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Israël et Hamas, le dialogue impossible, même en bande dessinée !

Par Didier PASAMONIK 21 septembre 2024 
Évidemment que la date a son importance : le 7 octobre 2023. À un an de distance du massacre qui entraîna une violente réaction de l’état hébreu à l’encontre du Hamas dans la bande de Gaza, deux bandes dessinées viennent témoigner de ces événements : «Au Cœur du 7 octobre » aux éditions Delcourt, par un collectif d’auteurs israéliens et « Guerre à Gaza » chez Futuropolis, par le célèbre Joe Sacco. Avec on s’en doute, des points de vue très différents…

Il y a un an, le Hamas, mouvement armé islamiste et nationaliste palestinien aidé de ses alliés, organisait une série d’attaques coordonnées contre des positions israéliennes aussi bien civiles que militaires au pourtour de la bande de Gaza. Une opération accompagnée d’actes ignobles, d’une cruauté inouïe se soldant par 1139 morts, incluant quelque 700 civils israéliens parmi lesquels 36 enfants et environ 70 étrangers, ainsi qu’une prise d’otages de près de 250 personnes, civiles comme militaires, israéliennes comme étrangères, juives et non-juives.

En réaction, Israël mena jusqu’à aujourd’hui une série de bombardements massifs et d’actions militaires dans toute la bande de Gaza, d’une violence inouïe elle aussi, entraînant la destruction d’une bonne partie de ses infrastructures - touchant aussi bien des hôpitaux que des camps de réfugiés où le Hamas avait pu installer son Q. G. et des otages -, avec quelque 45 000 morts à date, pour l’essentiel des civils, dont de nombreuses femmes et enfants.

Ce sont deux livres très différents. L’ouvrage de Joe Sacco est un pamphlet relativement différent de ses précédents ouvrages publiés depuis quelque 30 ans : Palestine : une nation occupée et Palestine : dans la bande de Gaza (intégrale chez Rackham) et dix ans plus tard Gaza 1956. En marge de l’histoire (Futuropolis, 2010). Son engagement aux côtés des Palestiniens est constant et sans faille. Il ne déroge pas ici.

L’ouvrage du collectif d’auteurs israéliens conduits par Ouri Fink, en revanche, tient davantage du travail de mémoire. Ses auteurs se sont attachés à donner des noms et des visages aux victimes du 7 octobre 2023. Des visages et des noms mais aussi des statuts très divers : Yossef, un bédouin dont le cousin a été abattu par les assaillants et dont quatre membres de sa famille font partie des otages, il sauva 50 jeunes au péril de sa vie ; trois jeunes Arabes israéliens qui ont sauvé une jeune fille de son probable assassinat ; Aner, une jeune héros mort au combat à mains nues en rejetant des grenades ; Anel, une jeune femme qui s’est sacrifiée pour pouvoir soigner les blessés ; Ravid Katz, un soldat de l’unité d’urgence qui combattit quasiment seul dans l’attente de l’arrivée des secours et d’autres situations, une quinzaine au total, de jeunes gens qui ont affronté la tragédie d’une manière héroïque.

Ce qui est marquant dans ces témoignages, c’est qu’ils ne tombent pas dans le piège de la représentation des horreurs subies par les victimes, il y avait de quoi pourtant : viols, meurtres d’enfants, mutilations… Il n’y a pas de réquisitoire. Il y a aussi l’affirmation que bon nombre des victimes étaient opposées à l’exécutif en place et favorables à la paix, notamment à une solution à deux États.

L’approche graphique de l’album est inégale même si l’on reconnaît quelques grandes figures de la BD israélienne comme Michel Kichka, Ouri Fink, Shay Charka ou Ilana Zeffren, aux sensibilités politiques très diverses. Ce livre est avant tout un travail de mémoire pour rappeler que derrière toute guerre, il y a surtout des victimes.

© Michel Kichka / Delcourt

Joe Biden, coupable de « génocide » ?

Des victimes, bien plus nombreuses, à Gaza. Mais il n’est pas question ici de réduire ce conflit à une morbide question de comptabilité. Face à cette publication, «  Guerre à Gaza » de Joe Sacco chez Futuropolis est un petit opuscule d’une trentaine de planches. Ce qui frappe, c’est que l’action du 7 octobre y est balayée en une page. Il n’y a nul effort de comprendre ce que représente le terrible choc de cet événement pour la société israélienne, et de sa conséquence : elle se trouve toute entière prise en otage par un gouvernement sous influence de l’extrême droite et son idéologie suprémaciste orthodoxe qui fait son miel de cette surenchère dans l’horreur.

Il y a aussi cette volonté de confondre dans le même mouvement le Hamas, une organisation religieuse extrémiste, avec la population palestinienne toute entière. Or il serait bien étonnant qu’elle ait désiré cette attaque et ses abominations, même si sa vindicte à l’encontre d’Israël est parfaitement compréhensible.

© Joe Sacco / Futuropolis

Cette façon de simplifier le propos au seul scandale de la guerre (quelle guerre n’est pas scandaleuse ?), sans nuance ni explication, de dénoncer un « génocide » - terme contesté - que perpétrerait un seul homme, le président américain Joe Biden, participe certes à la communication des thèses du Hamas, mais certainement pas à un compréhension des enjeux du conflit, ni à sa résolution. C’est le rôle d’un « pamphlet » direz-vous, destiné à convaincre surtout ceux qui sont déjà convaincus. Mais on n’a jamais fait évoluer le monde par un slogan.

Au Cœur du sept octobre perd déjà une bataille, celle du prix : vendu 19,99€ pour un album tout en couleurs de 144 pages, il affronte un tract de 30 pages en noir et blanc à 6,90€. Efficace.

Par Didier PASAMONIK

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782754845793
Delcourt Futuropolis ✏️ Michel Kichka ✏️ Joe Sacco ✏️ Ouri Fink Israël Palestine
 
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5 Messages :
  • Israël et Hamas, le dialogue impossible, même en bande dessinée !
    21 septembre 2024 14:19, par Fleur de nave

    Merci pour cet article qui permet de bien comprendre, avant de les lire, d’où parlent les auteurs.

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  • On devrait plutôt se poser la question de savoir pourquoi le 7 octobre 2023 est arrivé plutôt que de gloser sans fin sur les atrocités qu’il représente et que représentent les représailles d’Israël.
    Est-ce la politique insidieuse d’Israël depuis de nombreuses années de tout faire pour désespérer les palestiniens et les pousser à quitter leur pays ?
    Est-ce la volonté d’extrémistes palestiniens et arabes de détruire Israël ?
    Quoi qu’il en soit, le dialogue n’est plus possible des deux côtés. Seule une intervention extérieure peut aboutir à la création de deux états séparés avec partage du territoire, seule solution viable à mon avis. Vu la puissance et l’influence d’Israël et d’états arabes qui soutiennent la Palestine, ce n’est pas demain la veille :(

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  • Le terme réaction est questionnant.
    Ainsi un génocide en cours, ne serait en rien un massacre mûrement planifié au nom de l’ignoble dieu du désert par des suptemacistes, mais une " réaction ", pleine de naïveté et d’innocence, lol...

    Dans ces conditions, est ce que les attentats terroristes du 7, pourraient eux aussi être qualifiés, d’une simple réaction, comme vous dîtes. Sur la base de centaines de meurtres et d’exécutions à bout portant parfois, dans les territoires occupés sur des paysans palestiniens, femmes et enfants ? Au moins 150 selon les ONG entre janvier et octobre 2023...

    Votre rethorique est ignoble.

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    • Répondu le 22 septembre 2024 à  20:16 :

      Si on pouvait laisser Actua BD territoire vierge de polémiques concernant le conflit, ce serait bien. L’article explique que paraissent simultanément deux BD défendant des points de vue très différents. Que chacun choisisse la sienne et n’en parlons plus. L’un comme l’autre de ces ouvrages ne résoudra rien sur place de toute façon.

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      • Répondu par Olga le 25 septembre 2024 à  14:53 :

        Cela ne s’arrange pas, le conflit se propage au Liban.....

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