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Saviez-vous ce qui unit le « Dieu du manga », Osamu Tezuka, le créateur d’Astroboy, son disciple, « le Roi du manga », Shōtarō Ishinomori, qui révolutionnera par la suite les superhéros japonais, et le duo Fujiko Fujio (A. et F.), créateur de Doraemon ? Ce point commun est un petit bâtiment situé dans le nord de Tokyo, baptisé « Tokiwasō » (littéralement la villa Tokiwa), une maison a accueilli nombre d’auteurs de manga dans de minuscules chambres tapissées au sol de tatamis. Une quinzaine de mangakas se sont succédés dans ces chambres dans les années 1950, partageant la même cuisine exigüe et des sanitaires rudimentaires. Il fut même un temps, en 1956, où Fujiko F. Fujio, Fujiko Fujio A, Ishinomori, et Fujio Akatsuka (créateur du cultissime Osomatsu-kun) étaient voisins de chambre !
Originellement occupé dans les années 1950, le bâtiment avait été plus ou moins laissé à l’abandon dans les années 1980, jusqu’au rachat du terrain par un nouveau propriétaire. Ce dernier, féru de manga, va alors démonter la maison originelle (laissée dans un piteux état) et la rebâtir là où elle se tient actuellement. Une reproduction à l’identique qui a grandement mobilisé le quartier et redynamisé l’économie locale.
Le 7 juillet 2020, après de nombreuses actions éducatives (présentation des mangakas dans les écoles, événements de quartier, expositions temporaires), le musée est inauguré. Ouvert au public pour un prix modeste de 500 yens (3,06 €, et un badge en prime !), le musée vise à immerger ses visiteurs à l’époque de ces titans du manga.
Parmi les attractions disponibles, on peut remarquer les reproductions fidèles de chambres de mangaka, avec tout le désordre qui pouvait s’y trouver (relatif, on est au Japon, quand même !). La chambre de George Yamauchi, assistant d’Ishinomori décédé en février de cette année, montre des piles de magazines, mangas, et bols de nouilles rāmen à moitié entamés (des reproductions en résine, rassurez-vous !). D’autres chambres sont consacrées à des mini-expositions dédiées à leurs célèbres occupants. La chambre occupée par Fujiko Fujio A. était par exemple consacrée au travail du manga shōjo de Naoya Moriyasu et Tokuo Yokota, deux autres mangakas ayant résidé au Tokiwasō.
La petite taille du musée peut décevoir à première vue. En effet, la visite se déroule globalement sur un seul étage où les chambres se succèdent. Il serait très facile d’en faire le tour en une demi-heure. Mais pourquoi faire ? Le musée, étonnamment simple dans sa conception, invite à la méditation, à s’asseoir sur les tatamis et à profiter de l’atmosphère. On peut méditer sur ces dessinateurs qui réalisaient leur œuvre assis sur un coussin, à même le sol. Avec le silence qui y règne, on pourrait aisément s’imaginer un demi-siècle en arrière, où chaque pièce se signalait par le bruit d’un crayon grattant sur du papier.
Dans une volonté de préservation de patrimoine, le Tokiwasō nous invite à replonger dans l’époque de Tezuka, et à observer les débuts modestes de ces légendes du manga. Verrons-nous alors une initiative similaire dans la commune de Waterloo où Jijé, Franquin, Morris faisaient studio commun dans la chambre familiale des époux Gillain à Waterloo ou à l’Atelier des Vosges à Paris où se croisèrent Joann Sfar, Emile Bravo, Riad Sattouf, Christophe Blain et bien d’autres ? La maison d’Hergé en vente il n’y a pas si longtemps, avenue Delleur, a-t-elle trouvé preneur ? Sponsors, à vos chéquiers !
À très bientôt sur ActuaBD pour d’autres nouvelles du Japon !
Voir en ligne : Site officiel du musée du manga de Tokiwasō
Par Akira OIKAWA Didier PASAMONIK
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