« Au lendemain du 7 octobre, nous avons commencé à entendre parler des histoires qui s’y étaient déroulées, raconte Ouri Fink. Tout le système avait failli : le gouvernement, l’armée… À l’exception des citoyens d’Israël qui se sont mobilisés dans la dignité. Tout le monde se parlait, s’organisait pour essayer d’aider les victimes. Nous les dessinateurs, nous allions les réconforter dans les hôtels et les lieux où ils s’étaient réfugiés, pour leur parler, faire des animations pour les enfants. Toute la société a réagi avec empathie, sauf le gouvernement. Leurs histoires nous ont sidérés. Nous avons voulu les raconter d’une façon sobre, mais visuelle. La bande dessinée permet cela, même si les faits n’ont rien de divertissant, ni de drôle. Quand nous avons lancé le projet, personne ne savait ce qu’il s’était passé exactement... »
Ce qui est marquant dans cette bande dessinée, c’est qu’à aucun moment les horreurs commises n’apparaissent à l’image. « Ce n’était pas le sujet, nous dit le dessinateur israélien. Je ne sentais pas la nécessité de traiter ces horreurs de front. Ce qui est remarquable, c’est qu’alors nous n’avions donné aucune directive en ce sens aux artistes, personne ne les a représentées, comme s’il y avait un consenus. Le livre n’est absolument pas allé dans cette direction. »
Mais si le refus de montrer des images de l’horreur -position qui est peu ou prou celle de Claude Lanzmann dans son film Shoah, alors que chacun des participants étaient confrontés au récit des témoins directs, on est frappé par la diversité des points de vue : « Effectivement, commente Ouri Fink, il y aussi bien Shay Charka qui est un colon religieux orthodoxe assumé qu’Ilana Zeffren, figure de la communauté gay et lesbienne d’Israël. Nous avons voulu rassembler des personnalités, parmi les meilleures et les plus représentatives de la société israélienne, face à ce déferlement de haine qui cherche à annihiler toute intelligence humaine. »
Ajoutons dans ce casting Michel Kichka, l’auteur de Deuxième Génération, que les Français et les Belges connaissent bien, co-fondateur de Cartooning for Peace et sympathisant de longue date du mouvement Chalom Akhshav (La Paix maintenant) favorable à une solution à deux états.
Quand on l’interroge sur la situation de ce moment, notamment l’assassinat récent de Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah au Liban, et la montée des tensions avec l’Iran, Ouri Fink fait remarquer que cela n’a rien à voir avec ce livre qui témoigne de l’histoire des victimes du pogrom du 7 octobre dont on imagine mal le traumatisme existentiel profond et durable qui a marqué la société israélienne et qui mettra des décennies à se résorber.
Interrogé, il nous dit qu’il ne pense pas que le gouvernent de Benyamin Netanyahou prenne par ces actions le chemin de la paix. « Je serais surpris qu’il y arrive, mais je serai le premier à m’en féliciter » ajoute-t-il, sceptique.
Par Didier PASAMONIK
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Au Cœur du 7 octobre – Par Michel Kichka, Reut Bortz, Shay Charka, Ilana Zeffren, Yonatan Waschmann, Moshik Gulst, Ouri Fink, Guy Lenman, Koren Shadmi, Noa Katz, Tohan Sherman-Friedman, et Nusko – Editions Delcourt, 20€