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ActuaBD à Tokyo - Jour 3 : Kosei Ono, l’homme qui fit découvrir les mangas aux Français

Par Didier PASAMONIK 31 mai 2025 
L’article date de 1972 et est paru dans le prozine de BD Phénix. Il parle, en précurseur, pour la première fois en France, des principaux grands auteurs de bande dessinée japonais : Tezuka Osamu, Ishinomori Shotaro, Shigeru Mizuki, Takao Saïto, Tetsuya Chiba... C’est historique. Mais dans un ordre un peu foutraque. Il est signé Claude Moliterni qui s’est approprié de façon un peu brouillonne les informations d’un critique de BD célèbre au Japon : Kosei Ono. L’équipe d’ActuaBD l’a rencontré à Tokyo.

Kosei Ono, 85 ans, est une figure éminente du journalisme culturel au Japon. Il a interviewé deux fois Andy Wahrol, a rencontré Hergé à Lucca en 1972 et bon nombre d’artistes franco-belges comme Catherine Meurisse ou Emmanuel Lepage lorsqu’ils sont venus au Japon. Critique de cinéma et de BD, chercheur spécialisé dans l’animation, il fait ses débuts, après des études de sciences humaines, auprès de la chaîne de TV NHK. Parallèlement, il commence à écrire ses premières chroniques, sur la SF, le cinéma (on lui doit un livre de référence sur le dessin animé chinois) et les comics américains.

En 1968, lançant la revue COM, Osamu Tezuka lui confie une rubrique critique de cinéma et de BD. Il fait dans les années 1980, une carrière de traducteur, traduisant Maus de Spiegelman, Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay ou encore Palestine de Joe Sacco. Pour ces travaux, il a reçu le Prix spécial du 10e Prix culturel Osamu Tezuka en 2006. Il a été professeur invité à l’Université Kokushikan et membre du conseil d’administration de la Société japonaise pour l’étude du manga et de l’art de la bande dessinée. Il est également membre de l’Association des dessinateurs de mangas du Japon.

Rencontrant Claude Moliterni, il est amené à écrire un article sur la bande dessinée japonaise dans la revue Phénix (N°21, 2e trimestre 1972). Mais la façon dont l’historien pionnier de la BD le publie en s’appropriant l’information est assez foutraque.

ActuaBD à Tokyo - Jour 3 : Kosei Ono, l'homme qui fit découvrir les mangas aux Français
Le premier article consacré à la BD japonaise en France. Le mot "manga" n’est pas encore un nom commun. Claude Moliterni qualifie cette bande dessinée de "violente", un qualificatif qui lui restera longtemps attaché...

Il réitère une collaboration dans L’ Histoire mondiale de la bande dessinée, dirigé par le même Moliterni, en 1989 (éditions Pierre Horay). Le chapitre consacré à la bande dessinée japonaise a été rédigé par Kosei Ono et Osamu Tezuka, le « Dieu des mangas » ! Kosei Ono sourit : alors qu’il avait pris soin de faire en sorte que le texte soit traduit fidèlement, il est amené à envoyer les images dans un deuxième temps à l’éditeur. « Il ne comprenaient pas le japonais et ils ont mis les images n’importe comment... » dit-il.

Dans les souvenirs de Kosei Ono : Hergé...
...et Wolinski.

Pendant quelques décennies, Kosei Ono rencontre les auteurs franco-belges quand ils viennent dans son pays ou quand il va les voir à Bruxelles, Paris ou à Angoulême. Il les fait connaître au Japon, ceci jusque ces dernières années encore. Dans ses tiroirs et sur ses murs, on peut découvrir des dédicaces d’Hergé, de Wolinski, de Riad Sattouf, d’Emmanuel Guibert…

Kosei Ono par Emmanuel Guibert
... et par Ever Meulen
© Ever Meulen

Fils d’un célèbre mangaka

Cet esprit curieux avait de qui tenir : on le découvre en visitant le musée privé qu’il s’est constitué à Setagaya, consacré à son père Saseo Ono (1905-1954), mangaka, illustrateur, peintre, essayiste et romancier qui a publié dans des revues d’avant-guerre telles que le Tokyo Puck de Rakuten Kitazawa.

Dans le petit musée de Setagaya, on découvre ce dessinateur de l’entre-deux-guerres quasiment inconnu dans nos contrées (Fabien Tillon, le seul à notre connaissance, le mentionne dans son ouvrage Culture Manga.). Et pourtant, c’est un dessinateur virtuose et puissant, inspiré par l’Occident, dans un style proche des illustrateurs français de la même période. Voici quelques exemples de son travail.

Saseo Ono était LE dessinateur de la femme dans l’entre-deux guerres
© Saseo Ono
Un style de dessin cousin avec les illustrateurs parisiens des Années folles.
Une bande dessinée de Saseo Ono (1934), sans doute pour le Tokyo Puck de Rakuten Kitazawa. Les cases sont numérotées. On lit à droite de haut vers le bas, puis à gauche de haut vers le bas. La lecture de la BD n’est pas encore stable.
© Kosei Ono

Nous laissons Kosei Ono en repartant sur la pointe des pieds, admiratifs d’un homme qui a été un véritable ambassadeur de la bande dessinée, que ce soit de son pays dans nos contrées, ou de la bande dessinée franco-belge au Japon.

Par Didier PASAMONIK

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