dire : Brandon Arias n’a rien à envier aux mangaka japonais ! Par ses thématiques atypiques et sa sensibilité et épurée des tabous des sociétés asiatiques, Cicatrices apporte une certaine nouveauté dans l’univers des mangas et mérite toute sa place dans le panthéon des séries marquantes de l’année 2024. La douceur, voir même la tendresse qui se dégage des dessins, l’absence de repères temporels et géographiques précis et l’histoire à la fois douce-amère et réaliste font de cette série une valeur sûre et intemporelle pour aborder les tourments universels de l’adolescence.

Kyonosuke et Akira sont deux personnages attachants aux personnalités bien plus complexes qu’il n’y paraît de prime abord. Leur relation évolue de façon cohérente, même si cela ne va pas forcément dans le sens des attentes du public... pour l’instant. Avec seulement deux tomes publiés en France et pas d’informations communiquées sur les suites prévues, il va en effet falloir s’armer de patience pour découvrir comment nos deux jeunes adolescents vont surmonter les difficultés et si leur relation se remettra du twist final du tome 2.

Cicatrices - Extrait du tome 1
© Brandon Arias

Graphiquement, le dessin est un mélange de traits simples et raffinés qui permet de se concentrer en temps voulu soit sur les visages des personnages, soit sur les paysages enneigés. Brandon Arias arrive à nous faire ressentir le côté étriqué de la vie et le sentiment d’enfermement des deux ados en resserrant le cadre sur eux alors qu’ils sont souvent en extérieur, ou bien en les plaçant dans des lieux trop petits comme une salle de karaoké. L’histoire d’Aiko et Koichi lui permet aussi d’aborder d’autres types de cicatrices : celles de l’estime de soi, de l’égo malmené par des adultes qui ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre le mal qu’ils peuvent faire. Elle offre également une lueur d’espoir pour Kuyonosuke et Akira dont on espère qu’ils trouveront leur bonheur, tout comme Aiko et Koichi semblent l’avoir trouvé.

Enfin, un travail intéressant a été réalisé au niveau des jaquettes et des couvertures des mangas. Les premières sont toutes deux réalisées sur un papier mat au toucher granuleux agréable et suffisamment rare chez Vega pour être souligné. Ce support vient magnifier les aquarelles des personnages (Kyonosuke pour le tome 1, Akira pour le tome 2) représentés sur un fond blanc épuré qui les met encore plus en valeur. Et lorsque l’on retire les jacquettes, les couvertures en-dessous ont toutes deux des caractéristiques bien particulières. Le tome 1 est ainsi une photo d’un trio d’enfants de dos qui ont les pieds dans une rivière, le tout dans une teinte rouge orangée quand le tome 2 est vert et représente une forêt dont la cime atteint les trois quarts de la page. On ne peut s’empêcher de penser que ces couleurs n’ont pas été choisies au hasard, le tome 1 représentant les violences subies par les deux adolescents (le rouge orangé du sang) et le tome 2 l’espoir incarné par la fuite et l’accueil chaleureux d’Aiko et Koichi.

Reste à découvrir ce que nous réserve le tome 3...

Par Gaëlle BEDIS

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Code EAN : 9782379503658

Cicatrices, T1 - Paru le 19 janvier 2024
Cicatrices, T2 - Paru le 11 octobre 2024

Cicatrices (manga) Vega ✏️ Brandon Arias Transidentité Adolescence Maltraitance
 
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