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L’Eisner Award décerné à Joe Sacco fait réagir les auteurs de BD israéliens

Par Didier PASAMONIK 11 août 2025 
L’association des auteurs de BD israéliens n’apprécie pas vraiment l’Eisner Award attribué en juillet dernier à Joe Sacco pour Guerre à Gaza (Ed. Futuropolis). Elle réagit par un communiqué considérant que cette distinction jette une tache indélébile sur les anciens comme les nouveaux récipiendaires de ce qui est considéré comme l’« Oscar de la bande dessinée américaine ». « Will Eisner doit se retourner dans sa tombe ! » déclare rageusement le communiqué.

Ce communiqué est signé par Ouri Fink et Michel Kichka, respectivement président et vice-président de l’association des dessinateurs israéliens de bande dessinée.

Si le premier est peu connu dans nos contrées, il est cependant le dessinateur le plus réputé du pays. Il avait dirigé récemment la bande dessinée collective Au Cœur du 7 octobre (Éditions Delcourt) qui relate les moments terribles du pogrom perpétré par le Hamas en 2023. Sa bande dessinée Zbeng, adaptée à l’écran, est l’une des créations générationnelles les plus marquantes de l’histoire de la BD israélienne ; quant au second, il est bien connu chez nous, notamment grâce à une bande dessinée sur son père rescapé de la Shoah, elle-aussi adaptée à l’écran, et par son rôle dans l’association Cartooning for Peace. L’un comme l’autre ne sont pas connus comme des supports inconditionnels du Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou.

L'Eisner Award décerné à Joe Sacco fait réagir les auteurs de BD israéliens
Dessin de Ouri Fink

Ils ont cependant été choqués par la nomination de Joe Sacco précisément pour l’ouvrage « War in Gaza » (Guerre à Gaza, Ed. Futuropolis) dont la distance par rapport aux événements, attribuant à Joe Biden l’essentiel de la responsabilité de ce qu’il désigne comme un « génocide », terme justement contesté, occultant la responsabilité du Hamas dans cette guerre, est problématique. Ils l’ont été d’autant plus que lors de la réception, Joe Sacco persista dans cette ligne, ignorant le sort des otages israéliens.

Les Eisner Awards avaient été fondés en hommage à Will Eisner, reconnu de son vivant comme le fondateur de la bande dessinée américaine contemporaine, militant de la mémoire juive et défenseur d’une bande dessinée humaniste pour la défense des minorités, la liberté d’expression et la paix. Le prix se voulait le reflet de toutes les sensibilités. Joe sacco y avait été plusieurs fois récompensés, notamment pour Palestine, une nation occupée, de même que les artistes israéliens Rutu Modan ou Asaf Hanuka, favorables depuis longtemps à une paix immédiate et durable entre Israéliens et Palestiniens.

Dessin de Itzik Samuha sur son compte Instragram. "
Il commente : "... Sacco semble partager ses propres fantasmes pervers sur la guerre, comme lorsqu’il dessine des soldats-femmes prenant des selfies avec des poses sexy à côté d’un char qui tire sans arrêt. C’est le genre de vieille lune ridicule auquel on pourrait s’attendre dans un épisode de South Park, et non dans quelque chose qui aspire à être une œuvre d’art sérieuse et recherchée. De la description des manifestations sur les campus aux États-Unis comme pacifiques à l’affirmation que la stratégie du bouclier humain de Hamas comme une excuse pour tuer des enfants, "War on Gaza" a tout pour plaire, sans vergogne." https://instagram.com/itzikahunna

Mais en récompensant Guerre à Gaza, une bande dessinée qui est tout sauf une bande dessinée de reportage, publiée dans l’Amérique de Trump où la vérité alternative tient lieu de viatique politique, le jury des Eisner Awards fait un geste incompréhensible qui prend le risque d’entacher à jamais sa respectabilité.

On n’est donc pas surpris de la réaction de l’Association des auteurs de BD israéliens dont le communiqué figure ci-dessous.


LE COMMUNIQUE DE L’ASSOCIATION DES DESSINATEURS ISRAÉLIENS

Le prix Eisner, « l’Oscar du monde de la bande dessinée », a été ainsi nommé d’après Will Eisner, pilier de l’art séquentiel. Eisner avait conclu son impressionnante vie créative par un ouvrage-testament : « The Plot : the secret history of the Protocols of the Elders of Zion » (Le Complot, l’histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion, Ed. Grasset), qui est une déconstruction du célèbre faux conspirationniste antisémite tsariste publiée en 1905. Un best-seller du mensonge qui est encore vendu aujourd’hui, principalement dans le monde musulman.

Le fait que le prix Eisner 2025 ait été décerné au livre de Joe Sacco, « War on Gaza », un mince pamphlet qui franchit la ligne rouge séparant le reportage de la pure propagande, instrument de haine antisémite et antisioniste, est une gifle retentissante pour Eisner, qui doit se retourner dans sa tombe.

C’est un coup fatal pour le prestige de ce prix et le beau nom d’Eisner, et une lourde hypothèque sur tous les anciens et actuels lauréats de ce prix.

Ouri Fink, président
Michel Kichka, vice-président
(Traduction : ActuaBD)


Par Didier PASAMONIK

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Code EAN : 9782754845793

En médaillon : dessin de Ouri Fink.

Delcourt ✏️ Asaf Hanuka ✏️ Rutu Modan ✏️ Michel Kichka ✏️ Joe Sacco ✏️ Ouri Fink Israël Palestine Marché de la BD : Faits & chiffres
 
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3 Messages :
  • à l’évidence, il ne s’agit pas d’une bande dessinée de reportage. Il s’agit d’un pamphlet dans lequel il exprime tout autant l’horreur de l’attaque terroriste du 7 octobre que sa resignation à la riposte disproportionnée de l’état hébreu. Son propos est assez brouillon. Il reconnait lui-même avoir travaillé dans une forme d’urgence, parce qu’on lui demandait encore et encore de s’exprimer. Il le fait de manière empruntée, sans avoir de propos vraiment établi. Il dénonce l’hypocrisie de l’administration de Joe Biden et la réthorique sanglante invoquée par Benjamin Netanyahu. Par manque de construction, ce livre manque de pertinence, malgré quelques moments très forts, comme cette interrogation : "Est-ce un génocide ? Ou un cas de légitime défense ? Je propose autodéfense génocidaire". Parce qu’il faut se poser la question
    Honorer ce livre est un acte purement politique parce que, toute considération idéologique ou partisane mise de côté, ce n’est pas techniquement un très bon livre.
    Quelle est sa cible ? Je pense qu’il tente d’éveiller les consciences du public américain et, qu’à l’instar de "Palestine", qui visait à rétablir un hypothétique équilibre des points de vue entre israéliens et palestiniens, il tente maladroitement d’apporter un contre-discours. La situation des otages est tout autant inacceptable que celle des enfants qui ont le choix entre mourir de faim ou sous les bombes. Ils sont tous victimes d’une situation absurdement tragique qui les dépasse, offerts en holocauste par le terrorisme du hamas, la politique colonialiste destructrice de l’extrême-droite israélienne qui ne cache plus sa volonté de s’emparer des territoires, une fois le "problème palestinien" résolu, la complicité tacite des nations qui regardent le spectacle en émettant des "rooooh" scandalisés et en adressant des doigts vindicatifs, à l’instar des dirigeables qui sillonnaient le ciel de Sarajevo dans "Sarajevo-Tango" d’Hermann.
    Il serait intéressant de savoir quel est le point de vue d’Art Spiegelman, avec qui Sacco a signé trois très belles planches pour "the guardian" sur la guerre à Gaza, au propos plus affuté.

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  • En 2002, Will Eisner saluait chaleureusement le travail de Joe Sacco, qui s’était fait connaître avec Palestine : une nation occupée, et Dans la bande de Gaza :

    «  Joe Sacco—is he here ?—I want to single him out because he’s doing something very, very remarkable. [applause] He’s reporting. He has lifted reportage to a higher level. As a matter of fact, he’s preceded historically by the first daily strip cartoonist, Bud Fisher, who started out as an illustrator—actually—in the early 1900 newspapers, they didn’t have photographers, and they couldn’t afford the process of making half tone plates. So they would send out an illustrator, an artist, an illustrator, to cover a fight, a baseball game, or a fire, and they would come back and do a story about it. That art seemed to disappear after a while, and what was left is the court room artists. It’s only in the past few years that Joe has come back and restored the essence of that art and brought it onto its present level, and I think that’s very important.  »

    L’intelligence de Will Eisner nous manque. Sa judéité était avant tout celle de la diaspora new yorkaise, et son regard sur le reste du monde et sur l’Humanité entière, dont tous les échantillons forment la grosse pomme — pas étonnant que ça soit à New York que tant de juifs s’élèvent contre la politique de Netanyahu. Je ne me souviens pas d’avoir lu grand chose de sa main au sujet d’Israël, au fait, je ne trouve pas vraiment légitime que des auteurs israéliens parlent de lui comme d’une propriété israélienne, ou comme quelqu’un doit le nom ne saurait être associé à quelqu’un qui s’en prend à la politique israélienne actuelle.

    Joe Sacco a publié de nombreux reportages passionnants et complexes (puisqu’il se met en scène, et analyse ses propres sentiments), il a donné ses lettres de noblesse à la bande dessinée de reportage, et sa connaissance de Gaza est sans doute nettement supérieure à celle de la plupart des gens qui en parlent, y compris en Israël même. Son dernier album est un pamphlet, un cri du cœur écrit «  à distance  », certes, mais comment pourrait-il en être autrement, quand l’armée israélienne interdit l’accès de l’enclave à tout journaliste non-palestinien et tue les autres, comme on l’a vu hier, avec une frappe délibérée sur une tente où se trouvaient six journalistes  ?

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    • Répondu le 12 août 2025 à  12:04 :

      C’est la preuve que ce conflit rend tout le monde dingue. Qu’un observateur autrefois rigoureux, précis et modéré perde le sens de la mesure et publie un pamphlet éruptif et que ce soit ce livre-là qui obtienne la publicité que lui octroie cette récompense, ça ne fait pas avancer la cause de la paix. Il faut sans cesse rappeler que cette guerre Netanyahou/Hamas est un conflit entre deux extrême-droites qui tirent leur pouvoir de la poursuite des hostilités et que les populations civiles sont victimes de ces cinglés de chaque côté. Le Hamas est tout autant nuisible à la cause palestinienne que Netanyahou l’est à la légitimité d’Israel. La paix ne se fera avec aucun de ces gens-là.

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