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Il y a un an, le Hamas, mouvement armé islamiste et nationaliste palestinien aidé de ses alliés, organisait une série d’attaques coordonnées contre des positions israéliennes aussi bien civiles que militaires au pourtour de la bande de Gaza. Une opération accompagnée d’actes ignobles, d’une cruauté inouïe se soldant par 1139 morts, incluant quelque 700 civils israéliens parmi lesquels 36 enfants et environ 70 étrangers, ainsi qu’une prise d’otages de près de 250 personnes, civiles comme militaires, israéliennes comme étrangères, juives et non-juives.
En réaction, Israël mena jusqu’à aujourd’hui une série de bombardements massifs et d’actions militaires dans toute la bande de Gaza, d’une violence inouïe elle aussi, entraînant la destruction d’une bonne partie de ses infrastructures - touchant aussi bien des hôpitaux que des camps de réfugiés où le Hamas avait pu installer son Q. G. et des otages -, avec quelque 45 000 morts à date, pour l’essentiel des civils, dont de nombreuses femmes et enfants.
Ce sont deux livres très différents. L’ouvrage de Joe Sacco est un pamphlet relativement différent de ses précédents ouvrages publiés depuis quelque 30 ans : Palestine : une nation occupée et Palestine : dans la bande de Gaza (intégrale chez Rackham) et dix ans plus tard Gaza 1956. En marge de l’histoire (Futuropolis, 2010). Son engagement aux côtés des Palestiniens est constant et sans faille. Il ne déroge pas ici.
L’ouvrage du collectif d’auteurs israéliens conduits par Ouri Fink, en revanche, tient davantage du travail de mémoire. Ses auteurs se sont attachés à donner des noms et des visages aux victimes du 7 octobre 2023. Des visages et des noms mais aussi des statuts très divers : Yossef, un bédouin dont le cousin a été abattu par les assaillants et dont quatre membres de sa famille font partie des otages, il sauva 50 jeunes au péril de sa vie ; trois jeunes Arabes israéliens qui ont sauvé une jeune fille de son probable assassinat ; Aner, une jeune héros mort au combat à mains nues en rejetant des grenades ; Anel, une jeune femme qui s’est sacrifiée pour pouvoir soigner les blessés ; Ravid Katz, un soldat de l’unité d’urgence qui combattit quasiment seul dans l’attente de l’arrivée des secours et d’autres situations, une quinzaine au total, de jeunes gens qui ont affronté la tragédie d’une manière héroïque.
Ce qui est marquant dans ces témoignages, c’est qu’ils ne tombent pas dans le piège de la représentation des horreurs subies par les victimes, il y avait de quoi pourtant : viols, meurtres d’enfants, mutilations… Il n’y a pas de réquisitoire. Il y a aussi l’affirmation que bon nombre des victimes étaient opposées à l’exécutif en place et favorables à la paix, notamment à une solution à deux États.
L’approche graphique de l’album est inégale même si l’on reconnaît quelques grandes figures de la BD israélienne comme Michel Kichka, Ouri Fink, Shay Charka ou Ilana Zeffren, aux sensibilités politiques très diverses. Ce livre est avant tout un travail de mémoire pour rappeler que derrière toute guerre, il y a surtout des victimes.
Joe Biden, coupable de « génocide » ?
Des victimes, bien plus nombreuses, à Gaza. Mais il n’est pas question ici de réduire ce conflit à une morbide question de comptabilité. Face à cette publication, « Guerre à Gaza » de Joe Sacco chez Futuropolis est un petit opuscule d’une trentaine de planches. Ce qui frappe, c’est que l’action du 7 octobre y est balayée en une page. Il n’y a nul effort de comprendre ce que représente le terrible choc de cet événement pour la société israélienne, et de sa conséquence : elle se trouve toute entière prise en otage par un gouvernement sous influence de l’extrême droite et son idéologie suprémaciste orthodoxe qui fait son miel de cette surenchère dans l’horreur.
Il y a aussi cette volonté de confondre dans le même mouvement le Hamas, une organisation religieuse extrémiste, avec la population palestinienne toute entière. Or il serait bien étonnant qu’elle ait désiré cette attaque et ses abominations, même si sa vindicte à l’encontre d’Israël est parfaitement compréhensible.
Cette façon de simplifier le propos au seul scandale de la guerre (quelle guerre n’est pas scandaleuse ?), sans nuance ni explication, de dénoncer un « génocide » - terme contesté - que perpétrerait un seul homme, le président américain Joe Biden, participe certes à la communication des thèses du Hamas, mais certainement pas à un compréhension des enjeux du conflit, ni à sa résolution. C’est le rôle d’un « pamphlet » direz-vous, destiné à convaincre surtout ceux qui sont déjà convaincus. Mais on n’a jamais fait évoluer le monde par un slogan.
Au Cœur du sept octobre perd déjà une bataille, celle du prix : vendu 19,99€ pour un album tout en couleurs de 144 pages, il affronte un tract de 30 pages en noir et blanc à 6,90€. Efficace.
Par Didier PASAMONIK
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