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Michel Kichka : « Les ennemis de la liberté de la presse aujourd’hui, ce sont les multimilliardaires qui contrôlent les médias » [INTERVIEW]

Par Didier PASAMONIK 7 janvier 2025 
Michel Kichka est un auteur de bande dessinée (Deuxième Génération, ce que je n'ai pas dit à mon père, Fallafel sauce piquante, L’Autre Jerusalem…), mais aussi de dessin de presse. Il fait partie depuis le début de Cartooning For Peace, une association internationale d’auteurs créée en 2010 par Jean Plantu, Patrick Chappatte et Marie Heuzé, alors directrice du service de l’information de l’ONU à la suite des controverses liées à la publication des caricatures de Mahomet. Un événement notamment à l’origine de l’attentat contre Charlie Hebdo.

On parle beaucoup de liberté d’expression dans le cadre des commémorations autour de Charlie Hebdo. Elle est contrebattue aujourd’hui par la question de « respect », des religions, des communautés. Où en sont les dessinateurs par rapport à ces questions ?

Ce n’est pas la liberté d’expression dans le monde du dessin de presse qui est mise à mal aujourd’hui, c’est la presse entière dans son rôle premier d’informer qui est menacée et affaiblie, désavouée et attaquée. Les ennemis sont nombreux et ont un nom : les grands patrons multimilliardaires qui possèdent et contrôlent les médias et ont la main mise sur l’information qu’ils veulent formater selon leurs besoins économiques : l’industrie des fake news, le monde cybernétique souterrain, le wokisme dans ce qu’il a de virulent et d’intolérant, les réseaux sociaux accessibles à chacun où s’exprime une pseudo-démocratie directe illusoire qui fait des ravages partout, les algorithmes et l’IA quand elle est instrumentalisée.

Le dessin de presse faisant partie de la presse en souffre particulièrement. Depuis l’attentat du 7 janvier 2015 contre la rédaction de Charlie Hebdo, le nombre de cartoonists qui ont été licenciés sans préavis, menacés, censurés, jetés de leur journal ou contraints de demander l’asile politique hors de leur pays, ce nombre est exponentiel.

D’autres comme Ann Talneas du Washington Post a quitté son journal la semaine dernière en signe de protestation contre la censure inacceptable dont son dernier dessin a fait l’objet.

Les questions de “respect”, religions et communautés sont amplifiées et détournées par ce climat général qui caractérise notre XXIe siècle. Là aussi, les exemples sont nombreux : le procès contre Tintin au Congo, l’interdiction du Spirou de Dany, la campagne contre Vivès, pour ne citer que des exemples récents dont la presse francophone s’est faite l’écho.

La perception de l’humour a changé, non ? Aussi bien pour les dessinateurs que pour les lecteurs…

La perception de l’humour a changé en même temps que l’affaiblissement des démocraties, l’apogée de la « démocratie non libérale », vocable inventé par Victor Orban et dont il se targue, la montée des populismes de tout poil, les théories conspirationnistes, etc. Tout cela est accompagné d’une réelle perte du sens de l’humour. Et, bien que le dessin de presse ne soit pas que de l’humour, il est profondément affecté par l’esprit du temps. Mais un dessin qui n’énerve pas, ne dérange pas, ne met pas mal à l’aise ou à contrario ne fait pas rire, est un mauvais dessin de presse !

Vous êtes un dessinateur israélien, dans un pays où la voix des oppositions est oblitérée par les circonstances de la guerre. L’humour y a-t-il encore du sens ?

L’humour est plus nécessaire que jamais en Israël en cette longue période de guerre mais beaucoup ont de la peine à l’exprimer ou à le recevoir. Je les comprends. Les cartoonists font de leur mieux et dessinent comme avant. Deux émissions satiriques sur deux chaînes de télé différentes sont une bouffée d’oxygène hebdomadaire pour beaucoup d’israéliens.

Quel est votre sentiment après presque 20 ans de combat, quel bilan en tirez-vous ?

Mon sentiment est qu’il n’y a aucun acquis. Que le combat pour la liberté d’expression et la liberté d’opinion reste un combat de tous les jours et comme il fut celui des générations qui nous ont précédés depuis le XIXe siècle (Daumier, Philippon,…), et il devra être celui des générations qui nous succéderons. Les pouvoirs en place même dans les grandes démocraties, essayeront toujours de limiter cette liberté dès qu’elle les dérange. On doit rester le poil à gratter dans les médias, l’espace de liberté dont nous avons tous besoin.

Par ailleurs la question de l’éducation reste primordiale : éducation à la connaissance, à la tolérance, aux valeurs portées par la Déclaration Universelle les Droits de l’Homme et de la Femme, à la démocratie, à la solidarité humaine et à la culture. La partie n’est pas gagnée. La situation est grave mais, si nous le voulons, elle n’est pas désespérée !

Par Didier PASAMONIK

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✏️ Michel Kichka France Jérusalem Charlie Hebdo Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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11 Messages :
  • Exact, Monsieur Kichka !
    Il y a en France une concentration des medias influent entre quelques mains (Bolloré, Lagardère ou Kretinsky, par exemple ! Et j’en oublie le Figaro, propriété de la famille Dassault !
    Même concentration hélas sur les chaines télé françaises (Cnews et cie, oups encore Bolloré, il est partout !).
    Tout cela donne envie de lire le Canard enchaîné ou Charlie-hebdo ! Ou de s’informer sur youtube ou ailleurs où il suffit d’avoir une bonne gueule (et de ne pas bégayer !) pour exprimer une opinion perso !

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    • Répondu par Phildar le 7 janvier 2025 à  22:33 :

      En média libre il y a entre autres Blast, Mediapart, Le Média...

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      • Répondu par Milles Sabords le 8 janvier 2025 à  07:44 :

        Il n’y a pas que les médias qui subissent ces concentrations pour le pire et le meilleur ; le monde du livre aussi, littérature, BD…

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      • Répondu le 8 janvier 2025 à  09:24 :

        Ce ne sont pas tous des medias de grande qualité…

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        • Répondu par Phildar le 8 janvier 2025 à  10:28 :

          Ces trois-là,si.

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          • Répondu le 9 janvier 2025 à  07:46 :

            Non, Blast et le Média ne sont déontologiquement pas crédibles.

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        • Répondu le 8 janvier 2025 à  10:57 :

          C’est le moins qu’on puisse dire concernant Blast ou le Media… d’un côte des milliardaires idéologues rachètent les grands medias traditionnels, de l’autre des pure-players fauchés mais tout aussi idéologues font du pseudo-journalisme qui n’est rien d’autre que du militantisme… s’informer sérieusement devient effectivement difficile.

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          • Répondu le 9 janvier 2025 à  11:46 :

            Effectivement, je recommande toujours le Canard Enchaîné, Charlie, et Mediapart avec quelques réserves. Les autres cités ici ne sont vraiment pas fiables.

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            • Répondu par Sergio Salma le 11 janvier 2025 à  17:04 :

              Depuis toujours, s’informer par un seul canal est une horreur. On se choisit sa pravda et on pense que le support qui nous ressemble le plus dit la vérité. Il ne faut croire rien ni personne avant d’avoir été justement voir les informations chez " l’ennemi". Recouper, peser, étudier, évaluer . Les grands médias détenus par des milliardaires c’est une calamité. Ces articles concoctés par des agences de presse qu’on retrouve idem instantanément sur 200 sites, c’est tout aussi inquiétant. L’ État est toujours aux commandes pour la plupart des canaux d’infos. Qui nomme les directeurs de chaînes ? Qui choisit les directeurs et directrices de l’information ? On n’est finalement pas loin du ministère de l’information de jadis. On aurait pu rêver à de nouvelles possibilités grâce à internet mais c’est le contraire qui se produit, c’est un déversoir incessant de saloperies et autres articles débités par des personnes soit incompétentes, soit malveillantes . Personnellement je ne suis pas au fait des affaires du monde, juste un citoyen lambda dépassé noyé mais des médias je me suis fait une opinion désormais définitive quand ceux-ci abordent et traitent des sujets que pour le coup je maîtrise. Et là c’est une catastrophe . Quelle idée de toute façon de s’en remettre à d’autres pour apprendre ce qui se passe. On ne peut relater que 10 ou 20 % de la réalité. Chaque journaliste est lui-même ou elle-même en perpétuelle formation et ne rendra compte des faits que par le prisme de son regard( évidemment). Regarder les infos , quelles qu’elles soient et sur n’importe quel support ( peut-être encore plus inquiétant sur les chaînes ou sites dits respectables ou irréprochables) est dangereux.

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              • Répondu le 12 janvier 2025 à  00:25 :

                " L’ État est toujours aux commandes pour la plupart des canaux d’infos. Qui nomme les directeurs de chaînes ? Qui choisit les directeurs et directrices de l’information ? On n’est finalement pas loin du ministère de l’information de jadis. " Non, on est très loin de l’époque de l’ORTF en France, ça n’a vraiment rien à voir.

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  • Cher Michel Kichka, votre caricature du sacrifice d’Isaac, - les otages prisonniers à Gaza-, m’a profondément troublée et remuée car elle illustre parfaitement le renoncement de Netanyou à l’impératif tant moral que éthique, de leur libération, au nom de sa survie politique. Néanmoins, la mise à l’épreuve d’Abraham dans le mythe ne saurait magnifier le triste personnage qu’est Netanyahou, calculateur, trompeur, dénué de toute empathie et d’éthique. J’ai beaucoup apprécié l’interview. Merci !

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