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Kosei Ono, 85 ans, est une figure éminente du journalisme culturel au Japon. Il a interviewé deux fois Andy Wahrol, a rencontré Hergé à Lucca en 1972 et bon nombre d’artistes franco-belges comme Catherine Meurisse ou Emmanuel Lepage lorsqu’ils sont venus au Japon. Critique de cinéma et de BD, chercheur spécialisé dans l’animation, il fait ses débuts, après des études de sciences humaines, auprès de la chaîne de TV NHK. Parallèlement, il commence à écrire ses premières chroniques, sur la SF, le cinéma (on lui doit un livre de référence sur le dessin animé chinois) et les comics américains.
En 1968, lançant la revue COM, Osamu Tezuka lui confie une rubrique critique de cinéma et de BD. Il fait dans les années 1980, une carrière de traducteur, traduisant Maus de Spiegelman, Little Nemo in Slumberland de Winsor McCay ou encore Palestine de Joe Sacco. Pour ces travaux, il a reçu le Prix spécial du 10e Prix culturel Osamu Tezuka en 2006. Il a été professeur invité à l’Université Kokushikan et membre du conseil d’administration de la Société japonaise pour l’étude du manga et de l’art de la bande dessinée. Il est également membre de l’Association des dessinateurs de mangas du Japon.
Rencontrant Claude Moliterni, il est amené à écrire un article sur la bande dessinée japonaise dans la revue Phénix (N°21, 2e trimestre 1972). Mais la façon dont l’historien pionnier de la BD le publie en s’appropriant l’information est assez foutraque.
Il réitère une collaboration dans L’ Histoire mondiale de la bande dessinée, dirigé par le même Moliterni, en 1989 (éditions Pierre Horay). Le chapitre consacré à la bande dessinée japonaise a été rédigé par Kosei Ono et Osamu Tezuka, le « Dieu des mangas » ! Kosei Ono sourit : alors qu’il avait pris soin de faire en sorte que le texte soit traduit fidèlement, il est amené à envoyer les images dans un deuxième temps à l’éditeur. « Il ne comprenaient pas le japonais et ils ont mis les images n’importe comment... » dit-il.
Pendant quelques décennies, Kosei Ono rencontre les auteurs franco-belges quand ils viennent dans son pays ou quand il va les voir à Bruxelles, Paris ou à Angoulême. Il les fait connaître au Japon, ceci jusque ces dernières années encore. Dans ses tiroirs et sur ses murs, on peut découvrir des dédicaces d’Hergé, de Wolinski, de Riad Sattouf, d’Emmanuel Guibert…
Fils d’un célèbre mangaka
Cet esprit curieux avait de qui tenir : on le découvre en visitant le musée privé qu’il s’est constitué à Setagaya, consacré à son père Saseo Ono (1905-1954), mangaka, illustrateur, peintre, essayiste et romancier qui a publié dans des revues d’avant-guerre telles que le Tokyo Puck de Rakuten Kitazawa.
Dans le petit musée de Setagaya, on découvre ce dessinateur de l’entre-deux-guerres quasiment inconnu dans nos contrées (Fabien Tillon, le seul à notre connaissance, le mentionne dans son ouvrage Culture Manga.). Et pourtant, c’est un dessinateur virtuose et puissant, inspiré par l’Occident, dans un style proche des illustrateurs français de la même période. Voici quelques exemples de son travail.
Nous laissons Kosei Ono en repartant sur la pointe des pieds, admiratifs d’un homme qui a été un véritable ambassadeur de la bande dessinée, que ce soit de son pays dans nos contrées, ou de la bande dessinée franco-belge au Japon.
Par Didier PASAMONIK
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Merci à Takanori Uno pour nous avoir organisé cette visite.